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POINT DE VUE

Mépris de la hiérarchie en milieu médical : un ATS sermonne un Docteur en Médecine


Alwihda Info | Par Dr Djiddi Ali Sougoudi - 1 Septembre 2018 modifié le 1 Septembre 2018 - 09:30

Mépris de la hiérarchie en milieu médicale: un Agent des Techniques de Santé (ATS) sermonne un Docteur en Médecine tel un Sergent-Chef qui gifle un Colonel ou un Général dans l’Armée !


Illustration. L'entrée de l'Hôpital général de référence nationale (HGRN). Crédits : DR
Illustration. L'entrée de l'Hôpital général de référence nationale (HGRN). Crédits : DR
Le ridicule ne tue plus le milieu médical tchadien et le virus du mépris de la hiérarchie médicale est vite inoculé par les politiques qui accusent les médecins de tous les maux et cela pour justifier la promotion des cancres par un népotisme ambiant qui flamboie en plein jour et en grandeur nature.

Deux exemples affligeants :

- un ATS nanti d’un master de Gestionnaire-Administrateur à vérifier, propulsé délégué de la ville de Ndjamena suspend sans état d’âme un éminent médecin de son poste de Médecin Chef de District pour le motif « d’incitation à la grève». La médiocrité sermonne le mérite dans un chaos vertigineux qui donne des vertiges et des syncopes.

- A Bongor, la semaine dernière, le Médecin Chef de District constata avec amertume la disparition des plusieurs ballots de Moustiquaires imprégnées et des médicaments antipaludiques, vendus frauduleusement par un infirmier récalcitrant devenu intouchable à cause de son père qui serait un haut cadre du Ministère de la Fonction publique. Culotté sinon audacieux, l’infirmier voleur mobilisa ses collègues infirmiers pour tenter de chasser le médecin qui voulut assumer ses responsabilités hiérarchiques. Il a fallu l’implication de la police et d’un huissier pour temporiser l’ardeur perfide d’un infirmier « intouchable » qui nargue son chef hiérarchique. C’est le monde à l’envers. C’est le Tchad en folie.

C’est dans mon pays au Tchad que des individus intellectuellement morveux peuvent se prévaloir et faire imposer leurs désidératas au regard et au vu d’une hiérarchie contrariée par les politiques qui font la promotion des petits zélés aux desseins cupides. Le comble de l’ironie frappe le macadam de ses sabots de petits ruminants qui ruminent leur colère contre le pachyderme de la science médicale. L’hippopotame et l’éléphant hésitent à venir boire de l’eau à la mare à cause des écureuils enragés par les politiques qui les couvrent et les incitent à la violence inutile et gratuite. C’est l’inversion des responsabilités et des prérogatives.

Je demande solennellement aux hautes autorités médicales de faire imposer le respect de la hiérarchie et la transparence dans les nominations qui sont aujourd’hui trop flagramment fantaisistes.

Les médecins ne sont pas ceux décrits comme ignobles qui abandonnent leurs malades. 
Arrêtez avec la délation, la calomnie et le sarcasme envers les blouses blanches qui travaillent dans des conditions abjectes de travail!!

Jamais les médecins n’ont été mis au cœur des décisions vitales du ministère. 
Ce sont des véreux gestionnaires et des brevetés élémentaires en informatique qui conduisent depuis plusieurs décennies le système de santé vers ce précipice des indicateurs sanitaires en rouge. 

Dire que rien n’a changé avec les médecins délégués dans les délégations est un discours fallacieux milles fois réitérés ces dernières semaines pour juste entériner la propagation de la médiocrité au détriment de l’excellence tant souhaitée et réclamée.

Les médecins ne réclament pas des postes ni ne veulent gérer les pécules et flouzes des hôpitaux ou des délégations contrairement à quelques infirmiers devenus abrupto des gestionnaires par pure cupidité et désir irrépressible de détourner les ressources sanitaires du pays. Un bon infirmier reste et se perfectionne dans son domaine de soignant et ne doit nullement bifurquer sa carrière pour se perdre en gestionnaire prédateur comme se fait de nos jours.

Gérer une délégation sanitaire exige des compétences de supervisions formatives dans les districts et les centres de santés et d’animation des réunions avec les partenaires techniques et financiers (PTF). 

Comment un ATS reconverti en « gestionnaire-administrateur » par un cursus tortueux peut parler le langage médical à des médecins qui ont le triple ou quintuple de ses médiocres bagages intellectuels acquis dans une précipitation à visée vorace? 

Dites-moi comment quelqu’un qui n’arrive pas à lire une page de discours puisse animer une réunion des médecins et d’infirmiers expérimentés qui font fonctionner des districts de la capitale?

L’adage rapporte que « la chienne accouche des chiots aveugles à cause de sa gestation et sa parturition précipitées ». Et cela pour corroborer qu’un fonctionnaire qui se précipite dans sa formation académique ne se montrera que limité et foncièrement médiocre. Or au Tchad, les médiocres ont le piston facile et la responsabilisation gratuite. Les folklores politiques donnent des ailes aux médiocres qui ravissent les strapontins et bonjour l’inouï et le ridicule rampants!

Concédons cependant que les médecins peuvent se retirer de toute fonction administrative et nous verrons avec quels jargons et jargonnages s’adresseront à nous ces empressés du système qui pètent plus haut que leurs c....!

En attendant, récitons l’oraison funèbre de notre système sanitaire qui renoue de plus bel avec l’anarchie et le mépris de la hiérarchie!

Dr Djiddi Ali Sougoudi
Médecin infectiologue et paludologue