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ANALYSE

Tchad : tirons le meilleur du salon de l'agriculture SAFAGRI


Alwihda Info | Par DJASRABAYE Adolphe - 27 Janvier 2019 modifié le 27 Janvier 2019 - 08:02


Selon Alwihda Info du 12 Janvier 2019, le Tchad va abriter le premier salon de l'agriculture subsaharienne qui aura lieu du 12 au 15 mars 2019 à N'Djamena. Beaucoup d’entre nous sommes totalement découragés pour avoir été déçus par la situation du pays et croyons que ce salon n’est qu’une rencontre de plus. Mais tous ceux qui veulent s’engager dans l’agriculture peuvent tirer le meilleur du SAFAGRI s’ils savent comment s’y prendre et pourvu que l’Etat leur facilite l’accès aux stands des innovateurs invités à cet effet.

Pour ce qui est de l’accès à ce salon par la jeunesse tchadienne, il y a un espoir que les autorités nous le facilitent quand on analyse bien les propos tenus par 3 hauts responsables parus sur le site web d’Alwihda Info :

1. LE PRESIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE (CCIAMA), AMIR ADOUDOU ARTINE : "Ce salon tombe à pic pour nous pour qu'on puisse donner une visibilité à notre population, à la jeunesse de se lancer dans l'agriculture, ou carrément leur montrer que le développement rural ce n'est pas seulement celui qui a la houe ou qui est au pied de la vache" ;  "Le salon va permettre de faciliter un partage d'expérience entre tous les acteurs, ainsi qu'une prise de contact entre des bailleurs et des investisseurs".

2. LE MINISTRE DE L'ENVIRONNEMENT, SIDICK ABDELKERIM HAGGAR : "Ce salon va permettre aux producteurs tchadiens, aux hommes tchadiens qui veulent investir dans l'agriculture et qui sont à la recherche de technologies, d'échanger, de voir, de constater ce qui se fait ailleurs. Certainement, les autres apprendront aussi du peu que dispose le Tchad en la matière".

3. LA MINISTRE DE L'AGRICULTURE, LYDIE BEASSEMDA : "Le Tchad a des potentialités qu'il peut offrir aux autres pays dans le domaine agro-sylvo-pastoral. La panoplie de filières qu'on peut développer au Tchad est une opportunité importante que nous avons aussi droit de présenter aux autres pays et recevoir en retour leur expérience."

Malgré tous ces bons signes, il faut se battre soi-même pour y avoir accès ou augmenter ses chances, mais avant d’y aller voici selon moi, comment s’y prendre.

Il faut se donner le temps nécessaire durant ces 3 jours, de visiter les expositions agricoles et accorder une attention maximale aux explications des différents stands. Pendant des rencontres comme SAFAGRI, avoir un petit carnet de note avec au moins un stylo et un crayon à mine pour prendre note ou faire quelques esquisses est d’une importance capitale pour réussir en agro-business.

Pour tous ce qui vous intéresse, prendre toujours des livrets, dépliants, brochures, etc…, fournis ou vendus dans les stands et trouvez plutôt le temps de les lire à la maison. Sur le terrain, il vaut mieux écouter les explications des innovateurs. Les cartes de visites sont très importantes et classez-les si possible à l’intérieur des livrets et brochures correspondants. Il faut donc se donner la peine d'obtenir les adresses des différents exposants et surtout, laisser leur le soin de les écrire eux-mêmes.

Parfois on peut attendre et écrire tout simplement ce qu’on imagine être vrai, mais pas forcément ce que disent les exposants quand ils dictent leur adresse. Même si vous avez déjà une affaire qui marche bien en agrobusiness, pour ce qui concerne les rendements et la qualité, il y a toujours selon les pays, certaines considérations que vous devriez prendre en compte. Il faut donc être ouvert à apprendre de nouvelles choses tout le temps parce que l'agriculture est une science qui regroupe, selon les besoins du moment, la biologie, la chimie, la physique, les mathématiques, la comptabilité, la géographie, le relationnel, les nouvelles technologies et aussi de l’information.

Il y a toujours de nouvelles innovations à apprendre pour l'agriculteur. De nouveaux défis continuent d'émerger et nous devons apprendre à y faire face. Après 18 ans, on ne se fait plus des amis au hasard, on ne le fait pas non plus par région, selon la religion ou pire par ethnie comme les gens ont tendance à le faire au Tchad. Il est donc important de se lier d’amitiés avec des experts en agriculture, comme les vulgarisateurs des services agricoles de différents pays qui viendront à ce salon.

Si les tchadiens présents à ce salon vous semblent inaccessibles, parce que nous avons l’habitude de nous voir très importants lorsqu’on enregistre un petit succès, ne vous attardez pas sur eux, il y a bien d’autres personnes. Les défis les plus grands ces dernières années sont l’accès aux bonnes semences réutilisables, la lutte efficace contre les parasites, le sol et la gestion de l’eau. A seul, personne n’y arrivera. C'est pourquoi il est très important de consulter un expert à chaque fois que vous remarquerez des parasites, des maladies inhabituelles dans vos champs ou la baisse de votre rendement dû à l’appauvrissement de votre sol.

Pour traiter les parasites, privilégions les pompes à énergie solaire (voir images Rindafarm). Faites en sorte que même ceux qui travaillent dans votre ferme se familiarisent avec l’Expert ou le vulgarisateur. Ils pourront mieux lui expliquer ce qui se passe et penser à bien négocier pour payer leurs frais pas très élevés et le plus rapidement possible parce que vous pourriez avoir besoin de leurs services même les jours fériés. Le fait de consulter un expert dans ce domaine n’est pas fréquent au Tchad et cela reste plus facile que de consulter un médecin par exemple donc profitons-en avant que cela ne se complique.

Cherchez leur opinion sur la fertilité du sol selon vos champs et toutes les autres pratiques d'élevage. Il ne faut pas rester figé par exemple sur la culture du coton mais vous devez privilégier des variétés de cultures à haut rendement et résistantes aux maladies. C'est une question sur laquelle vous aurez besoin de conseils d'experts. Votre bétail a besoin de vaccination, de vermifuges et d'autres formes de soins médicaux.

Vous aurez également besoin de conseils appropriés en ce qui concerne l'utilisation de fumiers organiques et inorganiques, de comprendre la lutte constante contre les mauvaises herbes et l'érosion du sol. Surtout, n’achetons pas des semences qui ne sont pas réutilisables après récoltes, c’est-à-dire que vous ne pouvez que manger mais pas semer 2 fois et que vous aurez toujours besoin d’importer. C’est une forme de colonisation qui ne dit pas son nom. Il est donc très important que le Tchad adopte sa propre stratégie de production de semences ou la vulgariser si elle existe déjà. L’utilisation des produits chimiques agricoles reste encore d’actualité malgré les efforts de passage à une agro-écologie ces dernières ; Il est de votre intérêt de demander conseil sur leur utilisation et manipulation. Intéressez-vous aux magazines agricoles au niveau national et international, aux autres publications sur le sujet.

A la fin de ce salon, les tchadiens âgés de 18 à 55 ans devraient former un groupe d'agriculteurs et lui donner un nom significatif. Créer un groupe après un tel salon a plusieurs avantages, y compris la comparaison des notes avec les autres agriculteurs sur les différents défis auxquels nous faisons face en ce moment (la malnutrition), la mise en commun de l'épargne, la commercialisation de groupe ou par coopérative, l'achat en gros d'intrants, un accès plus facile au crédit et surtout avoir une vision commune.

L’agriculture tchadienne n’aura toujours pas d’avenir si les tchadiens âgés de 18 à 55 ans n’en font pas un vrai métier. Le gouvernement a tout intérêt à rendre l’agriculture tchadienne plus sexy pour attirer le plus de jeunes dans ce secteur et leur faciliter les affaires, car Albert Einstein dit : "Un estomac creux n’est pas un bon conseiller politique", et à la jeunesse tchadienne : "Si vous voulez vivre une vie heureuse, attachez-la à un but, et non pas à des personnes ou des choses".

Je fais cet exercice d’écrire avant ce salon parce que je me suis inspiré des préparatifs du sommet African Green Revolution Forum (AGRAF) 2018 où certains ministres et directeurs ont passé des nuits blanches pour préparer leur jeunesse à savoir saisir les opportunités. Un Grand merci au grand frère le Dr Boilengar Diego Nodjirim pour m’avoir inspiré et pousser à faire plus de recherches, c’est tout ce dont un jeune a besoin, le faire travailler dans le bon sens, selon les objectifs du pays.

Je me suis intéressé à la culture des différentes variétés des tomates, surtout celle des montagnes, la culture du macadamia très cher en ce moment, la culture sous serre simple avec du bois, la culture de tornesol, etc. Alors je me suis fait un ami qui a réussi dans ce secteur, Monsieur Xavier Baributsa, merci à vous. Merci aussi à Madame Mukeshimana Christine pour ses conseils et guides. Mention spéciale et mes encouragements à toute l’équipe d’Alwihda Info pour avoir toujours publié de bonnes informations sur la République du Tchad, que peut-on faire sans bon journaliste ? Bravo pour vos efforts d’informer la jeunesse tchadienne sans lui dire quoi penser. Cela permet aux hommes de sciences de réfléchir par eux-mêmes et proposer de bonnes solutions aux défis de la République Mère le Tchad. Bonne chance à tous pour le Meilleur du SAFAGRI, un levier de la Révolution verte au Tchad.

DJASRABAYE Adolphe
Ingénieur Génie civil
Kigali, Rwanda
Tel : +250725178527



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