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TCHAD

Tchad : SENAFET 2026, la HAMA plaide pour une meilleure valorisation des femmes dans les médias


Alwihda Info | Par Hassan Abderamane - 4 Mars 2026


À l’occasion de la Semaine nationale de la femme tchadienne (SENAFET) couplée à la Journée internationale des droits des femmes (JIF) 2026, la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) a organisé, ce 4 mars 2026 au CEFOD, une conférence de haut niveau consacrée à la valorisation du travail et de l’image des femmes dans les médias tchadiens.


Cette rencontre a été marquée par des constats préoccupants, des témoignages forts et des recommandations concrètes. Le thème retenu pour cette rencontre est : « Valorisation du travail et de l’image des femmes par les médias tchadiens ». L’événement s’est déroulé en présence de professionnelles des médias, et d’acteurs du secteur.

Quatre panélistes ont animé les échanges : Halimé Assadya Ali, présidente de la HAMA ; Achta Abderamane Aboubakar, première femme journaliste tchadienne ; Zara Mahamat Yacoub, promotrice de la radio Dja FM ; et Mme Konodji Isabelle Djetoloum, juriste-journaliste.

Dans son allocution, la présidente de la HAMA a rappelé que cette semaine dédiée aux femmes constitue une opportunité pour interroger à la fois la place des femmes dans les médias et le traitement médiatique des questions féminines. Elle a souligné que, malgré un arsenal juridique favorable à l’égalité, la représentativité féminine reste faible. Sur plus de 200 médias reconnus et opérationnels au Tchad, à peine 11 ou 12 comptent des femmes dans leurs instances dirigeantes (directrices, rédactrices en chef ou responsables de programmes).

Elle a également indiqué que près de 80 % des sujets traités dans les rédactions concernent les hommes, contre seulement 20 % pour les femmes. Et lorsque la parole est accordée à ces dernières, c’est souvent en tant que victimes ou personnes vulnérables, rarement comme expertes.

La présidente a rappelé que l’une des missions de la HAMA est de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes dans la presse écrite et audiovisuelle, conformément à son règlement intérieur.

Prenant la parole, Achta Abderamane Aboubakar a retracé son parcours semé d’embûches. Première femme journaliste du pays, elle a dû faire face à des résistances familiales et professionnelles. « J’ai été un peu écartée de la famille simplement parce que j’ai été à l’école et que j’ai choisi le journalisme. Ce n’était pas facile », a-t-elle confié.

Elle a évoqué la surprise et parfois l’hostilité de certains confrères à l’époque, certains allant jusqu’à envisager d’abandonner le métier. Malgré ces obstacles, elle a persévéré et poursuivi sa carrière. Pour Mme Konodji Isabelle Djetoloum, le problème réside aussi dans la manière dont les femmes sont représentées. Selon elle, les médias présentent majoritairement la femme comme victime ou comme épouse d’un dignitaire, au lieu de la valoriser pour ses compétences et ses réalisations.

Elle a également regretté que l’attention portée aux femmes soit souvent limitée à la période de la SENAFET, au lieu d’être permanente et structurelle. De son côté, Zara Mahamat Yacoub est revenue sur les motivations qui l’ont poussée à créer sa propre radio. Ancienne journaliste à la télévision nationale, elle a dénoncé les discriminations subies, notamment lorsqu’elle proposait des sujets liés aux droits des femmes.

Par ailleurs, elle a évoqué une expérience marquante : alors qu’elle cherchait un stage, elle aurait été confrontée à des avances inappropriées d’un responsable administratif, situation qui lui aurait coûté une opportunité.

Refusant tout compromis, elle a poursuivi son parcours jusqu’à intégrer l’Institut national de la communication audiovisuelle, avant de poursuivre ses études à Paris. Elle a aussi critiqué la tendance à confier systématiquement aux femmes la couverture des activités liées aux questions féminines, appelant à une approche plus équilibrée.

Les échanges avec le public ont permis d’aborder plusieurs préoccupations : harcèlement en milieu professionnel, manque de considération, faible accès aux postes de responsabilité et nécessité de renforcer le leadership féminin. Un accent particulier a été mis sur les femmes rurales, dont la contribution au développement socio-économique du pays demeure essentielle mais insuffisamment médiatisée.

Les panélistes ont toutefois salué les avancées observées, notamment la nomination de femmes à des postes de responsabilité et l’attribution de prix d’excellence. Parmi les recommandations formulées : promouvoir les femmes comme expertes dans les médias ; former et sensibiliser les journalistes aux questions de genre ; fixer des objectifs chiffrés pour les nominations aux postes de responsabilité ; garantir l’égalité salariale au sein des rédactions ; valoriser davantage les parcours féminins tout au long de l’année.

A la clôture, la présidente de la HAMA a exhorté les femmes journalistes à faire preuve de professionnalisme, d’engagement et de respect de l’éthique et de la déontologie, afin de renforcer durablement l’image de la femme dans les médias. La conférence s’est achevée dans une ambiance conviviale, ponctuée par une photo de famille pour immortaliser cette rencontre d’échanges et de réflexion.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)