Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
AFRIQUE

Cameroun/Cyprien Bamzok Ntol: « Nous attendons l’appui des pouvoirs publics »


Alwihda Info | Par - 29 Juin 2019 modifié le 29 Juin 2019 - 20:28

Au Cameroun, l’Est est l’une des régions qui regorgent de nombreuses ressources naturelles. Malheureusement, elles ne contribuent pas suffisamment à l’amélioration des revenus des habitants qui souffrent du manque d’outils d’accompagnement agricole, au moment où la réponse des pouvoirs publics tarde à se concrétiser sur le terrain. C’est pour y apporter une tentative de réponse qu’une élite, inspirée du discours du chef de l’Etat Paul Biya le 10 février 2016 à la jeunesse camerounaise, a jugé utile de mettre en place un ensemble de mécanismes pouvant concourir à la promotion du développement agropastoral et piscicoles : le Complexe Intégré Agropastoral et Piscicole de Djoandjila (CIAP) située à Lomié. Son promoteur, Cyprien Bamzok Ntol a bien voulu se confier à Alwihdainfo.


Cameroun/Cyprien Bamzok Ntol: « Nous attendons l’appui des pouvoirs publics »
Quelles sont les motivations qui ont milité en faveur de la mise en place de votre complexe ?
D’abord, je suis ingénieur agronome et j’ai appris à faire l’agriculture et à la faire aimer. A ce titre, parmi les fonctions que j’ai occupées au sein du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, deux m’ont marqué, celui de délégué provincial de l’Agriculture de l’Est et de chef de la division de l’enseignement et de la formation agricole, coopératives et communautaires. En qualité de délégué provincial, j’avais effectué une tournée à travers tous les arrondissements pour poser le diagnostic du développement agricole. Au terme de cette tournée, mes collaborateurs et moi avions identifié et formulé un ensemble de projets pouvant contribuer à rehausser la production agricole et ainsi que le développement agricole en milieu rurale. Cet ensemble de projets aurait constitué le socle pour la mise en place sollicitée d’un programme ou une société de développement agricole dans la région de l’Est à l’instar du MIDENO dans le Nord-Ouest, la SOWEDA dans le Sud-Ouest, la SODECOTON dans le Nord etc. Malheureusement, jusqu’à ce jour, notre région ne dispose pas de cet outil important d’accompagnement des agriculteurs. J’espère qu’il pourrait en être autrement dans le cadre de la régionalisation en cours d’accélération.

Comment votre complexe est-il structuré ?
Il est composé de plusieurs unités opérationnelles et certaines en cours de mise en place. Parmi celles opérationnelles, il y a d’abord : la chapelle Saint Pierre et Paul de BapiléDjoandjila. Comme vous le savez en toute chose, il faut mettre Dieu en avant, c’est lui qui nous guide et nous travaillons à sa gloire. C’est dans cet esprit que la première réalisation du CIAP-Djoandjila a été de reconstruire une chapelle pour rendre grâce à Dieu. Elle a été consacrée le 1er juillet 2017 par Monseigneur Ian Osca, évêque de Doume-Abong-Mbang. En ce qui concerne la promotion du développement agricole dans la zone du projet, il y a : une unité de production du matériel végétal de qualité, elle produit des plants de cacaoyer, des plants de palmier à huile, des rejets de bananier plantain ; des unités de promotion de la pisciculture et de l’élevage des porcs ; au niveau de l’antenne de Messok, une unité de promotion de la culture, transformation et commercialisation du cacao (UTCAO).
En phase de mise en route, il y aura avant la fin d’année 2019, le centre Saint Cyprien de formation agropastorale, piscicole et de développement du « Green Tourism » de Djoandjila. La pose de la première pierre a eu lieu le 1er juillet 2017 par Mgr IAN Osca en présence de Mme le ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture et du Développement rural. A côté de toutes ces unités, gravitent trois grands blocs d’espaces cultivés où on retrouve des arbres fruitiers, du cacao, palmier à huile, ananas, cultures vivrières. Dans chaque unité, il y a des personnels responsables, coiffée par un coordonnateur général et moi j’assume l’administrateur du CIAPDjoandjila.

Peut-on avoir une idée sur quelques actions déjà menées ?
Au niveau de l’unité de production du matériel végétal, plus de 150 000 plants de cacao, environ 5000 noix préformées de palmiers à huile mis en sachets, 10000 rejets de plants de bananier plantain, les plants de cacaoyer et de bananier plantain, ont été distribués aux producteurs. Il est à apprécier à sa juste valeur, l’expertise du Ciap-Djoandjila qui accompagne le maire de la commune de Mindourou à la production de près de 150 000 plants de cacaoyer.
Au niveau de l’unité de promotion de la pisciculture, après la construction d’une digue d’eau sur le filon d’eau permanent appelé Edjé, 28 bassins de 225 m² chacun ont été confectionnés en aval, 10 sont déjà opérationnels. Les jeunes s’initient déjà à la construction d’étangs piscicoles et s’exaltent devant les merveilles de l’aquaculture. Il est prévu à court terme, la mise en place d’une écloserie pour la production d’alevins. Un projet de demande d’accompagnement et d’appui a été soumis au ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales et au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. Nous pensons que si nous obtenons les appuis sollicités, il nous sera possible d’installer d’ici 2035, 254 pisciculteurs qui pourront produire annuellement près de 65 tonnes de poisson.
L’unité de promotion de l’élevage des porcs a été lancée en juillet 2017. A ce jour, malheureusement, les porcelets sont davantage vendus à Yaoundé. Les populations éprouvent des difficultés pour l’élevage des porcs en claustration. D’abord, parce qu’une infrastructure est indispensable et la question d’approvisionnement en provende est difficile à résoudre. Toutefois, il y a une élite locale qui envisage nous emboiter le pas à brève échéance, sa commande en porcelets est déjà disponible. Quant à l’unité de promotion de la culture, transformation et commercialisation du cacao (UTCAO), elle est basée à Messok. En matière de promotion de la culture du cacao, près de 50 000 plants de cacaoyers ont été produits et distribués, des protocoles d’accord pour la fourniture des produits phytosanitaires pour le traitement du verger cacao ont été passés depuis 2018. Avec la coopérative avec conseil d’administration des cacaoculteurs de l’arrondissement de Messok. Elle est constituée de près de 145 planteurs pour une superficie globale cultivée de 675 hectares. L’an dernier, le protocole d’accord a porté sur une fourniture des produits phytosanitaires d’une valeur de 1 500 000 FCFA et cette année, nous sommes passés à trois millions de FCFA, ce qui ne représente que 50% des besoins exprimés par les populations.

Qu’est-ce qui vous aurait motivé pour la mise en place du Centre Saint Cyprien de formation agropastorale, piscicole et de développement du « Green Tourism » ?
Je vous disais tantôt qu’au moment où l’une des régions camerounaises qui regorgent un maximum des ressources naturelles est celle de l’Est, elles ne contribuent pas suffisamment à l’amélioration des revenus des habitants qui souffrent du manque d’outils d’accompagnement agricole. Et la réponse des pouvoirs publics tarde à se concrétiser sur le terrain. C’est pour y apporter une tentative de réponse qu’une élite inspirée du discours du chef de l’Etat Paul Biya le 10 février 2016 à la jeunesse camerounaise, a jugé utile de mettre en place un ensemble de mécanismes pouvant concourir à la promotion du développement agropastoral et piscicoles : le Complexe Intégré Agropastoral et Piscicole de Djoandjila (CIAP) située à Lomié. J’ai estimé qu’il fallait offrir aux jeunes intéressés, et surtout en déperdition scolaire, ce qui est très fréquent et évident du fait du manque d’instituteurs et du relâchement de la couverture de l’enseignement primaire, une chance, les encourager comme le dit le chef de l’Etat au travail de la terre. D’où la mise en place du centre Saint Cyprien de Formation Agropastorale et Piscicole et de la promotion du « Green Tourism ».

Comment pourrait-il fonctionner ? D’où proviendront les ressources, les apprenants et les formateurs ?
Sa première vocation, c’est de redonner confiance à ceux qui ont des difficultés à assumer, d’où l’aspect spirituel qui y sera développé. Il va accueillir pour les périodes très courtes des jeunes intéressés par les activités développées au sein du CIAP-Djoandjila. Nous sollicitons comme outils didactiques, les projets vidéo traduits quelque fois en langue locale. Les ateliers se dérouleront dans les différentes unités de production du CIAP-Djandjila. Nous mettons l’accent sur la promotion du « Green Tourism » qui sera en sorte une manière de valoriser les savoirs locaux. La valorisation des savoirs locaux constituera une source de revenu pour le centre. En effet, il sera identifié les savoirs ancestraux dans plusieurs domaines : la santé, la guérison de divers maux, la cuisine à proposer contre rémunération aux touristes dans le centre. Il est également attendu que les collectivités territoriales décentralisées puissent apporter des subventions pour la formation des jeunes en déperdition scolaire susceptibles d’être remis dans le circuit de production, est aussi une des missions des collectivités reconnues par les lois et règlements en vigueur.

Quelles sont enfin vos attentes ?
Naturellement, nous attendons d’être accompagnés par les pouvoirs publics et de recevoir des appuis multiformes. A ce stade, nous avons déjà bénéficié d’un tracteur et quelques accessoires du ministre de l’Agriculture et du Développement rural. Les premiers alevins de clarias environ 10 000, 10 porcelets et 9 truites qui nous ont permis d’expérimenter l’aquaculture et l’élevage des porcs nous ont été octroyés par le ministre de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales. Nous sommes en pourparlers avec le ministère du Commerce pour l’achèvement de la construction d’un magasin de stockage pour l’UTCAO à Messok. Je voudrais profiter de l’occasion que vous m’offrez pour remercier le Minader et le Mincommerce pour leur sollicitude et espérer continuer à bénéficier de leur accompagnement et appui dans cette entreprise de développement des activités du Complexe Intégré Agropastoral et Piscicole de Djoandjila.