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ANALYSE

La haine, ce mot en vogue au Tchad


Alwihda Info | Par Masrambaye Blaise - 12 Mars 2022

Après la promotion de la cohabitation pacifique, du vivre-ensemble qui a pitoyablement échoué, les promoteurs de ces "vertus" ressassent dorénavant la haine. La haine signifie un petit avis contraire exprimé, une quelconque dénonciation d'une injustice, même flagrante. Ce mot tellement aimé des politiques et des oligarques tchadiens a trouvé une acception complètement différente de l'étymologie, frisant quelquefois l'ineptie.


S'il est un pays où le mot haine est si cher, c'est bien le Tchad. Le président du Conseil militaire de transition l'a prouvé lors d'une interview accordée à la télévision nationale. "Les réseaux sociaux jouent un rôle très négatif", autrement ils servent à propager la haine, le communautarisme. Pire les intellectuels en sont à l'avant-garde, se désole Mahamat Idriss Déby.

Ses ministres lui ont quelque peu servilement emboîté le pas. Le ministère de la Sécurité publique a défrayé la chronique en annonçant, il y a quelques semaines, la formation des experts capables de détecter des faux comptes propageant la haine sur les réseaux sociaux. Le ministère de l'Administration territoriale quant à lui, a suspendu les activités de l'association Almountada pour "incitation à la haine" sans donner plus d'explications. La Haute autorité des médias et de l'audiovisuel (HAMA) y a ajouté une touche plus personnelle. Elle menace les responsables des médias audiovisuels qui diffuseraient des musiques ou autres contenus à caractère haineux de sanctions administratives.

Sur la toile bleue, les posts hostiles à une personnalité, à une communauté autre sont nombreux. Ceux qui dénoncent les nominations clientélistes le sont autant. Les auteurs de ces publications sont spontanément traités de haineux. A cet effet, beaucoup d'internautes, pire des ministres sont tombés dans une grave bassesse en citant même des ethnies au point d'obliger le premier ministre de transition à demander aux membres du gouvernement de s'abstenir des discussions sur les réseaux sociaux.

Injustice engendre haine

Même s'il est clair que certaines déclarations sont de nature à inciter à la haine, le gouvernement et surtout une poignée d'hommes à qui le régime a injustement tout offert veulent une passivité, un conformisme d'idées. La population vers qui une révoltante injustice est expressément orientée doit se résigner dans son pitoyable état. Les intellectuels ne doivent pas exprimer des opinions contraires à celles des privilégiés qui ont toujours raison. Au lieu de se borner à taxer les individus épris de justice de haineux, le gouvernement ferait mieux de supprimer les inégalités profondes, causes de cette "haine juste", qu'il a créées et continue d'entretenir. Après tout, "on aime pas son prochain le ventre vide".



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