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ANALYSE

Acquittement de Laurent Gbagbo : la Côte d’Ivoire entre euphorie et inquiétude


Alwihda Info | Par M. Diakhaba - 24 Janvier 2019 modifié le 24 Janvier 2019 - 17:19


Laurent Gbagbo. © DR
Laurent Gbagbo. © DR
La décision de la CPI a déclenché des manifestations de joie mais aussi de désapprobation dans le pays. Alassane Ouattara et son gouvernement ont de nouveau appelé la population « au calme, au pardon et à la réconciliation ».

L’émotion était vive mardi 15 et mercredi 16 janvier en Côte d’Ivoire après l’annonce de l’acquittement puis du maintien en détention de Laurent Gbagbo et de l’ancien ministre Charles Blé Goudé par la Cour pénale internationale (CPI).

Les proches de l’ancien président se sont félicités de la décision de la juridiction internationale. « C’est une joie immense qui m’envahit, qui envahit mon cœur, qui envahit mon esprit », a déclaré Assoa Adou, secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI). Pour ce proche collaborateur de Laurent Gbagbo, la décision de la CPI fait avancer la Côte d’Ivoire vers la « réconciliation nationale ». Mais d’autres réactions moins tendres à l’égard de l’ancien président ne se sont pas fait attendre, obligeant le gouvernement d’Alassane Ouattara à appeler au calme et à la réconciliation le peuple ivoirien.

Réactions partagées

De véritables scène de liesse sont apparues, notamment à Abidjan et dans quelques localités de l’intérieur du pays. Les partisans de l’ancien président étaient également nombreux à Yopougon, où l’on a salué par des danses et des concerts de klaxons la libération du « fils du pays ».

Mais l’heure n’était pas à la fête partout. Du côté des victimes, c’était plutôt celle de l’incompréhension. Issiaka Diaby, président du Collectif des victimes accuse la CPI de trahison en ajoutant qu’ « il est l’heure pour nous d’entrer en action pour démontrer que nous existons bel et bien, et que la Cour pénale internationale a été mise en place pour travailler, punir les auteurs de crimes, offrir vérité et réparations aux victimes et garantir la non répétition de crimes de masse ». Un cri que semble avoir entendu la procureur de la CPI, Fatou Bensouda qui a interjeté appel de la décision de remettre en liberté Laurent Gbagbo mercredi dernier.

Prenant acte des réactions partagées au sein de la population, le gouvernement d’Alassane Ouattara a de son côté tenu à assurer les victimes de son soutien tout en souhaitant que la décision de la CPI « aille dans le sens de la décrispation » du pays.

Calme, pardon, réconciliation

Pour calmer les esprits et empêcher toute escalade de violence, Alassane Ouattara et son gouvernement ont « réitéré leur volonté de consolider la paix, la cohésion nationale et le développement de notre pays ». Appelant également « l’ensemble des populations au calme, au pardon et à la réconciliation. ». Alors que le pays est sur la voie de l’émergence, ils ont tenu à rappeler que « la Côte d’Ivoire a besoin de paix pour faire face aux défis de son développement économique et social afin de continuer d’améliorer les conditions de vie de tous les Ivoiriens », a affirmé Sidi Tiémoko Touré, Ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du Gouvernement dans un communiqué diffusé mercredi 16 janvier depuis Abidjan.

Cette volonté d’apaisement, Alassane Ouattara l’entretient depuis la fin de la crise postélectorale de 2010-2011. Le président ivoirien annonçait à l’époque « le début d’une nouvelle ère de réconciliation et d’union entre toutes les filles et tous les fils de notre chère Côte d’Ivoire ». Une promesse qui s’est rapidement matérialisée par l’instauration de la « Commission de dialogue, vérité et réconciliation ». Le travail de cette dernière a permis de mettre en avant « le travail et le rituel de mémoire » en tant que « ciment national qui renforcera la cohésion sociale et l’esprit de paix au sein de la population ». Un enseignement que le gouvernement entend plus que jamais mettre en pratique.