Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
ANALYSE

Mort de George Floyd : la goutte d'eau qui fait déborder le vase


Alwihda Info | Par Anatole GBANDI - 7 Juin 2020


Mort de George Floyd : la goutte d'eau qui fait déborder le vase. © DR
Mort de George Floyd : la goutte d'eau qui fait déborder le vase. © DR
Comme pour un sacrifice à Kémosh, comme pour un sacrifice à Moloch, il s’est agenouillé sur sa victime, le policier meurtrier de George Floyd.

Il s’agit bel et bien d’un assassinat, destiné à faire peur et même à épouvanter toute une communauté. Je dis bien un assassinat. Car quiconque n’a pas l’intention de tuer un homme ne s’agenouille pas sur son cou, en pesant de tout son poids, pendant plus de huit minutes, comme le lion qui attrape sa proie par le cou, le maintient dans sa gueule et ne le lâche que quand il sent qu’elle est complètement froide. Alors il peut la contempler, se pourlécher les babines, avant de commencer le festin. Mais, pour une fois, les choses ne vont pas se dérouler selon le plan des policiers racistes, qui bénéficient généralement de la mansuétude des procureurs : un tsunami de protestations va contraindre leur pays à les incarcérer, en attendant, espérons-le, de les juger.

LA GOUTTE D’EAU QUI FAIT DÉBORDER LE VASE

En période de pandémie, alors que la covid-19 décimait par milliers les Noirs américains, un mort sur quatre, les policiers racistes se sont résolument rangés du côté du virus pour frapper encore plus fort une communauté en déshérence, affaiblie par le diabète, l’hypertension, la malbouffe, larguée par un système de santé conçu pour les riches et qui semble irréformable. L’Obamacare qui a tenté de le corriger en faveur des plus démunis a été détricoté par ceux-là mêmes qui versent aujourd’hui des larmes de crocodile sur les victimes du nouveau coronavirus.

La pandémie n’a pas tué que des Noirs aux États-Unis. Elle a tué aussi des Blancs pauvres, des Hispaniques, des Asiatiques, plus de cent mille personnes sans susciter autant d’indignation que la mort de George Floyd. Un paradoxe apparent : en effet, quand la terre est saturée de morts, quand la mort se banalise en sautant d’un toit à l’autre et d’un gratte-ciel à une case, on l’accepte, on fait avec, mais on n’admet pas le crime gratuit, le crime barbare qui détonne dans cette pandémie. C’est comme si dans un navire en perdition, quelques matelots ouvraient des voies d’eau pour précipiter le naufrage. Les terriens qui, depuis les berges de l’Oubangui verraient cette aberration, se poseraient des questions sur la compétence du capitaine du vaisseau. Est-il judicieux qu’un commandant en chef tienne des propos incendiaires quand son navire est cerné par la tempête ? Quel est le boulot du président des États-Unis ? Farcir ses propos de coups d’oeil démagogiques à l’attention des suprémacistes blancs ? "Si les émeutes commencent, on commencera les tirs." Que signifie "tirer" en période de deuil ? Le pays n’a-t-il pas assez de morts ? Ne doit-on pas respecter le deuil des Américains ? M. Trump ne semble pas avoir beaucoup d’égards pour les morts : souvenez-vous de la manière dont il mimait comme un vulgaire cabotin l’effroyable carnage du Bataclan. Que signifie << tirer >> dans un pays ravagé par la covid-19 ? Le président de la première puissance du monde peut-il se permettre d’utiliser l’armée comme n’importe quel dictateur du tiers-monde l’utiliserait ?

La mort de George Floyd a soulevé dans son pays une vague d’indignation, de violents mouvements de désapprobation et de réprobation, parce qu’il ne veut point devenir la première puissance de l’épouvante, la première puissance de l’horreur ni la première puissance de l’iniquité. Chaque fois qu’un homme est tué de manière aussi barbare, c’est l’image de l’homme qui se lézarde, c’est l’image du chrétien qui se brouille et c’est l’image de tout un pays qui s’obscurcit.