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INTERVIEW

Emploi des jeunes au Tchad : entretien avec le directeur général de l'ONAPE


Alwihda Info | Par Steve Djénonkar - 10 Août 2021

L'inadéquation des profils avec beaucoup de postes à pourvoir est aussi l'une des causes du chômage. Sadick Brahim Dicko, directeur général de L'Office national pour la promotion de l'emploi (ONAPE) a accordé un entretien y relative à Alwihda Info. Propos recueillis par Steve Djénonkar.


Emploi des jeunes au Tchad : entretien avec le directeur général de l'ONAPE
Il n’y a pas longtemps, une ministre tchadienne a regretté devoir faire appel à des expatriés pour occuper certains postes car dit-elle, les profils des Tchadiens sont en inadéquation avec beaucoup de postes à pourvoir. La situation a-t-elle changé ?

Merci de m’avoir sollicité pour éclairer la lanterne de la population sur un sujet épineux qu’est la question du chômage et du sous-emploi dans notre pays le Tchad. Avec la mondialisation, la question de compétence se pose au quotidien et il y a de nouveaux profils adaptés et spécifiques qui se créent pour répondre aux besoins des entreprises. Surtout dans le domaine des NTIC, des mines et des BTP.

En plus des qualifications et de l’expérience professionnelle, les grandes entreprises accordent plus de de valeur aux certifications. C’est ce qui rend plus difficile les choses et pousse les entreprises à faire appel à la main d’œuvre étrangère pour certains postes. Par exemple dans le pétrole, on trouve des soudeurs expatriés qui font le travail car, nous avons été pris au dépourvu et ne disposons pas de spécialistes et de professionnels ayant assez d’expérience dans la soudure des pipelines.

C’est difficile de dire si la situation a changé ou pas mais au niveau de notre institution (ONAPE), avec la nationalisation des postes demandé par les plus hautes autorités de la République, nous exigeons aux entreprises de former les autochtones afin de transférer dans une période définie, les compétences voulues afin qu’un tchadien occupe le poste.

En tant que responsable d’une entité de promotion d’emploi, avez-vous enregistré des plaintes des employeurs quant à l’inaptitude des employés ?

La plupart des entreprises recrutent par voie de concours où les candidats sont soumis à de tests psychotechniques, ensuite à une série d’entretiens avant d’être déclarés admis. Ce processus permet de trier les perles rares et depuis mon arrivée à la tête de l’ONAPE, il n’y a eu aucune plainte de la part des entreprises concernant l’inaptitude des employés tchadiens.

Quels sentiments éprouvez-vous lorsque ce sont des expatriés qui sont des fonctionnaires internationaux dans votre pays ?

Avec la mondialisation, le marché de l’emploi est ouvert et soumis à une rude concurrence où chaque entreprise recrute afin d’augmenter sa production et de maximiser un profil avec une main d’œuvre qui répond promptement et efficacement. Il y a toujours un pincement au cœur quand on voit assez d’expatriés occuper des postes stratégiques dans certains domaines. 

Avec le processus de la nationalisation des postes que j’ai énoncée ci-haut, les choses s’améliorent au fil des ans et nous devons mettre plus de paquet et être vigilants. On doit revoir nos manières d’orienter nos frères et enfants pour une adéquation entre la formation et l’emploi ; mettre en place un système de veille informationnelle pour ne plus être surpris par le manque de compétences.

Quels sont les domaines de compétences fréquemment sollicités par les employeurs ?

Depuis la pandémie de COVID19 qui a secoué l’économie mondiale, beaucoup d'entreprises ont fermé leurs portes et d’autres ont misé sur le télétravail ; ce qui rend très difficile les recrutements. Avec le peu d'offres d’emploi qui nous parviennent, les profils demandés par les entreprises sont souvent dans le domaine de la santé. Nous espérons qu’avec la reprise des activités, les constructions des routes et des grands travaux en vue, les techniciens BTP et un ensemble de métiers seront sollicités par les employeurs.

Existe-t-il des domaines où les Tchadiens manquent ? 

Je dirai que ce qui manque à nos compatriotes est souvent les certifications accompagnées d’expériences pour accéder à un poste ou être employés par certaines entreprises. Comme il n'y a nulle part une école d'expérience au monde, l'ONAPE a mis sur pied un projet dénommé Programme d'appui aux diplômés sans expérience (PADE). Ce programme consiste à introduire les diplômés pour un stage rémunéré allant de 3 à 6 mois pour qu'ils soient plus compétitifs sur le marché de l'emploi.

Quels sont, à votre avis, les domaines qui emploient le plus actuellement au pays et vers lesquels les jeunes devaient s’orienter ?

Le Tchad est par nature un pays d’agriculture et d’élevage par excellence. J’inviterai mes compatriotes non seulement à faire des études pour le développement de ce secteur porteur mais aussi je les encouragerai à développer l’esprit entrepreneurial car le développement du pays en dépend. Au lieu de chercher à être employé dans une entreprise, pourquoi ne pas devenir entrepreneur et être son propre patron ? L'ONAPE a développé un programme pour accompagner les jeunes qui misent sur l’emploi indépendant. Nous leur octroyons des crédits à taux d’intérêt zéro.

Les secteurs de la digitalisation, la transformation des matières premières, l’élevage et l’agriculture sont des secteurs où si nous mettons le bouchon double, nous aurons assez de micro-entrepreneurs et répondrons à la problématique de l’emploi des jeunes.