Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
ANALYSE

Alliance Cellou-Dadis : Pourquoi pas ?


Alwihda Info | Par Alsény Kolenté Bangoura - 12 Juillet 2015


Parlons clair : dans les conditions actuelles rien n’interdit à Dadis Camara de créer un parti politique et même de postuler au poste de président de la République. Dadis Camara, personne ne l’ignore, n’est ni condamné ni inculpé par la justice guinéenne aussi bien que par la CPI. Formellement, il bénéficie donc de tous ses droits de citoyen. Cela peut réjouir Monsieur X ou indigner Madame Y. Qu’importe ! Car, il ne s’agit pas là d’une question de morale mais d’une question de principe. Tout individu aussi suspect, soit- il, reste innocent et libre tant que les tribunaux n’ont pas établi sa responsabilité etprononcé un verdict à son encontre.

Certes, le drame du 28 Septembre est là, scandaleux et irréfutable et qu’il faudra bien un jour l’élucider si l’on veut fonder enfin, le Droit en Guinée et présenter ce pays sous un visage humain. Seulement, voilà : cette douloureuse affaire n’est pas un fait isolé. C’est la suite logique d’un système,  c’est le honteux résultat d’une vieille habitude. Il y a longtemps qu’en Guinée, l’Etat tue. Il y a longtemps qu’en Guinée, le crime d’Etat reste impuni. Et au vu de ce qui se passe sous le règne funeste d’Alpha Condé, il faut croire qu’il le restera longtemps encore.

Depuis 1958, l’appareil judiciaire dans ce pays, est une fiction, tout au plus, un jouet, pour ne pas dire un instrument de torture au service du potentat en exercice.

Il y a maintenant six ans qu’en plein jour, des soldats guinéens nés sur le sol guinéen, parlant les langues guinéennes, ayant prêté serment sous le drapeau guinéen ont abattu 157 de leurs compatriotes et violé des centaines de leurs sœurs. Il y a six ans que la justice guinéenne traîne les pieds,  ferme les yeux, les oreilles et la bouche comme s’il ne s’était rien passé, comme ce n’était là  qu’un simple incident de cour de récréation. Il y a six  ans que la CPI si prompte et si exigeante quand il s’agit d’Omar Béchir ou de Laurent Gbago-six ans que ce tribunal aux deux poids, deux mesures-refuse obstinément le Droitaux martyrs du 28 Septembre. 

Ici à Conakry comme là-bas à La Haye, à ce jour, aucune enquête, aucune convocation, aucune audition, aucune inculpation ! On nous parle d’une commission rogatoire qui se serait rendue à Ouaga et dont personne n’a vu la couleur.

Bref, circulez… !

Non, non et non,  en l’état actuel des choses, ce n’est pas le capitaine Dadis Camara qu’il faut accuser mais bel et bien, ces ronds-de-cuir des tribunaux. Qu’ils l’inculpent donc, ces satanés bureaucrates, qu’ils le jugent, qu’ils le condamnent et à ce moment-là et à ce moment-là seulement, nous aurons le droit de lui jeter la pierre. D’autant qu’il l’a dit lui-même, il est prêt à se présenter à tout moment aux autorités compétentes.

En attendant, il peut rentrer dans l’arène politique, sous la bannière qu’il veut et nouer les alliances qu’il veut.

Justement, on parle depuis peu d’un rapprochement entre  son tout nouveau parti et l’UFDG. Comment, CellouDalein Diallo à la table de Dadis ? A-t-il songé au moins, à apporter une longue cuillère ?

Comment, la principale victime des massacres du 28 Septembre-à titre personnel comme au titre de ses militants- en pourparlers avec son pire ennemi ? Aurait-il perdu la tête ? Aurait-il vendu son âme au diable ?

Calmons-nous, Messieurs-dames, sortons des à priori et des émotions puériles. Nous sommes en politique, ce monde  complexe et imprévisible qui a ses raisons que la raison ne connaît pas.
Savez-vous que quand de sa cellule de Robben- Island, Mandela a commencé à négocier avec les tenants de l’apartheid, on  l’avait accusé de tout : de folie, de naïveté, d’opportunisme, de trahison etc.?

Savez- vous que quand Ben Bella et ses compagnons ont commencé à prendre langue avec de Gaulle à Evian, ils ont failli se faire lyncher par certains de leurs compagnons d’armes ?

Parlons clair de nouveau: pour l’instant, Dadis Camara est libre. Eh bien, CellouDalein Diallo l’est tout autant  du point de vue politique que du point de vue moral.

En signant un pacte politique avec Dadis, il ne trahit personne surtout pas les victimes. II a raison de dire qu’il ne lui appartient ni de  juger ni de condamner, ceci étant l’affaire des magistrats. Sur cette question-là, il est d’autant à l’aise que toute la Guinée connaît le soutien affectif, matériel et moral qu’il ne cesse d’apporter  aux victimes et à leurs familles.

Du point de vue politique non plus, il n’y a là rien d’insolite, rien de choquant, rien de répréhensible. Les gens savent que, pouvoir ou opposition, tous les leaders politiques nourrissaient secrètement le rêve d’une alliance avec Dadis. CellouDalein Diallo n’aura donc ni renié ses idées,  ni perdu la raison. Il a simplement joué un joli coup de poker en coupant l’herbe sous les pieds de ses concurrents.

Le rapprochement Cellou-Dadis n’a rien d’absurde. (Dialoguer avec l’ennemi d’hier pour sauver le pays n’a rien de honteux. C’est ce qu’a fait Mandela en Afrique du Sud. C’est ce que font Bédié et Ouattara en Côte d’Ivoire).Il est plutôt nécessaire. Nécessaire et insuffisant. Dans l’état de blocage total où l’irresponsabilité de nos dirigeants nousa conduits, il s’impose à chacun de nous de créer des espaces de dialogue : dialogue entre les ethnies, dialogue entre les régions, dialogue entre les religions, dialogue entre le pouvoir et l’opposition.

Les divisions en Guinée sont purement artificielles entretenues par un pouvoir sans souffle et sans vision.

Avec un peu de bonne volonté, il est facile de surmonter les méfiances et de canaliser les énergies afin que tous ensemble, et d’un même geste, nous forcions les lourdes portes de l’avenir.

Alsény Kolenté Bangoura