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TCHAD

Plus de 18 mois après, où en est la crise des réseaux sociaux au Tchad ?


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 26 Août 2019 modifié le 26 Août 2019 - 10:59



© Pixabay, CC0
© Pixabay, CC0
En mars 2018, toute la population tchadienne a été privée d’accès aux réseaux sociaux pour des raisons de sécurité nationale, selon les représentants du gouvernement. Après plus de 18 mois, le président tchadien Idriss Déby a levé les sanctions, autorisant l’accès Internet à ces réseaux. Retour sur cette affaire qui n’est pas encore totalement éclaircie. 

Plus qu’un problème de droit d’accès à l’information 

Les chiffres d’accès normalisé à Internet sont déjà les plus faibles du continent africain, mais cette mesure prise en mars 2018 a de lourdes conséquences sur la vie des Tchadiens : seuls 7%, avant cette décision, avaient accès à Internet et aux réseaux sociaux de manière régulière. Aujourd’hui, le défi est d’autant plus important qu’il mêle plusieurs dimensions, à la fois politique et sociétale. 

En effet, cette décision sanctionne directement les Tchadiens en mesure d’accéder aux réseaux sociaux : coupés du reste du monde, ils ne bénéficient pas du même accès à l’information que les internautes du monde entier. Plus encore, la faible couverture réseau au Tchad et le prix élevé des opérateurs de téléphonie mobile rendent compliqué le fait de trouver des alternatives.  

En ce début d’année, des collectifs d’avocats ont porté plainte contre les deux principaux opérateurs de téléphonie mobile du Tchad, Airtel et Tigo, responsables de la censure. Au cours de la procédure, l’un des représentants a dévoilé que la mesure n’avait pas été prise au niveau des opérateurs, mais bien au niveau gouvernemental et qu’il s’agissait d’un « ordre direct ». 

Est évoquée dans ce cas la menace terroriste pesant sur le pays. Le gouvernement s’est exprimé sur le sujet, en indiquant que cette volonté de refuser l’accès aux réseaux sociaux était simplement motivée par l’envie de ralentir les tactiques de radicalisation ou la prise de contact des terroristes via les réseaux. Cependant, l’argument n’a pas fait réagir dans le bon sens, les associations de défense pour la liberté des droits numériques ayant rappelé qu’il s’agissait tout bonnement d’une « censure » et d’une « atteinte à la liberté et aux droits humains » d’accès à l’information. 

Les solutions trouvées par les Tchadiens pour contourner les règles 

Nous le disions plus haut, les forfaits sont extrêmement élevés en termes de prix. À tel point qu’il faut compter l’équivalent de plusieurs dizaines d’euros pour seulement quelques Go d’accès à Internet, ce qui est inaccessible pour beaucoup d’individus. De plus, ces quelques Go sont consommés en seulement quelques jours, ce qui frustre beaucoup de jeunes, notamment. 

Pour résoudre la question expresse de l’accès aux réseaux sociaux, la principale solution trouvée a été le recours au VPN, qui permet d’accéder de manière sécurisée au réseau souhaite en cachant son adresse IP. C’est le meilleur moyen pour accéder aux réseaux sociaux en levant l’interdiction nationale : en effet, le principe d’un VPN est de pouvoir se connecter sur un réseau privé en choisissant sa location. Les Tchadiens pouvaient alors surfer sur Internet en utilisant une adresse IP basée en France ou d’autres pays du monde. 

Mais cette solution n’est pas nécessairement satisfaisante : l’utilisation d’un VPN est plus énergivore en termes de consommation Internet, ce qui fait qu’un individu disposant d’un forfait classique épuise très rapidement son Go disponible. Cet effet pervers incite les Tchadiens vivant à la frontière du Cameroun de se rendre de l’autre côté de la frontière pour bénéficier de tarifs plus avantageux et d’une meilleure connexion. Les Tchadiens s’en vantent même sur Twitter ou Facebook, et invitent leurs compatriotes à faire de même. 

Plus encore, le prix d’un VPN est considéré comme exorbitant. Cela fait que, depuis décembre 2018, des associations comme Internet Sans Frontières ont récolté des fonds pour fournir des VPN à des professionnels comme des journalistes vivant au Tchad. Des mesures qui ont fait monter les tensions au cours des derniers mois, jusqu’à l’été 2019. 

Quels développements possibles ? 

Le 13 juillet 2019, après 18 mois de bataille médiatique et d’éveil des consciences, le président du Tchad, Idriss Déby, a finalement levé l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux. Une mesure qui s’est faite dans la foulée d’un mouvement de contestation du gouvernement par la population tchadienne, qui réclamait depuis plusieurs semaines un changement de constitution. 

Tel qu’invoqué dans sa déclaration, « la situation sécuritaire inquiétante » avait amené le gouvernement à prendre des mesures drastiques au niveau des outils de communication numérique. 

Les réseaux sociaux concernés étaient notamment Facebook, Messenger, WhatsApp et Twitter, et au 14 juillet 2019, l’ensemble des Tchadiens disposant de l’accès Internet pouvaient de nouveau accéder à leurs profils. 

Cet épisode montre bien l’importance des outils de communication, mais aussi leur possible instrumentalisation face à la population, dans un sens ou dans un autre. Avant la protection, l’accès aux données, le nouveau défi africain ?
 



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