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AFRIQUE

Cameroun/Marie Robert Eloundou : « Notre soutien républicain ne plaît pas à certaines pontes du régime »


Alwihda Info | Par - 16 Août 2019 modifié le 16 Août 2019 - 20:33

Derrière la convocation de son directeur de la rédaction, Léger Ntiga, par la Police judiciaire pour avoir écrit l’ouvrage « Mgr Bala, un crime trop parfait », le directeur de publication du trihebdomadaire d’Essingan paraissant à Yaoundé, dénonce une machine de répression judiciaire qui selon lui, se met en place en réaction aux articles publiés par son journal sur la mal gouvernance judiciaire et pénitentiaire, suite aux mutineries dans les prisons de Yaoundé et de Buea il y a trois semaines.


Cameroun/Marie Robert Eloundou : « Notre soutien républicain ne plaît pas à certaines pontes du régime »
Quelle est votre réaction suite à l’audition de votre collaborateur, le directeur de rédaction du journal Essingan, par la Police judiciaire mercredi dernier ?
Vous comprenez bien que je suis soulagé, tout comme l’ensemble du personnel d’Essingan d’ailleurs, pour avoir vu Léger Ntiga nous revenir libre. Il faut dire que j’étais sérieusement inquiet pour avoir été personnellement victime d’un enlèvement brutal par les services de sécurité il y a quelques années. Léger Ntiga est un journaliste gênant dans l’exercice de son métier, tout comme le journal Essingan, pour certaines officines mafieuses et oligarques tapis au cœur du pouvoir. Dans un pays où on a vu un ministre en fonction jeté en prison sans ménagement il faut craindre. Je suis en face d’un acte qui pourrait avoir un lien avec le projet de bâillonnement d’Essingan.

L’audition a duré 15 minutes et le journaliste a plutôt été invité à aider la police judiciaire engagée dans la poursuite de l’enquête sur la mort suspecte de Mgr Benoît Bala. N’est-ce pas suffisant pour être rassuré et rester serein ?
Cet ouvrage est digne d’intérêt reconnaissons-le, il est même un succès de librairie, on ne le dira jamais assez. Cependant, le fait que la convocation de son auteur par la police judiciaire survienne quatre mois après sa parution est une grosse curiosité qu’il faut explorer. Et surtout au lendemain de certains faits d’actualité ayant vu le même journaliste faire de nombreuses révélations à travers une série d’enquêtes dans Essingan mettant à nu la mal gouvernance judiciaire et pénitentiaire dans notre pays. Vous comprenez qu’il n’y a pas lieu de dormir d’un sommeil profond. C’est un rouleau compresseur mis en place pour la traque ciblée d’Essingan.

Pourquoi soupçonnez-vous forcement une main noire visant à museler, autant le journaliste qu’Essingan, derrière cette affaire ?
Je viens pourtant de vous édifier. L’affaire exhale une forte odeur d’une manœuvre d’instrumentalisation de la machine judiciaire afin de régler des comptes tant au journaliste qu’à son employeur, le journal Essingan, qu’on ne saurait taire. Il faut le dénoncer avant que ces puissants ne nous réduisent au silence comme ça semble se dessiner. Le journaliste a fait un travail professionnel sous sa casquette d’écrivain. Un ouvrage qui contient des révélations assez troublantes sur la gestion supposée peu catholique dans l’optique d’occulter la vérité sur l’affaire Bala par certains acteurs publics dont la plupart, très influents, sont encore en fonction et occupent les mêmes postes.
Et tout récemment, le même journaliste par un coup de hasard a été l’auteur de la série d’enquêtes mettant en cause la gestion de notre système judiciaire et pénitentiaire que notre journal a publié suite aux mutineries dans les prisons de Kondengui et de Buea. La tentation peut être très forte chez d’aucuns de le réduire au silence, y compris notre journal et son directeur de publication que je suis.

N’est-il pas incongru de croire qu’un journal ayant une ligne éditoriale citoyenne, qui soutient les institutions de la République en premier lieu le président Paul Biya, devienne la cible du pouvoir ?
Certains tenants du pouvoir nourrissent pourtant de sombres desseins contre nous. Notre œuvre de soutien républicain au président de la République et notre engagement ferme contre les entrepreneurs de la déstabilisation du Cameroun ne sont pas pour plaire, et chose curieuse, à certaines pontes du camp présidentiel. Il s’est justement développé un viscéral acharnement contre Essingan dont l’une des manifestations est l’exclusion du journal par certains ministres parmi les publications bénéficiaires des messages publicitaires de leurs départements. A côté de notre asphyxie économique déjà manifeste, les manœuvres actuelles renforcent simplement un rouleau compresseur déjà en place.
(Avec le journal ESSINGAN)