Le président américain Donald Trump, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick (à droite) et John Sauer. Photo : Bonnie Cash/UPI/Bloomberg.
Cette mesure est à la fois tactique et politique. Tactique, car elle rétablit un droit de douane de base après que le pouvoir judiciaire a largement démantelé le précédent régime. Politique, car le président Trump a déjà indiqué que 10 % n'est pas un objectif final, mais une étape intermédiaire. Son objectif déclaré est de 15 %.
L'ordre des événements est important
La semaine dernière, par six voix contre trois, la Cour suprême des États-Unis a statué que Trump avait outrepassé ses pouvoirs en vertu d'une loi de 1977 en imposant des droits de douane massifs et ciblés. La majorité conservatrice de la Cour a conclu que le pouvoir exécutif avait étendu ses pouvoirs économiques d'urgence au-delà de leurs limites légales. Cette décision a invalidé des droits de douane allant de 10 % à 50 %. Quelques jours plus tard, l'administration a opéré un revirement.
En vertu de l'article 122 de la loi de 1974 sur le commerce, la Maison-Blanche a instauré un droit de douane mondial temporaire de 10 % sur la quasi-totalité des marchandises importées non exemptées. La perception de ces droits a débuté immédiatement. Simultanément, l'application du barème tarifaire invalidé a été suspendue.
Un réajustement juridique, pas un recul politique
La Maison Blanche insiste : il ne s'agit pas d'un revirement. Le taux de 10 %, dans ce contexte, est une mesure transitoire conçue pour résister à un examen judiciaire tout en préservant les leviers d'action.
La distinction entre la loi de 1977 précédemment invoquée et l'article 122 de la loi de 1974 sur le commerce n'est pas sémantique. Elle est constitutionnelle. L'article 122 autorise le président à imposer des surtaxes temporaires à l'importation allant jusqu'à 15 % pendant 150 jours afin de remédier à d'importants déficits de la balance des paiements. Point crucial, toute prolongation requiert l'approbation du Congrès.
De fait, l'administration est passée d'une interprétation extensive des pouvoirs d'urgence de l'exécutif à un mécanisme législatif plus restreint et limité dans le temps. Le plafond est plus bas, mais la durée est limitée et le rôle du Congrès est clairement défini.
L'objectif politique demeure néanmoins inchangé : augmenter le taux tarifaire effectif et restructurer les flux commerciaux.
L’argument de la balance des paiements
La Maison-Blanche justifie ces nouveaux droits de douane par un déséquilibre majeur des comptes extérieurs américains, selon elle. D’après l’administration, les États-Unis sont confrontés à :
● Un déficit commercial annuel de 1 200 milliards de dollars pour les biens ;
● Un déficit de la balance des paiements courants équivalent à 4 % du PIB ;
● Un renversement de leur excédent historique de revenus primaires .
Du point de vue de l’administration, les droits de douane sont des outils correctifs. Ils visent à réduire la demande d’importations, à stimuler la production nationale et à rééquilibrer le secteur extérieur.
Les critiques rétorquent que de telles mesures risquent d’augmenter le coût des intrants, de comprimer les marges des entreprises et de raviver les pressions inflationnistes. L’efficacité des droits de douane pour combler les déficits commerciaux structurels est, au mieux, mitigée. Les balances commerciales reflètent les fondamentaux macroéconomiques, notamment les taux d’épargne, les déficits budgétaires, les taux de change et les flux de capitaux. Les droits de douane, à eux seuls, réajustent rarement ces forces.
Néanmoins, le calcul de Trump n’est pas purement technocratique. Il est aussi électoraliste. Le commerce demeure un enjeu politique majeur, notamment dans les régions industrielles qui ont connu un déclin de leur production manufacturière au cours des trois dernières décennies.
Volatilité des politiques, incertitude des marchés et réactions étrangères
Le passage brutal de droits de douane invalidés à une nouvelle taxe mondiale a amplifié l'incertitude sur les marchés financiers et au sein des conseils d'administration.
Dans une note de recherche, la Deutsche Bank a souligné que si le taux effectif immédiat des droits de douane a évolué, la trajectoire à moyen terme demeure incertaine. Les analystes suggèrent que le contexte post-décision pourrait, à terme, se traduire par des droits de douane effectifs inférieurs à ceux en vigueur avant la décision, notamment si le contrôle du Congrès freine toute escalade.
Pékin a réagi avec un discours prévisible, mais sur un ton mesuré. Le ministère chinois du Commerce a exhorté Washington à renoncer à ce qu'il a qualifié de droits de douane unilatéraux, tout en se montrant ouvert à une nouvelle série de négociations. Ce double message illustre un schéma bien connu : une opposition rhétorique alliée à un engagement pragmatique.
La principale tension reste structurelle. Les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine sont profondément intégrées, mais aussi stratégiquement complexes. Les droits de douane ne sont pas seulement des mesures économiques, mais aussi des signaux géopolitiques.
La question de savoir si la Chine ajustera ses contre-mesures en réponse à la taxe de 10 % dépendra de deux variables : la pérennité de cette politique et la probabilité d’une escalade à 15 %.
Par ailleurs, la réaction du Japon illustre le délicat exercice d’équilibriste auquel sont confrontés les alliés des États-Unis. Tokyo a demandé des garanties que son traitement dans le cadre du nouveau régime resterait aussi favorable que celui prévu par les accords existants. Alors que le Premier ministre japonais doit se rendre à Washington le mois prochain, le gouvernement fait preuve de prudence.
Des responsables japonais ont confirmé que les discussions entre le ministre du Commerce et le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, ont réaffirmé l’engagement du Japon à mettre en œuvre de bonne foi l’accord commercial bilatéral conclu l’année dernière.
La position du Japon est pragmatique, car il recherche la continuité. Toute augmentation des coûts tarifaires sur des secteurs d’exportation clés tels que l’automobile ou l’électronique pourrait avoir un impact économique significatif. Dans le même temps, Tokyo se montre réticent à toute escalade verbale avant des rencontres diplomatiques de haut niveau.
Pour l'Union européenne, la situation est complexe sur le plan procédural. Bruxelles avait précédemment accepté un cadre commercial incluant un taux tarifaire de base de 15 %. L'introduction d'un prélèvement mondial temporaire de 10 % crée une période de transition.
Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a qualifié la phase actuelle de transitoire, soulignant les assurances données par les responsables américains quant au respect des engagements de Washington. Cependant, la différence entre un taux de base négocié de 15 % et un taux mondial temporaire de 10 % engendre une ambiguïté d'interprétation.
Si Trump porte finalement le taux mondial à 15 %, l'accord de l'UE pourrait simplement converger avec le cadre général. Dans le cas contraire, l'Union européenne aura besoin de clarifications sur le traitement respectif des deux pays.
Le délai de 150 jours
Le facteur le plus déterminant est le temps. L'article 122 autorise le tarif douanier pour une durée de 150 jours, sauf prolongation approuvée par le Congrès. Ceci introduit un mécanisme de contrôle législatif dans le processus politique.
Le Congrès devient alors un acteur clé. Si les parlementaires s'alignent sur l'administration, un régime tarifaire plus élevé ou prolongé devient envisageable. En cas de résistance, la politique pourrait être caduque ou nécessiter une refonte.
Cette structure temporelle peut également influencer les négociations avec les partenaires commerciaux. L'administration peut tirer parti de ce délai pour accélérer les discussions, en arguant que l'absence de concessions pourrait entraîner une hausse des droits de douane avant l'expiration du délai légal.
L'ordre des événements est important
La semaine dernière, par six voix contre trois, la Cour suprême des États-Unis a statué que Trump avait outrepassé ses pouvoirs en vertu d'une loi de 1977 en imposant des droits de douane massifs et ciblés. La majorité conservatrice de la Cour a conclu que le pouvoir exécutif avait étendu ses pouvoirs économiques d'urgence au-delà de leurs limites légales. Cette décision a invalidé des droits de douane allant de 10 % à 50 %. Quelques jours plus tard, l'administration a opéré un revirement.
En vertu de l'article 122 de la loi de 1974 sur le commerce, la Maison-Blanche a instauré un droit de douane mondial temporaire de 10 % sur la quasi-totalité des marchandises importées non exemptées. La perception de ces droits a débuté immédiatement. Simultanément, l'application du barème tarifaire invalidé a été suspendue.
Un réajustement juridique, pas un recul politique
La Maison Blanche insiste : il ne s'agit pas d'un revirement. Le taux de 10 %, dans ce contexte, est une mesure transitoire conçue pour résister à un examen judiciaire tout en préservant les leviers d'action.
La distinction entre la loi de 1977 précédemment invoquée et l'article 122 de la loi de 1974 sur le commerce n'est pas sémantique. Elle est constitutionnelle. L'article 122 autorise le président à imposer des surtaxes temporaires à l'importation allant jusqu'à 15 % pendant 150 jours afin de remédier à d'importants déficits de la balance des paiements. Point crucial, toute prolongation requiert l'approbation du Congrès.
De fait, l'administration est passée d'une interprétation extensive des pouvoirs d'urgence de l'exécutif à un mécanisme législatif plus restreint et limité dans le temps. Le plafond est plus bas, mais la durée est limitée et le rôle du Congrès est clairement défini.
L'objectif politique demeure néanmoins inchangé : augmenter le taux tarifaire effectif et restructurer les flux commerciaux.
L’argument de la balance des paiements
La Maison-Blanche justifie ces nouveaux droits de douane par un déséquilibre majeur des comptes extérieurs américains, selon elle. D’après l’administration, les États-Unis sont confrontés à :
● Un déficit commercial annuel de 1 200 milliards de dollars pour les biens ;
● Un déficit de la balance des paiements courants équivalent à 4 % du PIB ;
● Un renversement de leur excédent historique de revenus primaires .
Du point de vue de l’administration, les droits de douane sont des outils correctifs. Ils visent à réduire la demande d’importations, à stimuler la production nationale et à rééquilibrer le secteur extérieur.
Les critiques rétorquent que de telles mesures risquent d’augmenter le coût des intrants, de comprimer les marges des entreprises et de raviver les pressions inflationnistes. L’efficacité des droits de douane pour combler les déficits commerciaux structurels est, au mieux, mitigée. Les balances commerciales reflètent les fondamentaux macroéconomiques, notamment les taux d’épargne, les déficits budgétaires, les taux de change et les flux de capitaux. Les droits de douane, à eux seuls, réajustent rarement ces forces.
Néanmoins, le calcul de Trump n’est pas purement technocratique. Il est aussi électoraliste. Le commerce demeure un enjeu politique majeur, notamment dans les régions industrielles qui ont connu un déclin de leur production manufacturière au cours des trois dernières décennies.
Volatilité des politiques, incertitude des marchés et réactions étrangères
Le passage brutal de droits de douane invalidés à une nouvelle taxe mondiale a amplifié l'incertitude sur les marchés financiers et au sein des conseils d'administration.
Dans une note de recherche, la Deutsche Bank a souligné que si le taux effectif immédiat des droits de douane a évolué, la trajectoire à moyen terme demeure incertaine. Les analystes suggèrent que le contexte post-décision pourrait, à terme, se traduire par des droits de douane effectifs inférieurs à ceux en vigueur avant la décision, notamment si le contrôle du Congrès freine toute escalade.
Pékin a réagi avec un discours prévisible, mais sur un ton mesuré. Le ministère chinois du Commerce a exhorté Washington à renoncer à ce qu'il a qualifié de droits de douane unilatéraux, tout en se montrant ouvert à une nouvelle série de négociations. Ce double message illustre un schéma bien connu : une opposition rhétorique alliée à un engagement pragmatique.
La principale tension reste structurelle. Les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine sont profondément intégrées, mais aussi stratégiquement complexes. Les droits de douane ne sont pas seulement des mesures économiques, mais aussi des signaux géopolitiques.
La question de savoir si la Chine ajustera ses contre-mesures en réponse à la taxe de 10 % dépendra de deux variables : la pérennité de cette politique et la probabilité d’une escalade à 15 %.
Par ailleurs, la réaction du Japon illustre le délicat exercice d’équilibriste auquel sont confrontés les alliés des États-Unis. Tokyo a demandé des garanties que son traitement dans le cadre du nouveau régime resterait aussi favorable que celui prévu par les accords existants. Alors que le Premier ministre japonais doit se rendre à Washington le mois prochain, le gouvernement fait preuve de prudence.
Des responsables japonais ont confirmé que les discussions entre le ministre du Commerce et le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, ont réaffirmé l’engagement du Japon à mettre en œuvre de bonne foi l’accord commercial bilatéral conclu l’année dernière.
La position du Japon est pragmatique, car il recherche la continuité. Toute augmentation des coûts tarifaires sur des secteurs d’exportation clés tels que l’automobile ou l’électronique pourrait avoir un impact économique significatif. Dans le même temps, Tokyo se montre réticent à toute escalade verbale avant des rencontres diplomatiques de haut niveau.
Pour l'Union européenne, la situation est complexe sur le plan procédural. Bruxelles avait précédemment accepté un cadre commercial incluant un taux tarifaire de base de 15 %. L'introduction d'un prélèvement mondial temporaire de 10 % crée une période de transition.
Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a qualifié la phase actuelle de transitoire, soulignant les assurances données par les responsables américains quant au respect des engagements de Washington. Cependant, la différence entre un taux de base négocié de 15 % et un taux mondial temporaire de 10 % engendre une ambiguïté d'interprétation.
Si Trump porte finalement le taux mondial à 15 %, l'accord de l'UE pourrait simplement converger avec le cadre général. Dans le cas contraire, l'Union européenne aura besoin de clarifications sur le traitement respectif des deux pays.
Le délai de 150 jours
Le facteur le plus déterminant est le temps. L'article 122 autorise le tarif douanier pour une durée de 150 jours, sauf prolongation approuvée par le Congrès. Ceci introduit un mécanisme de contrôle législatif dans le processus politique.
Le Congrès devient alors un acteur clé. Si les parlementaires s'alignent sur l'administration, un régime tarifaire plus élevé ou prolongé devient envisageable. En cas de résistance, la politique pourrait être caduque ou nécessiter une refonte.
Cette structure temporelle peut également influencer les négociations avec les partenaires commerciaux. L'administration peut tirer parti de ce délai pour accélérer les discussions, en arguant que l'absence de concessions pourrait entraîner une hausse des droits de douane avant l'expiration du délai légal.
Le président Donald Trump s'exprime sur la décision de la Cour suprême concernant les droits de douane lors d'un point de presse, le 20 février 2026, à la Maison Blanche à Washington D.C. (Lenin Nolly/Associated Press)
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Etats-Unis : de nouveaux droits de douane à l'importation, Trump reconstruit son programme commercial








