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ANALYSE

Tchad : alcool frelaté, une jeunesse sacrifiée au nom de l'argent


Alwihda Info | Par Bara Lutter King - 16 Décembre 2023


Selon le décret n° 2835 du 5 septembre 2022, l'importation, la circulation, la vente et la consommation des boissons alcoolisées frelatées sont désormais interdites dans le pays. Tout contrevenant s'expose à des sanctions sévères.


Pourtant, ces boissons continuent de circuler sur les marchés, dans les rues et les quartiers de la capitale. D'où proviennent-elles ? Et le gouvernement de la transition remplit-il pleinement son rôle dans l'application de ce décret ? Il suffit de regarder de près la situation au pont de Ngueli pour obtenir une réponse évidente. 

L'alcool en sachet, communément appelé "Gue-Rek", "petit marteau" ou "tension rapide", est un phénomène qui touche plusieurs pays africains. En interdisant la vente de ces boissons frelatées, le Tchad rejoint la liste des pays africains qui ont déjà pris des mesures similaires, notamment le Cameroun, le Rwanda, le Sénégal et la Côte d'Ivoire, pour n'en citer que quelques-uns.

Cependant, il est indéniable que cette décision est bafouée par les vendeurs et les consommateurs de ces sachets d'alcool, communément appelés "whisky des pauvres". Malgré les risques pour la santé des jeunes et l'impact sur l'environnement - une fois vidés, ces sachets sont souvent jetés dans la rue et les égouts, polluant ainsi la nature -, certains hommes d'affaires en tirent d'énormes profits. Malheureusement, on semble sacrifier cette jeunesse en faveur des gains financiers.

Au marché de Dembé, les femmes vendeuses de boissons frelatées refusent de répondre à la question de l'origine de leur marchandise. Cependant, il suffit de faire un tour au pont de Ngueli pour comprendre que des individus puissants sont derrière ce trafic. Sinon, comment expliquer que des produits interdits par les autorités circulent en toute impunité aux yeux de ceux qui sont censés faire appliquer le décret N° 2835/PCMT/PMT/MSPSN/2022 du 5 septembre dernier ?

En réalité, face à ce phénomène de consommation d'alcool en sachet, les autorités du pays ont fait preuve d'une grande irresponsabilité. Il n'existe actuellement aucune loi interdisant la consommation d'alcool à partir d'un certain âge, pourtant les principaux consommateurs de ces boissons frelatées sont des jeunes.

L'alcool en sachet est désormais un véritable problème de santé publique. Cependant, le pays ne dispose ni de centres de désintoxication ni de spécialistes pour prendre en charge les jeunes en difficulté. C'est une honte pour cette jeunesse plongée dans l'alcool en sachet sans repères. La lutte contre les boissons frelatées exige une prise de conscience collective et d'importants investissements. Rédiger un décret depuis un bureau ne suffit pas à résoudre ce problème.

Bien que les chiffres officiels sur les décès liés à la consommation d'alcool en sachet soient difficiles à obtenir, de nombreux jeunes accros à ces boissons frelatées souffrent et meurent prématurément. Il est impératif que les autorités montrent une volonté sincère de lutter efficacement contre ce fléau de l'alcool en sachet.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)