ANALYSE

Tchad : Antoine Bangui craint la reconduction des "mêmes pratiques avec les mêmes hommes"


Alwihda Info | Par Antoine Bangui (JEM-TCHAD) - 18 Septembre 2022


Antoine Bangui, ancien chef de la diplomatie et président de l’association JEM TCHAD (Justice Ethique et Moralisation de la vie politique au Tchad), appelle à sortir de l’impasse de manière urgente et s’en explique dans une déclaration.


Sous la pression de la communauté internationale le dialogue national inclusif proposé par le CMT a démarré ses travaux à N’Djaména le 20 août 2022 Après des jours de confusion et de suspension, dans son discours du 6 septembre 2022, le président du présidium, Gali Gatta Ngothé en annonçait la clôture pour le 30 septembre prochain. Ce calendrier a été décidé, sans véritable concertation, par le CMT, dont les membres sont exclusivement ceux du premier cercle formé autour de feu le maréchal Idriss Déby Itno pour asseoir un pouvoir dictatorial qui a duré plus de trente ans !

Dès le départ, l’organisation de ce dialogue, conçu en plusieurs étapes, d'abord par différentes consultations, dites pré-dialogue, organisées au niveau des régions et de la diaspora tchadienne, élargies ensuite aux politico–militaires à Doha au Qatar, puis à la société civile à N'Djaména, traduisait la volonté d'imposer la volonté du CMT. On en connaît les raisons : perdurer coûte que coûte !

Ainsi, malgré des premiers résultats encourageants à Doha avec les vrais groupes rebelles, disposant de forces sur le terrain, le président Goukouni Weddeye, préalablement nommé à la tête du comité technique spécial, CTS, a-t-il été remercié peu après pour être remplacé par quelques hommes du gouvernement, à la botte du CMT, emmenant dans leur suite à Doha une pléthore de politico- militaires, plus 50, sans réelle importance sur le plan insurrectionnel. Goukouni Weddeye, est une personnalité reconnue digne de confiance mais sans doute était-il trop honnête, trop rigoureux, peu malléable pour faire le jeu des tenants du pouvoir ! Qu'avons-nous vu par la suite ? Le harcèlement des délégués par une meute d’agents africains ou européens pour qu'à la finale tous ces politico-militaires signent leur ralliement au CMT ! La réunion dura, perdura, palabra de longs mois. Du jamais connu dans ce genre de négociations dont le coût s'est avéré exorbitant, sans résultats probants puisque certains délégués, et non des moindres, se lassèrent et quittèrent Doha. D'autres finirent par signer le document proposé par le médiateur qatari.

Continuité au Tchad, à N'Djaména avec le dialogue national dit inclusif. D'emblée, toutes les propositions formulées par les partis politiques de l’opposition démocratique, la société civile, notamment, Wakit Tamma, le comité de l’appel du 21 juin et l’ensemble de la diaspora tchadienne, toutes furent rejetées par le CMT ! Bon, solliciter le concours des sages, des religieux paraissait malgré tout une bonne initiative. Mais, sans les représentants des partis politiques d'opposition et l'achat de certaines consciences, que peut-on espérer de cette réunion où dominent les soutiens au CMT ? Il ne faut donc pas s'étonner si quelques personnalités de bonne foi, déçues par la tournure à sens unique prise par ce dialogue, ont décidé de s’en retirer non sans arguments et protestations ! Pour n'être pas d'accord, ils sont maintenant accusés de tous les maux.

Par ailleurs, les manifestations de l'opposition non invitée continuent d'être durement réprimées, ses chefs arrêtés, soudain discrédités par des accusations fallacieuses, ourdies dans l'urgence de la crise !

Au fil des jours et d'interminables palabres, cette rencontre non consensuelle, sans véritables débats, apparaît donc comme une simple manœuvre dilatoire destinée à donner le change à la communauté internationale qui doit en assurer le financement. Force est alors de constater que la stratégie adoptée par le CMT et son gouvernement démontre, s'il en était encore besoin, leur volonté de conserver, quel qu'en soit le prix pour le peuple tchadien dont ils n'ont cure, les clés des affaires et du pouvoir au Tchad !

N'ayons pas peur de nous répéter ! Sans une réelle consultation nationale inclusive souhaitée par la majorité des Tchadiens, restés sans voix, rien ne peut endiguer l’appareil de gouvernance mis en place par le CMT après le coup d’État anticonstitutionnel du 21 mars 2021, grâce à l'adoubement de la France et une armée brutale à leurs ordres et non au service du Tchad, dont la direction est essentiellement ethnique. En conséquence, on est en droit d'affirmer que le reste de la transition sera consacré à la préparation des élections présidentielles et législatives répondant à un simulacre de démocratie avec le truquage nécessaire pour reconduire les mêmes pratiques du pouvoir avec les mêmes hommes, le même régime répressif et corrompu !

L’avenir du Tchad et sa stabilité sont donc chargés d’incertitudes. Il est à craindre que le peuple tchadien avide de liberté devra encore courber l'échine sous la férule d'une dictature dynastique, féroce et corrompue, soutenue par une armée clanique.

Comme par le passé la population sera en survie ; seule une minorité privilégiée de Tchadiens pourra accéder à l'éducation et aux soins : des rébellions en sommeil, aidées par des pays étrangers, se réactiveront et affronteront de nouveau les forces armées tchadiennes ; comme par le passé les conflits meurtriers intercommunautaires qui gangrènent la cohésion nationale seront entretenus par une gouvernance sournoise dressant les éleveurs lourdement armés contre les agriculteurs en saccageant les champs, dans l'inconscience des conséquences sur le climat, la désertification et la dépendance alimentaire !

C’est la raison pour laquelle l’Association JEM Tchad, qui se range résolument du côté des opprimés, des plus faibles, des sans-voix, invite les sages, les religieux, les personnes ressources et d'honneur, en particulier le président Goukouni Weddeye, à prendre contact avec toutes les organisations du Tchad, préoccupées par le devenir de notre pays, afin de constituer une délégation chargée de dénouer la situation en rencontrant le président du CMT pour le convaincre de la nécessité d'un vrai changement de politique et, dans un second temps, d'exposer à tous les ambassadeurs accrédités au Tchad la situation dramatique et dangereuse dans laquelle s'enlise notre pays. Ces conditions remplies, une conférence nationale inclusive dont les discussions sans pressions ni consciences achetées pourra assurer l'unité du pays, le mettre à l'abri des appétits outre frontières, ramener une paix durable dans les esprits et sur le terrain, grâce à des réformes de fond, à savoir celles de l’armée, de la fonction présidentielle, de la forme de l’État, du foncier et autres.
Rappelons que l’Association JEM TCHAD a déjà défini plusieurs sujets d’études concernant la corruption, la justice, les conflits intercommunautaires. A-t-elle été entendue ? Nos efforts, comme ceux des femmes et hommes de bonne volonté, tôt ou tard porteront leurs fruits !

Ne désespérons pas, unissons-nous ; continuons la lutte, armons-nous de notre seule volonté, d'arguments, de patience !

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