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AFRIQUE

Cameroun : Une lettre ouverte au ministre de la Santé publique


Alwihda Info | Par - 1 Avril 2019 modifié le 1 Avril 2019 - 19:49

Après le grave incident qui a coûté la vie au jeune Bello, élève dans un lycée de Douala, poignardé par son camarade, au terme d'une dispute autour du téléphone, la romancière camerounaise, Marthe Cécile Micca, professionnelle de la santé résidant en Suisse, interpelle le ministre de la Santé publique de son pays, Malachie Manaouda.


Marthe Cécile Micca:"La médecine est une activité noble, essentielle, supérieure de notre humaine raison".
Marthe Cécile Micca:"La médecine est une activité noble, essentielle, supérieure de notre humaine raison".
"Excellence Monsieur le Ministre de la Santé publique,

Je n’ai pas la voix autorisée pour m’adresser à vous directement, dans le corps de fonctionnaires que vous avez la haute mission de présider, permettez-moi de vous écrire ici parce que j’espère au bout de compte, vous lirez ou un de vos collaborateurs vous rapportera la quintessence de ma lettre.
Je crois en tant que Camerounaise de la diaspora, faire partie de ceux-là que vous dirigez, parce que je suis une professionnelle qui travaille dans le secteur de la santé, même si je ne suis pas sur votre ordre directement. Je crois que mes implications à travers mon association s’évertuent à apporter souvent aux nécessiteux quelques médicaments lorsque je visite le Cameroun. C’est dire que je comprends très bien ce qui se passe en ce moment au Cameroun.
C’est mon métier, la santé, ce métier je ne l’ai pas abordé par accident, mais par vocation. Je vous écris, ceci fait suite à la vidéo qui circule au sujet du jeune patient le nommé Bello, cette vidéo choque et interpelle tout homme doté d’un bon sens. Après m’être suffisamment informé sur ce cas, une situation comme celle-là demande qu’on s’y penche. Il faut d’abord noter que ce garçon est fils unique à ses parents. La vidéo qui circule à son sujet n’honore pas notre pays le Cameroun. Moi je vis en Suisse, mais cette vidéo m’a été envoyée depuis les Etats-Unis… Vous vous imaginez…Vous voyez à quelle vitesse les informations circulent. Je souhaite vivement qu’il vous soit possible de régler favorablement cette situation. Contrairement aux insinuations de certaines personnes animées par la mauvaise foi, je sais que vous avez, depuis que vous êtes à la tête de ce ministère, pris des décisions importantes qui ont transformé positivement l’univers de la santé au Cameroun.
Excellence, voyez-vous dans notre système, les sens de la responsabilité et de l’éthique n'ont pas été suffisamment inculqués ; il manque l’éthique dans notre corps médical fidèle à l’enseignement d’Hippocrate. Cette vidéo montre un malade qu’on masse de façon banale, une façon de masser qui révolte tout professionnel de la santé. Comment peut-on s’exercer de cette façon ?
Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, je vous prie de veiller à ce que la dignité humaine soit respectée. Les Camerounais attendent beaucoup de vous, ils vous en demanderont toujours. La médecine est une activité noble, essentielle, supérieure de notre humaine raison. Elle implique, elle sous-tend la quête commune d’une certaine attention. Je ne verse pas dans une sorte de moralisme, parce que cet exercice est difficile, rigoureux et complet, mais on s’en veut d’insister sur le principe de justice qui exige que les patients soient traités avec équité et humanité dans le respect des règles de l'art. Un massage cardiaque ne se fait t- il pas sur un plan dur ? Cela est-il vrai dans un contexte et pas dans un autre ? Où est passé le principe de la non malfaisance? Qu'est-ce qui peut justifier les attitudes voyeuristes qui amènent toute une équipe médiale à se mettre à filmer un patient agonisant, plutôt que de se déployer dans la prise en charge de celui-ci, surtout face à un cas d'une urgence vitale? Au Cameroun, les patients n'ont-ils pas droit au respect de leur dignité?
La sécurité des patients dans un service hospitalier devrait être essentielle dans le cadre de la qualité des soins. Prend-on en compte ici de la démarche consistant à intégrer la gestion des risques ? Le patient a-t-il été suffisamment protégé? Et la survenance de facteurs indésirables parasitant les soins n'a pas été contrecarrée dans cette vidéo où l'on peut clairement identifier des risques suivants : hygiène aléatoire, mauvais réflexes professionnels. Dans le détail, on décèle des risques liés aux activités dites de soutien, c'est-à-dire les moyens mis en œuvre pour effectuer les soins (logistique, équipements.. exemple le jeune patient se fait masser sur un lit ressort...). Et enfin des risques en lien avec l'environnement hospitalier.
Je vous invite Excellence, si vous le pouvez, à consacrer quelques minutes pour regarder cette vidéo. Je me demande où est passé le sens de la responsabilité en tant que professionnelle. C'est assez grave, la démarche de gestion des risques est pluri-professionnelle et je n'explique pas que toutes les personnes qui étaient dans cette pièce soient davantage préoccupées à filmer que de s'occuper du patient, c'est décevant. Une telle équipe devrait être interpellée afin que cela serve de leçon à tous nos travailleurs de la santé.
La prise en charge de ce patient n'a pas été faite de manière optimale, c'est une honte, des soignants qui se retrouvent dans un service avec leurs téléphones dans les blouses, je trouve tout ça dévalorisant pour notre profession. Aucun processus de réflexion relevant de l'éthique soignante, qu'avons-nous fait du principe de la bienfaisance en tant que soignant. Je suis choquée à la vue d'une telle vidéo. Pourquoi ne pouvons-nous pas mêler nos valeurs personnelles aux valeurs de notre profession et à la morale, la loi, la déontologie dans un contexte de soins aussi délicat. Est-ce que notre personnel soignant mesure l'impact de son défaut de professionnalisme? Quand nous savons que la diffusion maladroite de cette vidéo sur l'espace cybernétique amplifie le choc émotionnel de la famille. Nous ne pouvons pas nous taire face à ce genre de désagrément. Aucun sens de la responsabilité institutionnelle, de la responsabilité morale et même de la responsabilité dans le soin. La dignité humaine de nos patients n'est pas respectée si rien n'est fait, de pareils actes vont continuer.
Très Respectueusement..."