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POINT DE VUE

Tchad : la prévention des conflits intercommunautaires par l’exogamie dans le BET


Alwihda Info | Par Dr Djiddi Ali Sougoudi - 28 Août 2019 modifié le 28 Août 2019 - 09:53


Faya-Largeau. Illustration. © DR
Faya-Largeau. Illustration. © DR
Dr Djiddi Ali Sougoudi, médecin infectiologue et paludologue, écrivain de son état, à l’exemple du BET, propose l’exogamie comme une solution pérenne et possible dans la résolution des conflits intercommunautaires prévalant dans notre pays. Voici ses explications très bien détaillées et expliquées.

Un homme était étonné de ne pas voir des conflits intercommunautaires généralisés dans le BET, entre de grandes tribus. La cause de cette cohabitation pacifique relève d‘une pratique courante et quasi-obligation dans la majorité des tribus du BET: il s’agit de l’exogamie qui consiste à se marier hors de la famille et du clan.

En effet bon nombre de tribus du BET se marient avec des tribus voisines et presque jamais dans un clan à généalogie courte où les membres s’en considèrent comme des frères et sœurs, rendant l’endogamie comme un inceste à éviter à tout prix, formellement abhorrée par les adultes et patriarches des clans. Ainsi naquît très tôt une parenté entre tous les clans puis naquissent entre les tribus des liens de parents des uns par rapport aux autres. Lorsqu’une tribu est en chien de faïence contre une autre, les apparentés de deux tribus jouent la médiation pour éteindre le différend à l’amiable.

Au cours d’un meurtre entre deux clans ou deux tribus, chose désagréable pouvant susciter des vengeances séculaires, les mêmes liens interclaniques ou intertribaux agissent pour solder le prix du crime en cherchant un « loulouh (trou) du crime pour engouffrer une médiation, c’est-à-dire faire des démarches primaires par les collatéraux apparentés afin d’obtenir un sursis des hostilités et une acceptation d’un règlement à l’amiable.

L’exogamie, contrairement à l’endogamie, crée des liens solides entre neveux d’une tribu et les oncles d’une autre, ce qui est susceptible d’amoindrir ou de rendre les réactions de vendetta et autres réactions épidermiques.

Lors d’une endogamie comme entre cousins et cousines, les mariés se perpétuent entre eux, ne pouvant régénérer d’autres liens que les leurs en intraclan, ce qui fait figer les liens. Certes l’endogamie n’est pas interdite par la religion islamique qui est commune à toutes les tribus du BET mais elle est détestée traditionnellement.

Scientifiquement, l’endogamie dégénère les gènes, entraînant des pathologies génétiques assez bien connues et étudiées comme la drepacytose, l’hemophilie, la surdité au mode récessif etc.

Pour construire la paix durable entre deux communautés susceptibles de rivalité mortifère, celles du BET se marient entre les belligérantes possibles pour créer ces liens si utiles à la paix sociale. Ainsi des grandes tribus ont eu à « échanger » des filles nubiles ou des femmes fécondes pour cette bonne cause de création des liens parentaux.

Je suggère alors aux autorités du pays de promouvoir l’exogamie entre les communautés qui s’étripent dans certaines régions du Tchad. Quoi de plus merveilleux que de créer des liens inviolables entre des belligérances inutiles pour rétablir la coexistence pacifique et durable?