ANALYSE

Tchad : le dialogue de tous les dangers !


Alwihda Info | Par Tchonchimbo Ouapi Raphaël - 19 Aout 2022


De nombreuses réclamations, des cas de frustration, de dénonciations se font entendre des quatre coins du pays, à la veille du Dialogue national inclusif.


Dès la prise du pouvoir par les militaires, l'ensemble des Tchadiens de l'intérieur et de la diaspora ont réclamé qu'il y ait ce Dialogue national inclusif.

Après cinq mois de discussions avec les politico-militaires à Doha au Qatar, finalement l'heure a sonné pour que se tienne sincèrement la grande messe nationale. Malheureusement, ce qui se fait entendre, ce qui dessine, laisse entrevoir que c'est un dialogue de tous les dangers.

Exclusion, frustration, colère, réclamations, dénonciation, retentissent de tous les sens. L'on se pose la question, comment se terminera ce rendez-vous ? Tout d'abord, nous nous intéressons aux faits les plus saillants.

La coalition de la société civile et des actions citoyennes « Wakit Tamma » a appelé les citoyens tchadiens, sur l'ensemble du territoire, à boycotter le dialogue dès son lancement au Palais du 15 janvier. Wakit Tamma estime que « c'est un dialogue vidé de son sens, parce qu'il n'est pas consensuel ». Elle a annoncé une marche ce 19 août et une désobéissance civique nationale.

Les thématiques distribués par le Comité d'organisation du dialogue national inclusif (CODNI) ne comportent pas des composantes importantes telles que : la transition, la charte de la transition. Wakit Tamma estime qu'il ne faut pas organiser le dialogue pour tromper le peuple.

La coalition ajoute que le Conseil militaire de transition (CMT) n'est pas sincère dans sa démarche. Autre situation : la communauté Zaghawa qui menace de boycotter le Dialogue national inclusif si ses revendications ne sont pas prises en compte. Cette communauté, avec son avocat Me Alain Kagonbé, réclame qu'Abel Maïna, ex-activiste et actuel conseiller du Premier ministre, soit traduit en justice pour ses propos jugés insultants lorsqu'il était en France.

La communauté affirme avoir déposé plainte. Toutefois, des mains invisibles ont fait pression pour qu'elle soit classée, à cause de la réconciliation nationale. Pour l'avocat en charge du dossier, Me Alain Kagonbé, « la communauté Zaghawa viendra hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux et vieillards pour se tenir à l'entrée de la porte du Palais du 15 janvier ».

Dans le milieu de la jeunesse, nombreux sont ceux qui dénoncent des exclusions, notamment 17 organisations des jeunes du Batha. Parmi les groupes rebelles, le mouvement FACT de Mahdi ne sera pas présent aux assises, étant non signataire de l'accord de paix de Doha. C'est également le cas du CCMSR. Des partis politiques ne prendront pas part aux assises : le PSF de Yaya Dillo et Les Transformateurs de Succes Masra.

Ce dernier a annoncé la mise en place d'un gouvernement parallèle d'union nationale et a appelé à une mobilisation pour « marcher vers le Palais du 15 janvier » demain. De son côté, le parti Union des démocrates pour le progrès (UDP) de Max Kemkoye a annoncé qu'il adhère à la démarche du gouvernement parallèle. Le Parti Réformiste a indiqué également qu'il ne participera pas au Dialogue national, par manque d'exclusivité.

Les commerçants du marché de Dembé, le bureau de l'Union des étudiants tchadiens, les opérateurs économiques, les femmes déficientes visuelles, bref tellement des tas de réclamations, de frustration, de dénonciations se font entendre des quatre coins du pays.

Dans tous ces gémissements, la colère noire dans les cœurs et sur les visages des citoyens, c'est la police nationale, la gendarmerie, la garde nomade et la garde présidentielle qui sont tous mobilisés pour contenir la contestation.

Une première : le ministre de la Sécurité publique a lancé un appel à ses hommes pour une démarche professionnelle, dans la gestion d'éventuelles manifestations. Et ce, afin d'éviter les bavures. C'est vraiment le dialogue de tous les dangers.

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