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ANALYSE

Tchad : la jeunesse diplômée déroutée de sa destinée


Alwihda Info | Par Mbainaissem Gedeon - 20 Juin 2021

L’État doit être impartial dans le partage des postes de responsabilité, dans les nominations et les intégrations. Il doit créer des conditions nécessaires pour absorber ce lot de diplômés sans emploi pour éviter tout désagrément.


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Au Tchad, dans les années 90, les diplômes et postes se méritaient. Depuis les années 2000 jusqu'à nos jours, tout a changé. Les diplômés sont devenus des éternels chômeurs et les postes de responsabilité sont partagés entre la famille, les amis, les clans, la tribu, etc.
 
Les ambitions des jeunes d'étudier pour réaliser leurs rêves sont détournées. Peu de personnes étudient par ambition. Les études sont imposées et conditionnées par les parents qui sont déjà bien assis. Ils entraînent tout droit leurs progénitures vers leur destinée. C’est ainsi que vous trouverez des diplômés en droit, lettres modernes, informatique, communication qui sont des infirmiers, des agents ruraux, des gestionnaires, des comptables, etc. 

Au Tchad, vous trouverez des hauts cadres nommés politiquement dans des ministères mais sans aucun lien avec leurs études. D’autres, pire encore, sont des analphabètes diplômés c’est-à-dire qu'ils ont acheté des diplômes mais n’ont aucun niveau d’études. Ils purgent et endommagent les finances de l'État au détriment des dignes diplômés.

L'État qui devrait s’imposer pour des meilleures conditions d’études de son peuple et une intégration dans les normes, se lèche la main et vient crier au feu.

Aujourd’hui, les nominations et intégrations non méritées font savoir aux vrais diplômés qu’ils n’ont pas leur place dans la gestion des affaires du pays. Le Tchad est devenu ingouvernable par ce que les personnes qui sont censées être là où il faut ne le sont pas, et que les personnes qui ont l’amour de l’argent et qui n’ont aucune compétence occupent des postes juteux.

Plusieurs études d'organisations nationales et internationales ont démontré que la majorité de la population tchadienne est jeune et le taux des diplômés chômeurs est très élevé. Les illettrés vivent dans le luxe et les lettrés moisissent.

Au Tchad, il n'y a qu'au ministère de l’Éducation nationale qu’on peut voir un peu de dignité aux postes car la majorité des enseignants et directeurs sont des enfants de pauvres. Malgré cela, il y a des inspecteurs, directeurs et proviseurs qui sont des analphabètes. Or, le milieu de l'éducation et celui de la santé ne devraient pas avoir ce genre de personnes en leur sein ; ce sont des milieux sacrés. 

Si dans un pays l’éducation et la santé ne tiennent pas, c'est que le pays déraille. Au Tchad, c'est un paradoxe. Vous trouverez également des instituteurs bacheliers qui ne connaissent ni le français ni l'arabe tchadien mais qui sont des maîtres communautaires ; de même que des bacheliers de série A4 ou certaines personnes de niveau BEPC qui sont des infirmiers et médecins.

Les méchancetés des uns et le laisser aller des autres ont plongé le pays au plus bas. Un pays se développe par l’éducation, la santé, la technologie et les innovations, mais si ces choses ne sont pas à la base et mal amorcées dès le départ, le pays se retrouvera avec des mercenaires et des bandits de grand chemin qui, s'ils ne sont pas stoppés, deviendront les dangers publics de demain. Pour preuve : les braquages à main armée, les détournements de fonds publics, le vol, le viol, la délinquance juvénile, la discrimination, la haine, etc.

Dans un pays développé où chacun connaît son métier, la vie est la meilleure et tout le monde souhaite s'y rendre. Pourquoi aujourd’hui la jeunesse est révoltée, méchante et aveuglée ? C’est parce qu’elle n'est pas considérée, acceptée, comptée, respectée et aimée. La jeunesse cherche les meilleures conditions de vie, à avoir une famille, une petite maison, un bon salaire et être libre. C'est tout. Mais du moment où elle est bloquée sur tous les fronts, l'on doit s'attendre à une bombe qui va éclater et risque d'emporter tout le monde.

L’État doit être impartial dans le partage des postes de responsabilité, dans les nominations et les intégrations. Il doit créer des conditions nécessaires pour absorber ce lot de diplômés sans emploi pour éviter tout désagrément.