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ANALYSE

Djibouti : un risque de « somalisation » imminente, la solution d'un Etat fédéral ethnique ?


Alwihda Info | Par Anihay Assa - 30 Juillet 2019 modifié le 30 Juillet 2019 - 23:06


(Photo d'illustration) Ismaïl Omar Guelleh, président de Djibouti. © AFP PHOTO/Carl de Souza
(Photo d'illustration) Ismaïl Omar Guelleh, président de Djibouti. © AFP PHOTO/Carl de Souza
Pour comprendre que ce risque est imminent, revenons à l’historique de la chute du président de la Somalie, le général Syad barré : À la fin des années 1980, le Somali National Movement (SNM) qui sera à l’origine de la création du Somaliland, entre en rébellion armée contre le président Siad Barré. La guerre fait plusieurs dizaines de milliers de morts, fragilisant le pouvoir. Celui-ci s’effondre finalement sous la pression d’une autre organisation, l’United Somali Congress (USC).

À la chute du régime, en janvier 1991, Siad Barré rejoint le sud-ouest du pays, dans le vain espoir de retrouver ses responsabilités. Le Palais présidentiel est pillé. Nous assistons alors aux derniers combats et aux saccages qui s’ensuivent. Chaque faction est alors soutenue par un clan. Cet épisode marque le début d’une guerre civile interminable sur fond d’Etat failli et la naissance de Somaliland.

A Djibouti tous ces ingrédients sont réunis pour exploser l’Etat le plus endetté au monde.

Le Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD) est plus que présente au Sud-ouest et au Nord de Djibouti. Les Afars sont représentés par un seul parti l’Alliance Républicaine pour le Développement qui donne l’impression d’être l’aile pacifique du FRUD-armée de Mohamed Kadamy.

Les partis politiques Somalis-Issas sont divisés en clan y compris le Rassemblement pour le Progrès (RPP au pouvoir depuis 42 ans). Dans ce contexte seul, le fédéralisme semble garantir la stabilité de ce petit pays.

Pour bien comprendre l’issue, revenons à la chute en Ethiopie du président le colonel Mengistu Hailé Mariam qui prend l’avion le 21 mai 1991 pour le Kenya pour ne revenir qu’en 2018 suite à l’amnistie du premier ministre Dr Abiy.

Et pourtant, durant son règne, le Négus rouge n’aura eu de cesse d’affronter les rebellions indépendantistes et de se voiler la face quant aux désastreuses famines orchestrées par son régime. La fuite de Mengistu n’est que le produit de mouvements révolutionnaires qui ont provoqué sans relâche et mis en déroute la toute puissance du Négus rouge.

En 1991, le lieutenant-colonel Mengistu est renversé après dix-sept années de pouvoir. Le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF) a largement contribué à la chute du dictateur en combattant l’armée du Derg aux côtés des Érythréens. Ce mouvement d’opposition réclamait alors l’indépendance du Tigré. Mais lorsque Mengistu s’enfuit, Meles Zenawi, le leader du TPLF, s’installe à Addis-Abeba.

L’idée de Zenawi était donc simple sur le plan théorique. Mais en pratique, elle était difficilement réalisable. Un autre facteur va le faire changer d’avis : le soutien des Etats-Unis. En effet, le rebelle du Tigré avait l’opportunité de prendre les rênes de l’Éthiopie plutôt que d’arracher l’indépendance de sa région. Et Washington l’a soutenu dans le premier choix.

En effet, le secrétaire d’Etat Américain Herman Cohen et son adjoint ont développé l’idée d’une solution de fédéralisme ethnique pour l’Ethiopie en vue d’éviter la « somalisation » de l’Ethiopie. Le referendum en Erythrée aura lieu en mai 1993 pour l’indépendance.

Nous l’avons vu, le centralisme communiste du Derg et son chauvinisme Amhara avaient engendré une multitude de mouvements de résistance basés sur des identités ethniques. Mais l’essentiel est que le fédéralisme ethnique va éviter à l’Ethiopie de tomber dans le chaos.

A Djibouti des voix s’élèvent au sein du FRUD-armée de Mohamed Kadamy Djibouti pour exiger non pas l’Etat-nation mais un système de fédéralisme ethnique dont la constitution serait déjà rédigée puisque les mêmes peuples habitent en Ethiopie, en Erythrée et à Djibouti !

Or Djibouti abrite la plus grande base militaire française, américaine et chinoise sur son sol avec une manne financière énorme qui déstabilise l’Ethiopie voisine avec la guerre Afar-clan Issa-Somali et la renaissance du Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie à l’intérieur du territoire Djiboutien qui contrôle peu à peu toutes les campagnes.

A cette « somalisation » rampante s’ajoute la présence militaire de sept pays sur cinq bases militaires dont les retombées économiques ne profitent qu’à la classe dirigeante, à Djibouti-ville, aux dépens du reste du pays, et au financement d’une guerre Afar-Somali-issa qui risque inévitablement de chasser la clique au pouvoir à Djibouti en appuyant le Frud-armée.

Les peuples multiethniques de Djibouti, demandent à ce que ces présences militaires soient équitablement représentés à travers les cinq régions que compte le pays, pour un meilleur développement économique globale du pays.