Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
INTERVIEW

Ibedou : "l’avènement de la démocratie a favorisé l’arrivée du MPS au pouvoir, pas le contraire"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 5 Mars 2019 modifié le 5 Mars 2019 - 18:19

Le secrétaire général de la Convention tchadienne de défense des droits humains (CTDDH), Mahamat Nour Ahmed Ibedou, en guise de réponse aux multiples sorties médiatiques des responsables du parti au pouvoir pour menacer les partis politiques de l’opposition et la société civile de dissolution, indique que c'est l’avènement de la démocratie en Afrique qui a favorisé l’arrivée du MPS au pouvoir mais non pas le contraire.


Le secrétaire général de la CTDDH, Mahamat Nour Ahmed Ibedou. © Alwihda Info
Le secrétaire général de la CTDDH, Mahamat Nour Ahmed Ibedou. © Alwihda Info
Dans un entretien accordé à Alwihda Info, il explique que l’intervention française est une ingérence flagrante et grave dans les affaires intérieures du Tchad et porte le germe de relents colonialistes. Le secrétaire général de la CTDDH, Mahamat Nour Ahmed Ibedou insiste sur la tenue d’une table ronde qui regrouperait tous les enfants du Tchad pour débattre de tous les problèmes du pays afin de trouver une solution définitive, plutôt que d’envoyer des forces étrangères pour détruire des rebelles et tuer des tchadiens.

Alwihda Info : Le porte-parole du MPS, Hassan Sylla a dit lors d’un entretien qu’il a accordé à Alwihda Info, que le MPS est "le socle de la liberté, de la démocratie et quiconque chercherait à les remettre en cause verra le MPS sur son chemin". Quelle est votre réaction ?

​Il est vrai que la démocratie suppose une composition de deux ou plusieurs partis politiques et que ces partis politiques doivent avoir le même statut légal. Cela veut dire que dès lors qu’il est reconnu comme étant un parti, il doit obéir aux même règles. Les règles dont parlent les gens du MPS, c'est par rapport à l’ordonnance n° 20 relative au régime des partis politiques. En fait les responsables du MPS oublient que le MPS est également un parti politique comme les autres et qu’il doit être soumis au même régime que les autres partis. Eux, ils font comme si le MPS est au-dessus de cette ordonnance premièrement et deuxièmement, le MPS était un mouvement armé. Il est venu prendre le pouvoir par la forces des armes. Moi, je suis bien placé pour vous dire que ce n’est pas le MPS qui a apporté la démocratie, mais c'est plutôt l’idée de la démocratie qui a apporté le MPS au pouvoir.

Si le MPS n’avait pas déclaré au départ qu’il allait instaurer la démocratie, je ne suis pas sûr qu’il allait arriver au pouvoir. Troisièment, les responsables de ce mouvement font comme si le MPS est un parti unique. Rappelez-vous de la déclaration de Zene Bada qui dit que le MPS doit être vigilant, la sentinelle pour contrôler les autres partis. Le MPS doit demander au gouvernement de dissoudre certains partis politiques, c’est comme s’il était dans un parti unique.

On reconnait que certains nostalgiques de dictatures passées pensent que cela doit se faire comme ça parce que leurs passions naturelles prennent le dessus. Ils oublient qu’ils vont dans des joutes oratoires complétement erronées. Comment un parti au pouvoir peut être le socle de la liberté et de la démocratie ? La démocratie a été préalablement imposée avant l’arrivée du MPS et qui a favorisé l’arrivée de cette formation politique au pouvoir. Tous les partis politique doivent obéir aux mêmes règles de la démocratie. Moi je ne veux pas répondre à la place des partis politiques mais je pense que la déclaration Mr Sylla sur la sortie du chef de l’opposition démocratique est tout simplement erronée.

Depuis que la France est intervenue pour stopper la colonne rebelle de l’UFR dirigée par le neveu de chef de l’Etat, le pouvoir accuse l’opposition démocratique et la société civile de sympathiser avec des groupes terroristes. Qu'en pensez-vous ?

​Nous avons déjà réagi à plusieurs reprises à ces déclarations mais nous réitérons quand même. Le parti au pouvoir fait la sourde oreille. Nous avons dit que nous n’approuvons pas et nous n’approuverons jamais une prise de pouvoir par les armes. De notre point de vue, elle est illégale. De par notre statut, nous ne pouvons pas être d’accord avec un mouvement armé qui viendrait prendre le pouvoir par les armes, nous l’avons déjà dit, c’est une position claire qui est immuable. Or la France est allée attaquer une colonne rebelle qui, dit-elle, menace la stabilité du pouvoir. De toute façon, le pouvoir a le droit de combattre une rébellion armée qui vient "le déstabiliser", comme il le dit.

Si par exemple, cette colonne avait été attaquée par des avions tchadiens et interceptée par des militaires tchadiens, je ne pense pas que nous aurons un autre mot à dire. Mais nous avions réagi parce que cette colonne a été bombardée par des avions français et ça pour nous, c’est une ingérence flagrante dans les affaires intérieures de notre pays. Et là, nous la condamnons.

Quand nous condamnons cette ingérence qui porte, rappelez-vous, des relents colonialiste, les gens pensent que nous soutenons la rébellion. Non. Je crois que c’est un amalgame délibéré que les responsables de MPS font pour essayer de discréditer notre position. Mais en fait, elle est claire et il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Le pouvoir menace de dissoudre tous les partis politiques et toutes les organisations de la société civile qui ont condamné l’intervention française. Est-ce démocratique ?

Ça entre en droite ligne de la perception des responsables du MPS sur la notion de la démocratie. Ces responsables du MPS doivent savoir que les autres partis de l’opposition qui n’ont pas approuvé cette attaque des militaires français sur le sol tchadien en tuant des tchadiens, ont les mêmes prorogatives que le MPS dans sa façon de percevoir des problèmes au niveau national. Maintenant, en menaçant les autres partis pour avoir émis leur opinion, on ne parle plus de la démocratie. Nous revenons maintenant vers le parti unique.

Je crois que cela traduit une certaine fébrilité du pouvoir, parce qu’ils savent en leur fort intérieur que cette intervention est une intervention aliénante et qu’elle n’est pas conforme au droit international, c’est pourquoi ils veulent la cacher par des menaces, des intimidations et autres. Mais nous savons que ces genres de déclarations sont inutiles et dangereuses, parce qu’elles ne font peur à personne, ni à la société civile ni aux partis politiques. Elles sont dangereuses parce que ça risque de créer une atmosphère de parti unique dans le pays. Cela n’est pas bien. Je crois que la prochaine fois, il faut qu’ils s’abstiennent de ces genres de déclarations inutiles et dangereuses.

Lors de notre entretien avec le porte-parole Hassan Sylla, il a estimé que l’opposition a fait un rétropédalage. Etes-vous d'accord ?

Je n’ai l’ambition de répondre à la place des partis politiques de l’opposition. Mais il me semble que quand les partis politiques de l’opposition avaient condamné en disant que cette intervention est inopportune, c'était leur façon de désapprouver cette intervention. Ils proposent en retour la tenue d’une table-ronde qui regroupe tous les enfants pour débattre de tous les problèmes du Tchad afin de trouver une solution définitive, ce que nous partageons au niveau de la société civile, plutôt que d’envoyer des forces étrangères pour détruire des rebelles en tuant des tchadiens.

Il nous faut un cadre de dialogue inclusif où même les mouvements armés seront représentés, de manière à en finir une fois pour toute avec ces gesticulations militaires. Les rebelles, sans vouloir justifier leur lutte, ont estimé qu’il n’y a pas de cadre de dialogue suffisant et qu’il n’y a pas d’espace démocratique, c’est ça qui les a amené à prendre des armes et à être ainsi dans l’illégalité.

Nous, nous pensons que Deby ferait mieux avec l’aide de la France d’organiser une table ronde afin de régler les problèmes du Tchad, une fois pour toute. Il revient à l’opposition de se défendre contre la sortie du porte-parole de MPS qui prétend que l’opposition démocratique fait un rétropédalage. Ce qui veut dire que les partis politiques de l’opposition démocratique ont été intimidés par quelques spéculations menées par certains responsables véreux du MPS, nostalgiques du temps ancien. Ils pensent qu’ils peuvent toujours gouverner avec des intimidations et autres, ça c’est déjà dépassé.