Vue d'ensemble de la salle lors de la réunion publique avec la société civile, à l'occasion de la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW70). Photo : ONU Photo/Eskinder Debebe
Réunissant deux chefs d'État, une vice-présidente, cinq vice-Premières ministres et 75 ministres, ainsi que plus de 4 600 représentants de la société civile et 255 événements parallèles, l'ampleur de la mobilisation a souligné l'urgence de la situation et le consensus mondial.
Au cœur de ses résultats figurent des conclusions communes historiques qui placent résolument l'accès des femmes et des filles à la justice, au centre du cadre mondial pour l'égalité des sexes.
La justice comme fondement, et non comme aboutissement
La directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous, a clairement exprimé les enjeux : « L’égalité des sexes et les droits des femmes sont les fondements sur lesquels reposent nos ambitions de paix, de sécurité, de prospérité économique et de développement durable. Sans leur égalité d’accès à la justice, nos nations ne pourront progresser. »
Son intervention a dépassé le stade de la simple rhétorique, proposant une orientation politique concrète aux gouvernements : réviser les lois discriminatoires, renforcer la lutte contre les violences et garantir l’accès universel à l’aide juridique. Surtout, les conclusions ont marqué une étape importante en reconnaissant officiellement le rôle essentiel des agents de justice communautaire et des assistants juridiques, tout en intégrant au débat sur la justice des groupes longtemps négligés, tels que les femmes détenues.
Pourtant, Mme Bahous a également souligné l'inégalité de la répartition géographique des injustices. De l'Afghanistan à Gaza, du Soudan à la Somalie, les femmes en situation de crise continuent de supporter des coûts disproportionnés, renforçant ainsi la nécessité de systèmes judiciaires non seulement accessibles, mais aussi résilients face aux pressions.
La présidente de la CSW70, Maritza Chan Valverde, a résumé avec précision la thèse centrale de la session : « L'accès à la justice est la solution. Le mécanisme qui transforme un droit en recours. »
Son analyse a permis de dépasser l'abstraction qui caractérise souvent les résultats multilatéraux. Le problème n'est pas l'existence des droits, mais leur applicabilité. Les tribunaux restent inaccessibles à de nombreuses femmes. Les recours juridiques arrivent trop tard, voire pas du tout. Le fossé entre le droit et la réalité demeure immense.
« Ce qui a été convenu ici doit parvenir aux femmes auxquelles il est destiné », a-t-elle souligné. « Le chemin entre le droit et la vie est long. »
Un terrain multilatéral plus complexe
Au-delà du consensus, la CSW70 a également été marquée par des frictions révélant des mutations profondes au sein du système multilatéral. Une proposition controversée des États-Unis visant à redéfinir le terme « genre » dans le cadre des Nations Unies a déclenché une impasse procédurale et politique.
Sous l'impulsion de la Belgique, au nom de l'Union européenne, une motion de non-action a été déposée avec succès, bloquant ainsi la résolution. Cette initiative, soutenue par une coalition d'États membres, dont le Brésil, reflétait à la fois un désaccord de fond et une résistance procédurale à l'établissement de normes de dernière minute sans négociation.
Les implications sont importantes. Le débat ne se limite plus aux résultats politiques, mais s'étend aux règles d'engagement elles-mêmes. L'intégrité des cadres précédemment convenus, notamment le Programme d'action de Beijing, est désormais un enjeu géopolitique majeur.
La société civile et les organisations syndicales, en particulier par le biais du plaidoyer de l'Internationale des services publics (ISP), ont joué un rôle déterminant dans ce résultat, renforçant l'influence croissante des acteurs non étatiques dans les processus multilatéraux.
Renouvellement institutionnel et transformations structurelles
La CSW70 a également marqué la première session suivant l'adoption d'un cadre de revitalisation sous l'égide de l'ECOSOC. Les changements n'ont pas été superficiels. Les conclusions communes ont été condensées en 10 pages, ce qui a permis d'en accroître la clarté et la pertinence. Plus important encore, de nouveaux formats ont été introduits : une audition multipartite, un forum de haut niveau sur la violence à l'égard des femmes et une table ronde ministérielle sur les femmes âgées.
Ces ajouts ont permis d'élargir la participation et d'approfondir les politiques, garantissant ainsi que l'ordre du jour ne soit pas seulement négocié au sommet, mais également éclairé par une réflexion menée à tous les niveaux.
Éducation, législation et position stratégique de l’Afrique
L’écosystème politique africain a apporté une contribution notable. Le Centre international de l’Union africaine pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique, en collaboration avec le Forum des éducatrices africaines, a organisé un événement parallèle de haut niveau consacré à la réforme législative de l’éducation des filles.
S’appuyant sur des cadres tels que l’Agenda 2063, les discussions ont souligné que la justice en matière d’éducation ne se limite pas à l’accès, mais englobe également la sécurité, l’équité et la représentation. L’harmonisation législative, l’élimination des lois discriminatoires et un financement durable sont apparus comme des leviers prioritaires.
Comme l’a souligné Gaspard Banyankimbona : « En mobilisant l’éducation des filles, nous réinventons et reconstruisons les communautés. » Ceci rejoint pleinement la thèse plus large de la CSW70 : la justice est systémique. Elle doit être intégrée à l’ensemble des institutions et ne pas se limiter aux tribunaux.
Perspectives d'avenir : de la CSW70 à la CSW71
À l'approche de 2030, la Commission a lancé un constat alarmant : aucun indicateur de l'Objectif de développement durable n° 5 n'a été pleinement atteint. La CSW71 devrait recentrer les efforts sur une évaluation globale de l'égalité des sexes dans l'ensemble des ODD, renforçant ainsi l'importance de leur mise en œuvre.
Le message final de Mme Bahous a bien résumé la double réalité du moment : des progrès sont visibles, mais fragiles ; des engagements forts, mais insuffisants sans actions concrètes.
Au cœur de ses résultats figurent des conclusions communes historiques qui placent résolument l'accès des femmes et des filles à la justice, au centre du cadre mondial pour l'égalité des sexes.
La justice comme fondement, et non comme aboutissement
La directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous, a clairement exprimé les enjeux : « L’égalité des sexes et les droits des femmes sont les fondements sur lesquels reposent nos ambitions de paix, de sécurité, de prospérité économique et de développement durable. Sans leur égalité d’accès à la justice, nos nations ne pourront progresser. »
Son intervention a dépassé le stade de la simple rhétorique, proposant une orientation politique concrète aux gouvernements : réviser les lois discriminatoires, renforcer la lutte contre les violences et garantir l’accès universel à l’aide juridique. Surtout, les conclusions ont marqué une étape importante en reconnaissant officiellement le rôle essentiel des agents de justice communautaire et des assistants juridiques, tout en intégrant au débat sur la justice des groupes longtemps négligés, tels que les femmes détenues.
Pourtant, Mme Bahous a également souligné l'inégalité de la répartition géographique des injustices. De l'Afghanistan à Gaza, du Soudan à la Somalie, les femmes en situation de crise continuent de supporter des coûts disproportionnés, renforçant ainsi la nécessité de systèmes judiciaires non seulement accessibles, mais aussi résilients face aux pressions.
La présidente de la CSW70, Maritza Chan Valverde, a résumé avec précision la thèse centrale de la session : « L'accès à la justice est la solution. Le mécanisme qui transforme un droit en recours. »
Son analyse a permis de dépasser l'abstraction qui caractérise souvent les résultats multilatéraux. Le problème n'est pas l'existence des droits, mais leur applicabilité. Les tribunaux restent inaccessibles à de nombreuses femmes. Les recours juridiques arrivent trop tard, voire pas du tout. Le fossé entre le droit et la réalité demeure immense.
« Ce qui a été convenu ici doit parvenir aux femmes auxquelles il est destiné », a-t-elle souligné. « Le chemin entre le droit et la vie est long. »
Un terrain multilatéral plus complexe
Au-delà du consensus, la CSW70 a également été marquée par des frictions révélant des mutations profondes au sein du système multilatéral. Une proposition controversée des États-Unis visant à redéfinir le terme « genre » dans le cadre des Nations Unies a déclenché une impasse procédurale et politique.
Sous l'impulsion de la Belgique, au nom de l'Union européenne, une motion de non-action a été déposée avec succès, bloquant ainsi la résolution. Cette initiative, soutenue par une coalition d'États membres, dont le Brésil, reflétait à la fois un désaccord de fond et une résistance procédurale à l'établissement de normes de dernière minute sans négociation.
Les implications sont importantes. Le débat ne se limite plus aux résultats politiques, mais s'étend aux règles d'engagement elles-mêmes. L'intégrité des cadres précédemment convenus, notamment le Programme d'action de Beijing, est désormais un enjeu géopolitique majeur.
La société civile et les organisations syndicales, en particulier par le biais du plaidoyer de l'Internationale des services publics (ISP), ont joué un rôle déterminant dans ce résultat, renforçant l'influence croissante des acteurs non étatiques dans les processus multilatéraux.
Renouvellement institutionnel et transformations structurelles
La CSW70 a également marqué la première session suivant l'adoption d'un cadre de revitalisation sous l'égide de l'ECOSOC. Les changements n'ont pas été superficiels. Les conclusions communes ont été condensées en 10 pages, ce qui a permis d'en accroître la clarté et la pertinence. Plus important encore, de nouveaux formats ont été introduits : une audition multipartite, un forum de haut niveau sur la violence à l'égard des femmes et une table ronde ministérielle sur les femmes âgées.
Ces ajouts ont permis d'élargir la participation et d'approfondir les politiques, garantissant ainsi que l'ordre du jour ne soit pas seulement négocié au sommet, mais également éclairé par une réflexion menée à tous les niveaux.
Éducation, législation et position stratégique de l’Afrique
L’écosystème politique africain a apporté une contribution notable. Le Centre international de l’Union africaine pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique, en collaboration avec le Forum des éducatrices africaines, a organisé un événement parallèle de haut niveau consacré à la réforme législative de l’éducation des filles.
S’appuyant sur des cadres tels que l’Agenda 2063, les discussions ont souligné que la justice en matière d’éducation ne se limite pas à l’accès, mais englobe également la sécurité, l’équité et la représentation. L’harmonisation législative, l’élimination des lois discriminatoires et un financement durable sont apparus comme des leviers prioritaires.
Comme l’a souligné Gaspard Banyankimbona : « En mobilisant l’éducation des filles, nous réinventons et reconstruisons les communautés. » Ceci rejoint pleinement la thèse plus large de la CSW70 : la justice est systémique. Elle doit être intégrée à l’ensemble des institutions et ne pas se limiter aux tribunaux.
Perspectives d'avenir : de la CSW70 à la CSW71
À l'approche de 2030, la Commission a lancé un constat alarmant : aucun indicateur de l'Objectif de développement durable n° 5 n'a été pleinement atteint. La CSW71 devrait recentrer les efforts sur une évaluation globale de l'égalité des sexes dans l'ensemble des ODD, renforçant ainsi l'importance de leur mise en œuvre.
Le message final de Mme Bahous a bien résumé la double réalité du moment : des progrès sont visibles, mais fragiles ; des engagements forts, mais insuffisants sans actions concrètes.
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Bilan de la CSW70 : des engagements mondiaux à la justice pour les femmes et les filles









