Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
ANALYSE

Grève sèche et illimitée au Tchad : résultat de l’inintelligence et l’insouciance du gouvernement


Alwihda Info | Par Steve Djénonkar - 11 Janvier 2021


La ville de N'Djamena. © Ben Kadabio/Alwihda Info
La ville de N'Djamena. © Ben Kadabio/Alwihda Info
En cinq ans, peu de Tchadiens se souviennent du nombre exact de fois où les employés du secteur public sont entrés en grève, asphyxiant une économie déjà bien morose. Les réclamations des travailleurs sont les mêmes depuis une demi-décennie : rétablissement des indemnités injustement coupées en 2016, levée des gels des effets financiers sur les avancements, paiement des titres de transport. Toutes les fois malheureusement, le gouvernement répond à cette “rengaine’’ par des promesses fallacieuses, par la corruption des leaders syndicaux. Lesquels leaders appellent unilatéralement les travailleurs à reprendre le travail. Le travail repris, le gouvernement obtient un répit.

Or le problème serait définitivement résolu si le gouvernement manifestait une toute petite intelligence et volonté. En effet, les travailleurs savent pertinemment que le futé Déby ne satisfait jamais les revendications en intégralité. C’est d’ailleurs l’un des principes syndicaux : accepter la petite offre et continuer la bataille. La grève qu’entament les travailleurs à partir de lundi a été évitée de justesse il y a quelques mois lorsque le ministre d’État, ministre secrétaire du gouvernement a instruit le ministre des Finances de payer les titres de transport avant la fin de l’année 2020. La nouvelle a spontanément calmé les ardeurs des travailleurs décidés à déclencher une grève. Ils ont loué la bonne volonté du gouvernement même si la méfiance subsistait.

En novembre, lorsque ces titres sont partiellement payés, le gouvernement a bénéficié d’un peu de crédit. Il a pareillement bénéficié d’un nouveau répit. Cette sagesse aurait dû être renouvelée en décembre. Si les arriérés des titres de transport étaient payés, les travailleurs se diraient : “Patientons, puisque le gouvernement a payé le 13ème mois, il lèvera inévitablement les effets des avancements sur les salaires, retablira nos indemnités. Il y a une certaine volonté!’’. Cette intelligence faciliterait d’éventuelles négociations.

Le gouvernement de Déby a sombré malheureusement dans son inintelligence et son insouciance, accroissant la méfiance des travailleurs, multipliant aussi ses difficultés. Au paiement des arriérés, se greffe dorénavant le rétablissement intégral des indemnités promises personnellement par le maréchal il y a un an. Le débrayage lancé par la plateforme revendicative n’étonne pas outre mesure car il était prévisible.

En cette période de forte augmentation des cas de contamination au Covid, les agents sanitaires sont à jamais indispensables. Il serait paradoxal et même suicidaire de laisser perdurer la grève. Espérons que la position de force du personnel médical suscite l’intelligence du gouvernement ou du moins le contraint à résoudre impérativement et définitivement le problème.