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L'inoubliable massacre d'Arhiba... (épisode 3)


Alwihda Info | Par Mohamed Qayaad - 18 Décembre 2018 modifié le 18 Décembre 2018 - 03:54

Le quartier - Arhiba - devient la figure du « mal par excellence », qui porte en lui tous les stigmates d’une négativité morale et politique qu’il diffuse et propage autour de lui, et sur laquelle, par conséquent, l’on doit concentrer les coups les plus percutants.


© DR
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Toute dictature doit rappeller sa capacité répressive et sa force de coercition à intervalles réguliers contre des menaces réelles ou fantasmées !
Un peu comme le jardinier anglais doit régulièrement tondre sa pelouse en y éliminant toutes les têtes qui dépassent pour maintenir l'ordre et la stabilité virtuelle.
Mon coeur, mes pensées, ma sympathie et mes prières vont à celles et à ceux qui sont morts, aux blessés et aux familles des victimes de ces actes de terrorisme nihiliste, lâche et atroce.
Il est choquant et je me demande sans cesse : étaient-ils vraiment des êtres humains ? Et dire qu’aujourd’hui encore, il y a des gens de cette sorte ?
Cette période douloureuse est bien entendu la plus épineuse à traiter : l’historiographie de la politique de l'oncle HGA et du neveu IOG a en effet dû se dépêtrer de ces images violentes, soit pour les justifier, soit pour les assumer carrément.
Surtout, dans cette période où les djiboutiens eux-mêmes se divisèrent et s’entre-déchirèrent, comment lire et expliquer les rapports et tiraillements ? Certains y vont de leur analyse simplificatrice, présentant par exemple un Arhiba seule figure opposé au reste de la dictature tribale corrompue. Une telle analyse ne résiste cependant pas à l’examen, et le tableau de ce jour agité et meurtrier (18/12/1991) est bien plus complexe et nuancé. Comment l’expliquer ou l’analyser ?
Il faut écrire pour ne pas oublier et essayer de comprendre !
Le massacre d'Arhiba a été perpétré le 18 Décembre 1991. Selon les estimations, il fit entre 60 et 300 victimes.
Les milices de l'oncle avaient reçu pour mission d'encercler le quartier, d'extraire des combattants fictifs. Ils y pénétrèrent sans résistance et y commirent le massacre de la population civile durant 24 heures. Ce dernier a été présenté comme une bataille désirée et victorieuse. Pire, le massacre est présenté comme étant une vengeance de la défaite de l'armée djiboutienne par le FRUD au Nord de Djibouti, quelques jours plus tôt.
Comment ne pas éprouver un sentiment de rage envers ces bourreaux et comment ne pas pleurer face aux différents drames que traverse Arhiba ?
L’horrible injustice que vous subissez me saute brutalement aux yeux et me révolte. Comment une telle cruauté a pu s’installer à Djibouti sans émouvoir personne.
Cette affirmation de l'identité clanique est allée jusqu'à l'exclusion, la persécution et l'extermination de l'Autre par le refus de lui reconnaître sa place qu’il puisse vivre en société d’une manière constructive.
Personne n'imagine à quel point ce système mortifère nihiliste a été pensé, conçu, planifié, coordonné, et organisé par l'exécutif djiboutien.
L'oncle et le neveu ont été au coeur du système puisque les sources le confirment. Le dire et l'écrire, c'est aussi obliger ceux qui ne veulent pas voir ce passé douloureux à le regarder en face.
Et la vérité et que j’ai renoncé à m’étonner de cet étrange deux poids deux mesures qui est automatiquement de mise dès lors qu’il est question d’une victime djiboutienne « non-afar ».
Mais où sont passés les pétitionnaires, les scandalisés et autres pleureuses ? Leur silence m’assourdit.
Le quartier Arhiba est attaqué parce qu’il est majoritairement habité par la communauté "afar" et non l’inverse. L’objectif majeur de ce système tortionnaire et en son sein, la fonction du bourreau est de produire de la déculturation en désaffiliant la personne de ses groupes d’appartenance. Déculturation, car à travers une personne singulière que l’on torture, c’est en fait son groupe d’appartenance que l’on veut atteindre: appartenance professionnelle, religieuse, ethnique, politique, sexuelle. Voilà comment on fabrique la terreur collective.
Le quartier - Arhiba - devient la figure du « mal par excellence », qui porte en lui tous les stigmates d’une négativité morale et politique qu’il diffuse et propage autour de lui, et sur laquelle, par conséquent, l’on doit concentrer les coups les plus percutants.
« La barbarie n’est pas un phénomène de génération spontanée », disait Hannah Arendt.
On banalise une petite injustice, puis une grande, la violation d’un droit civique et on s’étonne de se retrouver dans une guerre qu’on qualifiera de « barbare et d’incompréhensible » parce qu’on a fermé les yeux sur tout ce qui nous y a amené.
À qui le tour ? Épisode 5 ?