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ANALYSE

Barack Obama en Afrique : Des leçons de morale en terre inconnue


Alwihda Info | Par Claude Dinard Vimont - 31 Juillet 2015

L’Afrique est devenue depuis un moment, une espèce de zone d’expérimentation de la fougue oratoire des dirigeants occidentaux. Lors de sa dernière visite en Afrique (Kenya et Ethiopie), le président américain, Barack Obama s’est érigé en véritable donneur de leçons de démocratie aux chefs d’Etats africains. Pourtant, à l’heure où il s’apprête à quitter la Maison blanche, le président américain ne peut pas se venter d’avoir eu la meilleure politique africaine que ses prédécesseurs.


Au cours d’un débat organisé sur la télévision française, France 24 sur la migration en Europe, le 30 juillet 2015, Yaya Dialo, membre du parti socialiste français, l’un des participants, disait : « Ceux que l’occident appelle dictateurs en Afrique sont des empêcheurs du désordre ». Il est certain que les moralisateurs de l’Afrique et fossoyeurs de la paix sur le continent n’ont pas conscience de cette réalité africaine.

Ainsi, le discours de Barack Obama à l’Union Africaine, le 28 juillet dernier s’inscrit dans ce sillage avec ceci de particulier que le président américain marche, sans l’effacer, sur une page toute récente de l’histoire africaine écrite avec du sang des Africains en Libye, en Tunisie et en Egypte.

Tous ces pays sont aujourd’hui devenus des mouroirs, des abattoirs d’humains ouverts par l’Amérique d’Obama, la France de Sarkozy et l’Angleterre de Cameron courant ce troisième millénaire, au motif que les chefs de ces Etats étaient des ‘’dictateurs’’. Ces pays occidentaux ont embarqué l’ONU et l’OTAN dans une guerre destinée à éliminer Kadhafi, mais ils n’arrivent pas assurer le service après vente.

Si le chaos actuel dans ces trois pays africains, ne leur profitait pas, ils n’allaient pas poursuivre leur croisade déstabilisatrice contre l’Afrique, puisque ce continent trop fort et plus stable ne peut plaire à l’occident.

Autre particularité de ce discours, Barack Obama est à la fin de son second mandat à la tête des USA. Or, pendant ses deux mandats, la «politique africaine de Brack Obama est globalement ‘’décevante’’», estime Nicolas Van de Walle, professeur au département des sciences politiques à l’université américaine de Cornell. «Obama a plutôt cherché à éviter l’Afrique», soutient-il. Et, si en toute fin de mandat, il veut faire croire qu’il s’intéresse à l’Afrique, ce n’est pas « par amour » pour le continent de son père, mais à cause des besoins de sécurité intérieure des Etats-Unis. Quelques heures avant de s’envoler pour le Kenya, Barack Obama déclarait le 22 juillet 2015 qu’il travaillait «durement pour que (les) relations avec l'Afrique atteignent une nouvelle dimension» (Cf.geopolis.francetvinfo.fr).

Mais, « C’est trop peu, trop tard », estime déjà Thomas Kwasi Tieku de l’université de Western Ontario, auteur d’un livre sur Obama et l’Afrique (US-Africa Relationships in the Age of Obama, Cornell University, non traduit, 2012), à propos de cet ultime voyage africain, en regrettant que le président Obama n’ait « rien fait de plus, fondamentalement, que Bill Clinton et George Bush » cité par lemonde.fr du 24 juillet 2015.

Ce site a en effet publié un article « Barack Obama et l’Afrique, histoire d’une déception », dans lequel il ressort que la politique africaine d’Obama n’a rien d’emballant. Après son élection, tout un continent a donc commencé à attendre le président Obama. « Au Ghana, éloquent, toujours, Barack Obama affirmait, devant le Parlement : « Je ne vois pas les pays et les peuples d’Afrique comme des mondes lointains. Je vois l’Afrique comme partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire de l’Amérique dans la perspective du monde que nous voulons pour nos enfants’’. Après cette envolée : rien », regrette lemonde.fr.

Il est vrai que «comme par défaut », écrit le site français, la politique américaine engagée par l’administration Obama s’est fixée avec le temps deux priorités : l’investissement et la sécurité ». D’un côté, tentative éperdue de rattraper l’avance chinoise en Afrique. De l’autre, extension d’une guerre secrète ou discrète, menée à coups de drones, de conseillers militaires et d’opérations clandestines. Pour sceller ce drôle de pacte, un sommet géant Etats-Unis-Afrique allait rassembler près de cinquante chefs d’Etat à Washington en août 2014 : il y avait trop de monde, et pas assez de temps pour des entretiens bilatéraux. Cela faisait une belle photo, mais ne créait pas de relations personnelles ».

Ainsi, la nouvelle dimension dont parle le président américain ne sera pas le fruit des leçons de morale sur un terrain dont il ignore la réalité.

Et la situation n’est guère nouvelle, parce que «la politique américaine en Afrique est toujours minée par le manque de moyens et d’intentions. L’Afrique n’est pas une priorité pour les Etats-Unis. Washington n’y a pas d’intérêts vitaux», selon Nicolas Van de Walle qui s’appuie par exemple, sur le fait que «les Américains contribuent à hauteur de 40% à la force d’intervention onusienne en RDC et ils dépensent environ un milliard par an. Ils pourraient doubler cette contribution, mais elle n’aurait toujours pas d’effet». La raison qu’il en donne est que «la politique africaine des Etats-Unis est toujours conduite par des acteurs institutionnels secondaires qui n’ont ni l’aura ni le prestige (d’un président, NDLR) pour lui permettre d’être plus ambitieuse».

On le voit bien, le discours de Brack Obama devant l’Union Africaine est une espèce d’enjoliveur destiné à emballer les politiques africains qui fondent toujours leurs espoirs sur l’occident pour arriver au pouvoir. Le président américain tenait à « consolider son bilan africain», parce que « absorbé depuis 2009 par la récession américaine, les crises au Moyen-Orient, le terrorisme et son "pivot asiatique" », explique Voice of America.

Face à ce bilan peu reluisant de la politique africaine de Barack Obama, en particulier et américaine en général, le discours qu’a tenu le président américain à l’Union africaine semble ne reposer sur rien. La répétition des leçons de morale d’Obama sonne comme une chanson qui emballe les jeunes et le politiciens naïfs, mais qui, au fond cache une coopération Etats-Unis – Afrique qui ne veut pas quitter le stade des relations entre dominant et dominé. Au passage, il ventile des antivaleurs, se réfugiant derrière les droits de l’Homme comme si la volonté individuelle doit devenir un droit collectif. Aux Africains de comprendre que ce temps est passé !