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INTERVIEW

Tchad : Entretien avec le directeur général des douanes et droits indirects, Mahamat Abdelkerim Charfadine


Alwihda Info | Par - 17 Septembre 2020

Entretien avec le directeur général des douanes et droits indirects, Mahamat Abdelkerim Charfadine.


Le directeur général des douanes et droits indirects, Mahamat Abdelkerim Charfadine. © Djimet Wiche/Alwihda Info
Le directeur général des douanes et droits indirects, Mahamat Abdelkerim Charfadine. © Djimet Wiche/Alwihda Info
Alwihda Info : Quel bilan faites-vous de vos activités depuis votre nomination à la tête de la direction générale des douanes et droits indirects depuis septembre 2019 ?

Mahamat Abdelkerim Charfadine : Pour ce qui est du bilan, l'appréciation doit plutôt être au public. Mais toutefois, au niveau de la douane, en tant que premier responsable de l'institution, nous sommes tenus à respecter les textes communautaires, respecter et faire respecter aux usagers la règlementation douanière et aussi les orientations de la hiérarchie qui est le ministère des Finances et du Budget. Ainsi, en respectant la réglementation et les textes et aussi les orientations de sa hiérarchie, on doit au moins aboutir aux objectifs.

Pour ce qui est du bilan, nous on a quand même procédé à la mise en application d'un certain nombre de dispositions de la réglementation douanière, en obligeant aux douaniers de respecter à la ligne les textes communautaires, aussi en cherchant à moderniser la douane. On a installé des équipements qui permettent de contrôler davantage les  marchandises qui entrent en territoire tchadien, notamment des scanners au Pont Ngueli, aussi en essayant d'informatiser davantage les bureaux de douane sur l'ensemble du territoire pour sécuriser les recettes douanières. 

Cela justifie qu'on sécurise bien les recettes. On cherche à moderniser la douane en respectant les textes en vigueur. Le bilan peut être positif à mon avis, je pense bien.

Quel est l'impact de la crise sanitaire sur l'entrée des recettes au niveau des douanes ?

Le coronavirus n'est pas seulement au Tchad. C'est une pandémie mondiale qui a affecté presque toutes les économies des pays impactés. Dans la sous-région de la zone CEMAC où nous sommes régis par les textes communautaires, la douane fait de son mieux pour récupérer au maximum de ce qui arrive sur la ligne douanière, en respectant bien sûr les textes communautaires.

Bien que les importations sont réduites drastiquement, le peu qui arrive, il faut récupérer au maximum, en respectant les textes.

La direction générale des douanes et droits indirects. © Alwihda Info
La direction générale des douanes et droits indirects. © Alwihda Info
Est-ce que les recettes douanières ont nettement baissé, augmenté ou stagné ?

Sur les diminutions, les augmentations ou les stagnations, je crois que l'appréciation doit être plutôt faite par notre hiérarchie qui est le ministère des Finances et du Budget, du moment que les collectes sont faites sur la ligne mais collectées par le Trésor. Si c'est augmenté ou stagné, c'est le ressort du ministère des Finances.

Toutefois, les prévisions mensuelles ont été plus ou moins atteintes. À ce niveau, nous on ne fait pas de comparaisons avec les prédécesseurs. Ce que les prédécesseurs ont fait, c'est toujours au profit de l'État. Pour ce qui est de la douane et les recettes de 2020, les prévisions mensuelles plus ou moins, on a quand même atteint les objectifs. Pendant deux ou trois mois, la pandémie de coronavirus a un peu perturbé mais ça reprend quand même.

Où en est-on avec l'informatisation de la douane au profit d'un système plus performant, en remplacement du système Sydonia qui est devenu obsolète ? 

À ce niveau, nous sommes en train de travailler avec les partenaires qui sont la Banque mondiale et le FMI pour migrer. Le ministère des Finances est à pied d'œuvre pour l'informatisation du circuit financier. Là, ça concerne la direction générale des douanes et aussi les autres régies financières.

La migration doit se faire peut-être dans les mois à venir ou au milieu de l'année 2021. Il y a plusieurs étapes. Ce n'est pas un basculement directement. C'est un processus dont il faut installer des systèmes, le faire adapter au processus de dédouanement, il faut intégrer toutes les dispositions douanières dans le système avant de migrer.

Si on dit toute suite qu'on doit migrer aujourd'hui ou demain, je crois que ce n'est pas une chose facile. Le ministère est en train de beaucoup travailler pour mettre en œuvre cette migration de Sydonia ++ vers Sydonia World.

C'est-à-dire que cette migration n'aura pas lieu avant la fin de l'année ?

On a un chronogramme. Il est bien établi avec les techniciens de la Banque mondiale. Elle a dépêché des consultants qui sont en train de travailler. Même aujourd'hui, il y a un consultant qui était là. Nous ne sommes pas des techniciens de ce système, on ne peut pas dire que ça aura lieu ou non avant la fin de l'année. Mais toutefois, nous sommes tous engagés pour que cette informatisation soit effective sur l'ensemble du territoire. La migration aura lieu dès que possible.

Est-ce que vous avez pu matérialiser l'ouverture d'un bureau des douanes à Douala, au Cameroun, afin de mieux maitriser l'acheminement des marchandises ?

On dit toujours que Douala c'est ici au Cameroun. Le Cameroun c'est un voisin immédiat et nous sommes régis par un seul Code, c'est le Code CEMAC. La règlementation est unique, que ce soit à Douala au Cameroun ou au Tchad. C'est pour peut-être faciliter un peu la tâche dans le traitement des dossiers, pour gagner un peu de temps, sinon, si le bureau est là ou pas, ça reviendra toujours aux mêmes procédures, du moment que le texte est unique et la procédure est unique.

Le bureau est actuellement ouvert ?

Oui, le bureau est là. Il est ouvert déjà depuis 2018.

Il est opérationnel ?

Il n'est pas opérationnel à 100%. Pour le rendre opérationnel à 100%, c'est tout un processus. Il faut avoir des locaux, installer des équipements informatiques nécessaires pour que toutes les marchandises à destination du Tchad soient prises en charge par les services des douanes délocalisés au bureau de Douala. On est à pied d'œuvre pour que ce bureau soit opérationnel à 100%.

Est-ce que le scan des marchandises est-il effectif en vue d'assurer un meilleur contrôle et lutter contre la fraude ?

Ici à Ngueli, la plateforme de scan a été déjà réalisé. L'équipement est déjà positionné, en phase de scannage mais pour lancer les premières opérations, nécessairement il faut un technicien de l'entreprise conceptrice de cet équipement de nouvelle technologie moderne. Bien sûr, les agents douaniers ont été formés en Chine mais ça fait déjà plus de cinq, six ans. Mais on ne va pas s'hasarder à déployer ces agents sur le terrain pour lancer la première opération.

On est en train d'attendre un technicien de la maison qui a conçu ces équipements. Il est confiné jusqu'à la date d'aujourd'hui au Mali. Nous sommes en train de l'attendre. Dès que l'occasion se présente, il sera là. Les douaniers qui ont été formés sur cette machine doivent être recyclés. Après avoir été recyclés, le lancement doit être effectif.

Une campagne de sensibilisation sur les textes réglementaires de la douane a été lancée. Pourquoi avoir choisi ce moment précis ?

Pour ce qui est de la sensibilisation, l'initiative n'est pas de maintenant. Normalement, la sensibilisation des populations c'est l'affaire de tout le monde. D'abord les Hommes des médias. La population doit être sensibilisée pour qu'elle ait connaissance des structures de l'État et des missions. Peut-être qu'après sensibilisation, ceux qui versent dans les trafics et fraudes peuvent abandonner. Nos partenaires des médias doivent le faire aussi pour accompagner la douane, pour que la population ait auprès d'eux l'information.

On a constaté ces derniers temps que la population, peut être en méconnaissance des textes douaniers, et aussi nos partenaires que sont les organes de presse, ont quelques méconnaissances ou sont mal informés. C'est pourquoi on a voulu que les gens soient informés pour que la douane continue à faire valablement ses missions régaliennes.

Cette initiative ne vise-t-elle pas à redorer l'image de la douane qui est un peu écornée ?

L'image de la douane ne peut pas être écornée. Du moment où, quand on dit douane, c'est une structure de l'État qui est régie par les lois, les textes et la règlementation. Si les gens ont une méconnaissance totale de la douane, on les sensibilise. À travers cette sensibilisation, ils auront au moins une bonne connaissance des structures de l'État et de ses missions.

Quand on parle de la sensibilisation ou la vulgarisation, c'est que ce système existait bien avant aussi. Il faut sensibiliser les gens, faire passer le message. C'est une structure qui est au jour le jour en face des usagers. Chaque jour que Dieu fait, les douaniers sont en première ligne, en contact permanent avec les usagers.

Si ton partenaire qui est en face de toi ne maitrise pas tes missions, au moins il faut faire passer le message afin qu'il sache davantage quelles sont les missions principales de la structure.

Est-ce que vous avez pu procéder à la formation des agents de douanes pour mettre fin au comportement parfois brutal de la brigade mobile et assurer la maitrise et le suivi régulier des effectifs ?

On ne fait pas de formation. La formation doit être à l'école. La formation c'est dans les Écoles de douane. Ici, quand on parle de brigade mobile, il faut faire des recyclages et des B.a.-ba pour qu’ils aient la notion douanière. Une fois sur le terrain, en face d'un usager, il faut qu'ils aient un comportement exemplaire. Là c'est des B.a.-ba quotidiens. Des techniciens sont là pour faire ça dans leur base. Chaque matin on leur lit les textes douaniers, c'est un corps qui est un peu paramilitaire.

Le comportement c'est vice-versa. Il faut respecter et on te respecte. On dit souvent qu'il faut que nos concitoyens apprennent un peu à respecter le corps en tenue. Lors du contrôle de routine, on te pose la question, il faut répondre aussi, un peu de manière respectueuse. Les gens rejettent la douane, je ne sais pas pour quelle raison.

Est-ce que la brigade mobile n'exagère pas un peu lors des interpellations ?

Je ne dis pas qu'ils n'exagèrent pas. C'est pourquoi à chaque fois, il y a le B.a.-ba qui se fait. Avant de sortir le matin, on leur lit un peu les textes, comment agir, comment faire les contrôles sur le terrain. C'est des pratiques dont les relectures sont quotidiennes.

La brutalité ou l'exagération, ça peut arriver, ce sont des êtres humains. Mais quand même la douane est engagée à faire tout le temps ce B.a.-ba. Chaque jour on le répète. Les agents qualifiés sont là dans les bases pour faire cette formation chaque jour.

On a constaté ces derniers temps que des éléments ont commencé à interpeller des véhicules dédouanés. Comment peut-on expliquer cette situation décriée par la population ?

C'est un contrôle qui a été mis en place conformément aux textes, par la hiérarchie bien sûr. Le besoin s'est fait sentir qu'il y a beaucoup d’engins qui roulent à N'Djamena ou ailleurs, soit sans déclaration ou avec des déclarations mais minorées. C'est dans ce sens que ce contrôle a été déclenché.

Même si on dit que la marchandise d'un véhicule a une déclaration, il faut vérifier. C'est pourquoi, dans le Code, il est prévu un contrôle immédiat ou différé. Si c'est un contrôle différé, les déclarations qui ont été faites, on doit les revérifier encore pour voir si les textes ont été respectés. C'est pour ça que ce contrôle a été déclenché. On a constaté que beaucoup de véhicules qui roulent à N'Djamena sont importés sans être déclarés. Si la population ou les autres, comme vous le dites, décrient ce contrôle, il faut qu'on soit en règle. Être en règle c'est aussi respecter la Loi. Quand tu ne respectes pas la Loi, ça veut dire que tu as un engin et que tu n'as pas la déclaration douanière. C'est aussi prévu par les textes d'avoir la déclaration obligatoirement. Il faut s'en acquitter auprès d'un bureau de douane.

Les gens contournent de l'autre côté pour ne pas déclarer la marchandise et ils entrent frauduleusement. Le Code a prévu, à la frontière ou à l'intérieur, que la douane aura toujours la possibilité, conformément aux textes, de contrôler. Si elle trouve une importation sans déclaration, cela est considéré comme une infraction.

On peut avoir une idée sur le nombre de véhicules interpellés et leur sort ?

Ce n'est pas des interpellations. Ils agissent conformément à la réglementation. C'est des marchandises sans déclaration. Une marchandise sans déclaration c'est une infraction. C'est dans ce cadre-là que les douaniers ont agi. Ils ont peut-être pu saisir quelques véhicules, peut être autour de 50, 150 ou au-delà. Sur le terrain, ils vérifient physiquement les pièces des véhicules. Ceux qui n'ont pas du tout la déclaration, le véhicule doit être gardé et orienté vers le bureau de douane pour faire la déclaration. Ceux qui ont minoré complètement la valeur, il doit y avoir un redressement, et ceux qui ont toutes les pièces nécessaires, ils doivent être libérés. Depuis le premier jour au lendemain, 93 véhicules ont été libérés parce que, plus ou moins, ils ont respecté les textes.

Propos recueillis par Djimet Wiche.

Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication. Tél : +(235) 66304389 E-mail : djimetwiche@gmail.com En savoir plus sur cet auteur