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INTERVIEW

Tchad : Menef Oculaire, la chronique d'un rappeur dégourdi


Alwihda Info | Par Guillaume Djerane - 21 Mai 2022


Mbainaissem Florent aka Menef Nefme, aka Menef Oculaire connu depuis des piges sous ce blaze, artiste rappeur, mène sa carrière de dégourdi. "Naître tchadien n'est pas un privilège mais un risque", affirme l'artiste qui a accordé un entretien à Alwihda Info.


Tchad : Menef Oculaire, la chronique d'un rappeur dégourdi
Alwihda Info. Alors l'artiste, à ton actif, quels sont tes produits et démarches officielles à connaitre ?

Menef Oculaire. Je suis en train de me faire former en beatmaking mais déjà, j'ai fait deux sons avec mes compostions : "Pour la patrie" en featuring avec Tchopba Le Mythe et "Racines" que je lancerai en streaming bientôt.

Dans quel type de combat tu t'inscris ?

Le combat que je mène en tant qu'artiste, c'est en un mot le combat contre le mal (mauvaise gouvernance, corruption, impunité, gabegie, injustice sociale, etc).

Artiste rappeur résident à Moundou, comment évolue ta musique dans cette localité ?

Depuis que je suis ici, je ne manque pas de faire des concerts qui ont toujours été des succès jusqu'à ce que la COVID vienne fermer les coins stratégiques que je choisissais pour mes concerts. Actuellement, je suis sur mes projets : premièrement un studio d'enregistrement si tout se passe bien. Le nécessaire est commandé et sera là bientôt pour le démarrage avant fin mai. En même temps, j'ai des projets de singles que j'envoie sur les plateformes depuis que je me suis mis à apprendre à les utiliser. C'est tout un module pour vendre sa musique en ligne. J'ai mis le 15 avril mon single intitulé "Président marionnette" en écoute et téléchargement légal sur toutes les plateformes, il suffit juste de lancer la recherche sur iTunes ou Boomplay d'Android "#Menef Nefme Président marionnette" et écouter. Les dates des autres sorties seront progressivement annoncées.

Comment tu t'organises dans les sorties de tes titres ?

J'ai découvert le streaming, la vente de la musique en ligne et je passe directement sur la mise en ligne de ma musique. S'il faut le faire traditionnellement, je n'aurai pas assez de temps. Je préfère faire la conférence de presse lors du lancement d'album.

Parles nous du sponsoring et des promotions de la musique dans ta zone

Les entités sensées intervenir dans les évènements culturels sont très peu et cela ne faisant pas partie de l'enjeu des artistes, ici généralement ce sont quelques fois des mécènes qui s'engagent à aider pour la réalisation des concerts des artistes. Je ne vois pas de sponsoring de la part des institutions de la place.

À ton avis, quels sont les défis majeurs des artistes de Moundou ?

Les défis sont énormes. Personnellement, j'ai monté mon projet qui prendra peut être du temps pour être concret mais j'y vais jusqu'à la limite qui est la mort. Ces défis sont entre autres le manque de promoteurs culturels, peut-être que cela est lié à un nombre négligeable d'artistes. Généralement, ici on rencontre soit des travailleurs ou soit des étudiants. Moundou ne rassemble pas tellement les artistes, ensuite il n'y a pas de salles de spectacles pour la production des concerts, la maison de la culture de Moundou est sans sono alors que toutes les maisons de la culture du pays auraient eu des matériels de sonorisation. S'ajoute le manque de studio d'enregistrement pour les artistes. Il y a des talents qu'on peut dénicher ici mais malheureusement, on ne peut pas avoir tout ce dont ils ont besoin pour travailler leur musique. Des projets de confrères étaient porteurs mais ils n'ont pas eu de financement ou de sponsor pour leur réalisation, ils ont dû abandonner.

A quel niveau faut-il une reprise en main des choses pour des améliorations ?

Les défis se trouvent à plusieurs niveaux, moi je ferai ma part et les autres feront la leur. Il faut mettre un studio d'enregistrement en place à court terme pour aider les jeunes qui sont talentueux mais ne peuvent pas migrer vers la capitale pour produire leurs chansons. Sur le long terme, il faut disposer d'instruments de musique avec des moyens logistiques pour les concerts et créer un cadre typique pour les concerts. D'autres feront leur part aussi en ce qui concerne la promotion des artistes.

Peut-on connaître aujourd'hui le niveau que tu as atteint dans ta musique ?

Parlant de niveau, je dirai que je ne me vois pas vraiment au niveau estimé. Atteindre un niveau pour moi c'est se vendre et se faire connaître au-delà des frontières. Il y a énormément de choses aujourd'hui avec la technologie pour arriver à ce niveau là. Je me suis mis à faire un premier pas sur le streaming et j'ai décidé de rester sur nos racines, c'est-à-dire faire une "musique pays" (originalité) même s'il faut faire le mélange, être dans le linguistique de son pays, c'est déjà ça.

La musique c'est les moyens, tout tourne aujourd'hui autour de l'argent. Je crois qu'il me faut suffisamment d'argent pour atteindre le niveau en question (rire).

Que souhaites-tu dénoncer concernant le milieu de la musique tchadienne ?

J'ai toujours eu l'habitude de dire que naître tchadien n'est pas un privilège mais un risque. Dans tous les domaines, il y a d'énormes retards. Je n'ai pas su s'il existe des pays où quand un jeune décide de faire carrière dans la musique, toute de suite il voit sa famille s'y opposer.

Nous sommes un peuple avec une culture que nous devons à tout prix préserver et faire connaître aux autres aussi. Nous avons nos rythmes, étrangement il manque l'amour de la chose. Être un artiste musicien tchadien c'est vivre dans la galère. Je n'ai pas trouvé d'artistes demeurants au pays qui ont réussi à vivre de leur musique, peut être des cas isolés.

Déjà, nous avons fait des progrès. Il y a des bons produits d'artistes tchadiens mais les moyens pour enfin les mettre à l'international posent problème. Les gens voudraient voir venir des étrangers au pays et dépenser même plus de la moitié de leurs salaires pour assister à leurs concerts mais le simple partage vidéo des clips des artistes tchadiens, ils ne le feront pas. Le plus souvent, ce sont des gens autour de nous ; les quelques vrais qui peuvent oser nous donner ce coup de main. À un moment, il faut que ça change, c'est quel genre de manque d'amour ça ?

Aujourd'hui, tout ce dont l'artiste tchadien a besoin, c'est d'être suivi par les tchadiens, d'être encouragé. S'il y a des critiques objectives, qu'ils le fassent mais qu'ils commencent à désamorcer leur bombe de mépris et d'hypocrisie du cœur.

Ce sont les concitoyens qui font des stars, via la présence aux concerts, le partage des liens, le visionnage et et le "like" des vidéos, c'est la moindre des choses qu'on demande.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)