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POINT DE VUE

Après les combats de N'Djamena, place aux inquiétudes et incertitudes


Alwihda Info | Par - Җ€BIЯ - - 11 Février 2008 modifié le 11 Février 2008 - 22:20

S'il y a une chose que les futurs dirigeants Tchadiens doivent remettre totalement en cause, c'est la présence militaire française au Tchad. Ces fameux accords de coopération militaire ne nous causent que du tort. Sous Tombalbaye, c'est sous prétexte des accords de défense que des avions français ont bombardés des Tchadiens au Nord. En février 1979, la France avait choisi de soutenir, non pas le président légal, Malloum, mais plutôt le rebelle Hissein Habré.


Doit-on tirer le rideau sur l'aventure des rebelles à N'Djaména ? Que deviendront les Tchadiens après ce quasi échec des forces dites de la "résistance nationale" ? Quel est l'avenir pour le Tchad au moment où Déby ne fait plus de distingo entre opposition armée et opposition civile pacifique ? Quel est le sort réservé par Déby aux leaders de l'opposition qui sont arrêtés ? Pourquoi les rebelles ont-ils échoué ? A quand la fin du régime d'Idriss Déby ? Autant de questions qui taraudent l'esprit des Tchadiens après cet échec des rebelles. En tout cas, les lendemains sont très incertains et il y a de quoi s'inquiéter. Car, désormais, Déby n'a plus rien à craindre. Revanches, représailles ou répressions se feront sans pitié, avec une cruauté inimaginable. L'homme va quintupler sa cruauté. Sûr et fort du soutien de la France, Déby, n'ayant plus de compte à rendre aux Tchadiens, peut tout se permettre. Les fonctionnaires resteront plusieurs mois sans salaires, les foyers seront privés d'eau et d'électricité pendant plusieurs mois. Les hôpitaux seront des mouroirs, ils l'étaient déjà avant les combats, mais l'extrême gravité est à venir. Les journalistes seront arrêtés et torturés sans qu'aucune voix ne s'élève pour les défendre. Au pire, la presse indépendante locale sera tout simplement supprimée. Les années blanches se succéderont dans l'enseignement.

Les hommes en armes proches du pouvoir feront leurs lois dans les rues ou sur les routes nationales. Le phénomène des coupeurs de route va se multiplier... Quand on regarde ainsi le lendemain, on peut se dire qu'un saut dans l'incertitude avec les rebelles vaut mieux que ce cheminement effrayant avec Idriss Déby. Mais... Il est presque certain que le renversement de Déby n'est pas synonyme du coup de sifflet final de la guerre au Tchad. Les groupes rebelles pourraient très bien s'affronter en plein N'Djaména après avoir renversé Déby, quand on sait l'ambition personnelle qui anime Nouri ou les frères Erdimi pour ne citer que ceux-là. Il ne faut pas se leurrer : depuis quand un chef de guerre est-il un démocrate ? Il est illusoire de croire que les rebelles organiseront des élections démocratiques et transparentes après avoir conquis le pouvoir par les armes. Tout au plus, on peut se dire qu'avec les rebelles, il y a des chances d'avoir un dialogue, Déby ayant fermé toutes les portes et fenêtres du dialogue. Rien qu'en raisonnant ainsi, on peut avoir un petit penchant pour la rébellion. Et le peuple tchadien dans tout cela ? Jusque-là, le peuple tchadien, terrorisé par les armes, reste passif. Impossible de faire descendre les Tchadiens dans la rue pour renverser un pouvoir. Le pouvoir de Déby est barbare et sauvage. Déby est prêt à tuer tous les Tchadiens, même s'il faut régner sur des cadavres. Une manifestation de la population sera réprimée dans le sang. Mais si le pouvoir de Déby venait à être renversé, le peuple pourrait descendre dans la rue pour exiger un dialogue national, une nouvelle conférence nationale, seule et unique manière de régler définitivement le problème tchadien.

Personnellement, je ne crois pas qu'un certain Nouri, même ancien élève de Habré, ordonnerait de tirer sur la foule des manifestants au lendemain du renversement de Déby par les armes. Le peuple pourrait donc avoir une chance de se faire entendre si jamais les rebelles en venaient à bout avec Déby. Je crois fermement qu'une nouvelle conférence nationale souveraine est le seul chemin pour remettre sur les rails l'Etat tchadien en déliquescence depuis la fin des années 70. Le programme politique proposé par les rebelle n'est pas crédible : période de transition d'un an suivie de l'organisation d'élections transparentes et démocratiques. Une année passée au pouvoir est largement suffisante pour prendre goût au pouvoir. La suite sera logique. La tentation de truquer les élections sera grande, d'autant plus qu'on connaît les hommes qui sont en face de nous. Ils traînent comme un boulet à la cheville leur passé lourd et triste de CCFAN, élèves d'Hissein Habré. Une nouvelle conférence nationale sera l'occasion de donner la parole au peuple, qui seul, décidera de son avenir. Sans cela, ce sera toujours la guerre au Tchad. N'oublions pas qu'il existe plusieurs autres rébellions qui restent pour l'instant à l'écart du Commandement des Forces Unifiées et qui pourraient un jour combattre le pouvoir de N'Djaména de l'après-Déby. Une conférence nationale pourrait donc être l'occasion de demander à tout le monde de déposer les armes pour permettre aux Tchadiens de dialoguer pour sortir du cycle de la violence. "Peuple Tchadien, debout et à l'ouvrage, tu as conquis ta terre et ton droit. Ta liberté naîtra de ton courage, lève les yeux, l'avenir est à toi". Ce sont les paroles de l'hymne nationale.

En attendant ce jour historique où s'ouvrira la vraie Conférence Nationale Souveraine, revenons sur l'échec des rebelles : sans être un stratège militaire, je peux me permettre de dire que les rebelles ont eu tort de ne pas s'être emparés de l'aéroport avant de s'attaquer au Palais Rose. Il fallait insister, il fallait même risquer un affrontement avec l'armée française en occupant un lieu aussi stratégique que l'aéroport. Tant pis si la vie des Français est en danger. La vie d'un Européen ne vaut pas plus que la vie d'un Tchadien. Pendant qu'on tue les Tchadiens, civils innocents, pendant que femmes, vieillards et enfants tentent de se réfugier dans des conditions inacceptables à Kousseri, on privilégie toujours la vie des expatriés Européens. Les rebelles ont¨fait preuve d'une grande naïveté en acceptant que l'aéroport reste sous contrôle des Français pour permettre l'évacuation des Européens. En tout cas, un homme averti en vaut deux : si jamais les rebelles reviennent, et s'ils veulent renverser Déby, il faut qu'ils essaient de s'emparer avant tout de l'aéroport pour couper Déby du soutien que lui apporteraient ses parrains Français.

La présence militaire française au Tchad

S'il y a une chose que les futurs dirigeants Tchadiens doivent remettre totalement en cause, c'est la présence militaire française au Tchad. Ces fameux accords de coopération militaire ne nous causent que du tort. Sous Tombalbaye, c'est sous prétexte des accords de défense que des avions français ont bombardés des Tchadiens au Nord. En février 1979, la France avait choisi de soutenir, non pas le président légal, Malloum, mais plutôt le rebelle Hissein Habré. En juin 1982, la France n'a rien fait pour empêcher Hissein Habré de chasser Goukouny et de s'emparer du pouvoir. En 1990, la France a usé de sa présence militaire au Tchad pour permettre à Déby de prendre le pouvoir. Successivement en 2006 et 2008, la présence militaire française au Tchad a permis de sauver un régime à l'agonie. Il faut envisager dès à présent la suppression de toute forme de coopération militaire avec la France. Le Tchad n'a pas réellement besoin d'une telle coopération. Il existe plusieurs domaines utiles dans lesquels le Tchad devrait coopérer avec la France : domaine agricole, pastorale, domaine de l'enseignement... A la place de militaires Français nuisibles, on verrait bien des médecins Français dans nos hôpitaux, des ingénieurs, des informaticiens, des professeurs Français dans nos collèges et lycées, des agronomes pour développer notre agriculture, des médecins vétérinaires pour soigner nos bêtes, etc. Voilà la coopération utile que le Tchad devrait signer avec la France. Au lendemain des indépendances, c'est le Voltaïque (aujourd'hui Burkinabè) Maurice Yaméogo qui avait vu juste : il avait refusé de signer des accords de défense avec la France. Le Burkina Faso se porte assez bien aujourd'hui sans présence militaire française. Les Tchadiens devraient faire une large place à la question de la présence militaire française au Tchad, à l'occasion de la Conférence Nationale Souveraine dont je rêve tant. Le Tchad ne se développera jamais et sera le théâtre d'affrontements meurtriers tant que ces accords de coopération militaire avec la France restent en vigueur.

BELEMGOTO Macaoura

macaoura@aol.com



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