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Tchad : "Il n’est jamais trop tard pour entamer un dialogue", CNRD


Alwihda Info | Par Dr Moussa Pascal Sougui - 23 Février 2019 modifié le 23 Février 2019 - 09:13


Tchad : "Il n’est jamais trop tard pour entamer un dialogue", CNRD
C’est avec beaucoup d’étonnement que nous avons écouté les déclarations de Monsieur Youssouf Hamid, Porte-parole de l’union pour les Forces de Résistance (UFR), sur Letchadanthropus-Tribune, selon lesquelles, « avec l’attaque militaire du début de ce mois contre le régime, l’UFR cherche à ouvrir des négociations pour un dialogue inclusif au Tchad ».

En effet, au mois de septembre dernier, quelques jours après l’attaque de Kouri Bougoudi dans l’extrême-nord du Tchad par les rebelles du Conseil de Commandement Militaire pour le Salut de la République (CCMSR) de Mahamat Hassan Boulmaye, nous avions lancé avec quelques cadres politiques de l’opposition de l’intérieur, de la société civile et de la Diaspora, une large concertation afin de mettre en place une plateforme politique pouvant conduire à un processus de dialogue inclusif qui aurait été placé sous l’égide de la Communauté internationale.

Cette nouvelle plateforme, dénommée « Coalition des Mouvements pour le Changement (CMC) » devrait être un socle politique destiné à faire un front commun entre tous les partis politiques de l’intérieur et de l’extérieur, les mouvements politico-militaires, les organisations de la société civile et de la Diaspora, afin de faire pression sur le régime tchadien pour mettre en place une véritable réconciliation dans le but d’éviter une nouvelle guerre au Tchad.

L’objectif était de convaincre les politico-militaires que la solution à la crise est politique et de faire admettre que l’organisation d’un dialogue inclusif prôné depuis 2012 par la classe politique et la vraie société civile au Tchad est l’unique voie pour sortir notre pays de l’impasse actuelle.

C’était donc dans cette perspective que des discussions ont été mises en place avec plusieurs mouvements politico-militaires dont l’UFR de Timan Erdimi. Nous avions bataillé pendant deux mois pour aplanir certaines dissensions entre les anciens rebelles du Darfour qui avaient gardé quelques séquelles de leur ancienne union. En fin de compte, nous avions pu récréer une certaine relation de confiance pour faire de la recherche du dialogue leur dénominateur commun. Ainsi, des leaders politico-militaires tels que DR Bichara Idriss Haggar du CNR, Mahamat Mahdi Ali du FACT, Michaël Acyl Ahmat Akhabach du FNDJT et Timan Erdimi de l’UFR ont salué l’initiative de la plateforme politique pour exiger du gouvernement un dialogue entre TOUS LES TCHADIENS.

Parallèlement à la concertation qui devrait s’élargir aux autres mouvements politico-militaires, une ébauche de la future déclaration du CMC a été présentée lors des communications avec les uns et les autres afin de convenir d’un texte final pour lancer la plateforme.

Mais, à notre grande surprise, le 5 décembre 2018, l’UFR fit volte-face et publia sur le site Tchadactuel un communiqué signé par le même Youssouf Hamid dans lequel toute la concertation en cours a été dévoilée sur Internet jusqu’à la dénomination de la coalition qui était encore en discussion. Le mouvement de Timan Erdimi nous reprochait d’avoir mis sur la liste provisoire des membres de la plateforme, « des responsables qui ont été de tout temps des têtes de pont ou des démarcheurs nocturnes de M. Déby et dont certains sont présentement à N’Djamena pour le compte du régime et font des intenses démarches pour saboter la lutte de l’opposition », selon le communiqué. M. Youssouf Hamid avait conclu son communiqué en indiquant que « l’UFR ne saurait foncer tête baissée dans une telle aventure avec des mouvements fictifs qui chercheront toujours à faire dévier la lutte du peuple tchadien pour le compte du régime en place et réserve sa réponse en attendant un débat interne ».

Et depuis lors, il n’y a eu aucune autre réponse de l’UFR jusqu’à l’attaque du début de ce mois de février. Là aussi, l’UFR fit cavalier seul sans aucune concertation avec les autres mouvements rebelles basés dans le sud de la Libye. Pressé pour succéder à son oncle, berné une fois encore par des stratagèmes claniques mis au point avec des individus totalement inféodés au pouvoir du MPS, Monsieur Timan Erdimi a royalement ignoré les autres mouvements politico-militaires. Il doit enfin comprendre que le système barbouzo-militaro-tribalo-financio-politique instauré au Tchad depuis près de trois décennies par le dictateur Idriss Déby est très complexe et qu’il est très difficile de le défaire sans la mobilisation de toutes les forces vives de notre pays et sans son isolement sur le plan national et international.

Toutefois, si aujourd’hui, après l’attaque militaire qui a coûté très chère en vies humaines Tchadiennes, nos camarades de l’UFR nous annoncent que leur offensive est une dissuasion qui facilitera les négociations en vue de réaliser la réconciliation nationale, alors nous ne pourrons que saluer une telle nouvelle car il n'est jamais trop tard pour entamer un vrai dialogue et apporter sa pierre à l'édifice.

C’est pourquoi, nous réitérons notre appel pour l’implication et l’appui de la France, des États-Unis, des Nations Unies, de l'Union Européenne, de l'Union Africaine et de tous les pays amis du Tchad pour que tous les acteurs tchadiens s’engagent dans un processus de dialogue.

Dr Moussa Pascal Sougui
Enseignant à Orléans (France)
Secrétaire général du Conseil National de la Résistance pour la Démocratie (CNRD-TCHAD)