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AFRIQUE

​Mali : Une promesse de paix à Niono, après des mois de violence


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 5 Mai 2021

La région de Ségou au Mali n'est pas loin de la frontière avec la Mauritanie. Depuis un an environ, elle fait la une des journaux, mais pas pour les raisons que les habitants souhaiteraient : attaques de villages, lutte entre différents groupes armés et la force nationale pour contrôle du territoire. Tous les jours, les Maliens supportent le poids de cette violence, qui les a affectées physiquement, psychologiquement et qui a eu un impact sur leurs moyens de subsistance. À la mi-mars un accord de paix a été signé entre les groupes armés. Depuis il y l’espoir que ce cessez-le-feu durera et que les populations pourront reprendre leur vie.


Sur le site des déplacés à Sokolo au centre du Mali, Daniel Dao, superviseur MSF, crée des exercices ludiques pour les enfants des familles déplacées affectés par la crise. © MSF
Sur le site des déplacés à Sokolo au centre du Mali, Daniel Dao, superviseur MSF, crée des exercices ludiques pour les enfants des familles déplacées affectés par la crise. © MSF
À partir d'octobre 2020, la violence dans la région est devenue incontrôlable avec une série interminable d'attaques de représailles dans les zones nord du district de Niono. En décembre 2020, plus de 8 000 personnes ont quitté les villages de Farabougou et Dogofry et sont maintenant accueillies dans plusieurs localités, dont le village de Sokolo. Farabougou, une ville de plus de 3000 habitants, avait été assiégée par des factions armées.

Certains des nouveaux arrivants à Sokolo ont trouvé refuge dans les maisons de personnes qu'ils connaissaient, d'autres dans les terrains de la mairie, dans des écoles ou sur des sites de fortune. La plupart sont arrivés sans rien et luttent encore aujourd'hui pour avoir accès à de la nourriture et à un abri adéquat. Sokolo était déjà confrontée à une pénurie d'eau et aujourd'hui, les habitants s'inquiètent de ne pas avoir assez d'eau pour tout le monde.

"Nous n'avons pu emporter aucun de nos biens : nos animaux, notre nourriture et nos vêtements sont tous au village. On n’a pas eu le temps de les prendre car on était terrifiés pour nos vies. Nos champs de riz ont été détruits, pillés et brûlés. Le village est complètement vide, même pas un poulet ne circule."

L'équipe MSF a commencé à gérer une clinique mobile en novembre, et au cours des derniers mois, les équipes ont été chaque semaine présentes sur le site. Des soins médicaux sont disponibles pour les personnes déplacées et les communautés d'accueil, notamment des consultations de soins primaires, des soins pour les femmes enceintes et un soutien en santé mentale. La plupart des personnes souffrent d'infections respiratoires et de paludisme, mais le stress et l'anxiété liés à leurs conditions de vie ont également un impact important sur leur santé mentale. Personne ne sait combien de temps ils resteront là. À cela s’ajoute le traumatisme causé par ce que ces personnes ont vu et ce qu'elles ont vécu :

"Mon mari était absent et j'étais seule avec mes enfants quand la violence a éclaté autour de mon village. La nuit où j'ai voulu m'enfuir avec mes enfants, des hommes armés sont venus chez moi et m'ont violée. J'étais enceinte de cinq mois. Mes enfants et moi avons fui ici, à Sokolo. Deux nuits après notre arrivée, j'ai perdu mon bébé."

Bien que ces déplacés soient venus à Sokolo en quête de sécurité, ils ne se sentent pas à l’abri. "Les villageois font de leur mieux pour nous protéger, mais nous sommes inquiets, surtout la nuit. Tout le monde ici est aux aguets et prêt à s'enfuir à tout moment." On dit que des hommes armés sont venus dans les camps et ont menacé les populations, disant que la prochaine fois, même les bébés ne seraient pas épargnés.

Sur le site des déplacés à Sokolo au centre du Mali, Daniel Dao, superviseur MSF, crée des exercices ludiques pour les enfants des familles déplacées affectés par la crise. © MSF
Sur le site des déplacés à Sokolo au centre du Mali, Daniel Dao, superviseur MSF, crée des exercices ludiques pour les enfants des familles déplacées affectés par la crise. © MSF
Depuis l'ouverture de la clinique MSF, le personnel a effectué plus de 3 000 consultations et 5 600 séances individuelles et collectives de santé mentale. Pourtant, il arrive que la clinique ne puisse pas fonctionner en raison de l'insécurité sur les routes. La violence dans la région a réduit la quantité d'aide humanitaire disponible pour les personnes dans le besoin. "Dans un tel contexte, il est essentiel de négocier l'accès avec les différents groupes engagés dans ce conflit pour pouvoir continuer à soigner tous ceux qui en ont besoin", explique François Talla, coordinateur du projet. « Fournir une assistance dans les zones autour de Sokolo démontre à quel point il est important de séparer l'aide médicale humanitaire de toute forme d'agenda ou d'allégeance politique, afin de garantir un accès sûr aux communautés et familles qui se retrouvent dans le besoin. » Afin d’assurer aux déplacés et à la population hôte une continuité de soins, la décision a récemment était prise de remplacer le système de clinique mobile par un appui au centre de santé de Sokolo.

Plus au Sud, à Niono, où MSF travaille depuis 2019, l'augmentation de la violence a également été perceptible. Entre novembre 2020 et mars 2021, 56 personnes présentant des blessures par balle ont été traitées à l'hôpital de référence de la ville.

Cette imprégnation de la violence, qui s’est infiltrée dans de nouvelles zones du pays, n’a pas empêché la résilience des populations. Selon un de nos patients, "Nous voulons seulement être aidés jusqu'à ce que la paix revienne et que nous puissions retourner à notre vie normale dans nos villages". En espérant que les accords de mars 2021 feront de ce souhait une réalité.