ANALYSE

IL FAUT SOUTENIR ET AIDER LA CLASSE POLITIQUE CENTRAFRICAINE À SE RELEVER !


Alwihda Info | Par Jean-Gualbert Togba - 20 Octobre 2014


Une classe politique efficace et responsable suppose des individualités intègres et compétentes en la matière. La crise qui secoue la Centrafrique est la conséquence de sa faiblesse. Une classe politique habituée à des compromissions contre nature pour avoir des postes ministériels et autres.


Depuis le sot coup d’Etat idiot du 24 mars 2013 de Michel Ndjotodia à la tête d’un groupe criminel qui a dépouillé la République Centrafricaine du peu de ce qui lui restait, la classe politique se calfeutre dans un mutisme insupportable. Même si la communauté internationale est peu regardante sur les hommes/femmes politiques centrafricains, envers qui elle accorde peu de crédit de confiance, il appartient à la classe politique dans sa diversité de se faire violence sur elle afin de ne pas louper le coche.

1°) Nécessité d’avoir une classe politique efficace et responsable.

Une classe politique efficace et responsable suppose des individualités intègres et compétentes en la matière. La crise qui secoue la Centrafrique est la conséquence de sa faiblesse. Une classe politique habituée à des compromissions contre nature pour avoir des postes ministériels et autres.
Dans la gestion de la chose publique : La Centrafrique est un pays où l’ordre des choses est fortement perturbé. Un désordre, image de la décadence que le pays vit, voulu pour désorienter et semer plus de chaos. Il va sans dire que la gestion de la chose publique incombe à la classe politique de fait, de même que les postes ministériels sont des postes politiques. Il faut que les élites centrafricaines s’accommodent à cette démarche. Il appartient au parti politique à qui le peuple a donné mandat de conduire la destinée du pays et d’appliquer le programme politique sur la base de laquelle il a été élu.

Le mauvais choix de la communauté internationale de jeter son dévolu sur la société civile au détriment de la classe politique n’arrange pas les choses. L’expérience de la transition démontre à suffisance, tant s’en faut, que le choix de la société civile a pris de l’eau.

Beaucoup se réclamant membres de la société civile et qui envahissent la scène politique, sont en réalité des politiciens déguisés. Un coup de balais dans la fourmilière, c'en est pas de trop, tant s'en faut.

2o) Pour acquérir de l’expérience et la maturité politique.

Une classe politique trop longtemps écartée de la gestion de la chose publique cultive la méconnaissance et l’amateurisme. Il est vrai que la pratique de la politique s’exerce à travers la pratique du pouvoir dans tous les sphères décisionnaires de l’État. Détenir le pouvoir pour être en position d’appliquer le programme auquel on estime le meilleur pour son pays.

En voilà une occasion manquée pour cette la transition, de donner l’opportunité aux hommes/femmes politiques d’acquérir de l’expérience dans la gestion de la chose publique, puisque c’est à eux que reviendra la lourde charge de conduire la destinée du pays. C’est pourquoi, il était souhaitable de laisser la classe politique conduire la transition pour mieux poser une véritable fondation au prochain Président de la République qui sera issue de leur rang.

De 14 août 1960 à 24 mars 2013, en 53 ans d’existence en tant que État souverain, la Centrafrique a eu six (6) présidents de la République dont quatre (4) sont issus du coup d’État (Jean-Bedel Bokassa, David Dacko II, André Kolingba, François Bozizé) (quatre délinquants institutionnels) et une seule élection régulière, Ange Félix Patassé.

David Dacko ne fut pas élu au suffrage universel, de même que Michel Ndlotodia, Cathérine Samba-Panza qui sont des intérimaires, sans oublier Alexandre-Ferdinand N'Guendet qui assuma la transition de 13 jours après le départ forcé de Michel Ndjotodia, venu lui aussi par un coup d’État (un cinquième délinquant institutionnel déclassé et contraint à la démission forcée).

De là, il faut comprendre que, à part quelques nominations aux postes de premiers ministres, des postes ministériels, les hommes/femmes engagés en politique n’ont jamais eu l’opportunité de tenir les gouvernails du pays même si Patassé le seul élu à porter un coup de frein brutal à l’élan démocratique. Même si par la suite les putschistes organisèrent des élections qu’ils gagnèrent à tous les coups à la victoire soviétique, ceci est une cause assez profonde pour affaiblir d’avantage la classe politique qui pour la plus part, ne voyant aucune perspective d’avenir se rallièrent au pouvoir despotique pour faire la politique du ventre. Et de fil à aiguille, la contagion gagne et s’installe dans l’esprit et est devenu une règle, s’en suit l’impunité qui favorise la corruption. Les gouvernants deviennent alors des corrupteurs et des corrompus à la fois.

Tel est le cas aujourd’hui. Quelle leçon et message du civisme, de moralité, d’étique et d’intégrité venant au plus haut sommet de l’État qui n’hésite pas à soudoyer à coup de million de francs CFA pour parvenir à ses fins. Et après on s’étonne de la propagation de l’incivisme.
C’est un sujet qu’il faut prendre à bras le corps en adoptant des lois contraignantes pour dépolluer la mentalité et redonner à la classe politique toute sa lettre de noblesse.

3°) Le critère de sélection à travers les différents scrutins incite à un engagement et à une implication
La République centrafricaine n’a aucune expérience de la démocratie politique. J’entends par là, une vraie compétition crédible à travers le scrutin avec des institutions qui fonctionnent. Or, l’absence de compétition (élections communales, départementales, régionales, législatives, sénatoriales et présidentielles) entraîne un déficit d’engagement et d’implication parce que les concernés travaillent en électron libre et n’ont aucune crainte d’être sanctionnés, ni la justice, ni à travers le scrutin.

Les aventuriers sont souvent cooptés par leur parti dans une élection truquée sur fonds tribal, ayant comme programme électoral la couleur ethnique de leur parti politique.
4°) Nécessité pour un pays d’avoir des hommes/femmes politiques forts
On ne peut pas se passer d’une classe politique quelque soit la dégradation économique et sociale du pays et quelque soit le témoignage négatif qu’ont laissé certains responsables politiques. Favoriser l’alternance de nature à donner une bouffée d’oxygène à la classe politique en friche, avec une autre manière de faire de la politique autrement. Le Renouveau, reste une solution crédible pour redorer son blason et renouer confiance avec le peuple et la communauté internationale.

Il est vrai que je suis de ceux qui ont toujours jeté des pierres à la classe politique, tout parti confondu, mais ce fut un temps. Il faut s’inscrire dans une pensée positive pour la refondation et le Renouveau de la classe politique et travailler au renouvellement des ressources humaines.

Faire de la politique c’est faire le choix de servir son pays et non se servir de son pays pour des raisons égotiques et égoïstes. C’est un engagement dans un esprit de responsabilité. Un pays ne peut pas se passer de la classe politique. Ce n’est pas une question d’hommes, d’époque ou d’appartenance régionale, ethnique ou socio culturelle, mais un principe habité dans un état d’esprit de service et de responsabilité.

A César ce qui est à César, aux politiques la gestion de la chose publique.


Jean-Gualbert Togba

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