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AFRIQUE

Centrafrique : Alindao, de nouveau dans les affres de la violence, une trentaine de morts


Alwihda Info | Par Michal MAMADOU - 11 Janvier 2020

ALINDAO [LNC] – Nul n’aura oublié en novembre 2018 l’émotion suscitée par les massacres dans cette ville martyre, plus de 80 morts dans le camp de déplacés de la ville, des chiffres d’une longue série, à tel point que trois jours de deuil national furent décrétés.


Centrafrique : Alindao, de nouveau dans les affres de la violence, une trentaine de morts
A Alindao (Basse-Kotto), c’est le groupe armé, n’étant, en principe plus rebelle, puisque signataire de l’Accord de Khartoum, l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC) de DARASSA qui depuis que les Anti-Balaka s’y font plus discrets, exerce son hégémonie dictatoriale, nonobstant la présence des forces internationales; et depuis peu d’un détachement des forces armées centrafricaines les FACA. L’ensemble encadrant deux camps de réfugiés : celui de l’Eglise Elim, et celui des déplacés peulhs. Plus deux autres aux alentours de la ville.

Des alentours que les groupes armés ont transformé sur 20 à 30 km en villages fantômes. Les maisons ont été désertées, pillées et brûlées.

VIOLENTS ACCROCHAGES

Avant hier Jeudi, les combats entre les belligérants auraient démarré en fin de matinée vers 11 heures. Forces armées centrafricaines (FACA) d’un côté et combattants rebelles de l’UPC de l’autre.

Causes des affrontements, non encore clairement explicite. Toutefois, selon des sources religieuses, tout aurait commencé par une dispute entre deux soldats et des miliciens UPC, pour un motif toujours inconnue.

Premier accrochage dès lors, un FACA y perdra la vie.

D’un témoin : « C’est quand les militaires sont venus pour récupérer le corps que les choses ont dégénérées. »

Embrasement général par la suite. Des combats farouches qui dureront des heures. Et dans la confusion et des nouvelles contradictoires, il était jeudi soir encore impossible de dresser un début de bilan. Si ce n’est par anticipation de nombreux morts et blessés à craindre.

MAIS DE SOURCE LOCALE….

Les FACA dans une offensive pour contrer les UPC se seraient heurtés aux casques bleus, népalais et gabonais qui les auraient bloqués et repoussés des théâtres des combats.

Bilan, les miliciens UPC en auraient profité pour de nouveau investir les lieux, et mettre le feu à deux sites de réfugiés. Occasionnant la débandade de plusieurs centaines de réfugiés, déjà habituellement très fragilisés.

Commentaire d’un habitant témoin des scènes : « Nous n’avons pas compris les agissements de ces Minusca. Ils ont empêché nos FACA de faire correctement leur travail. »

A Bangui, la MINUSCA dément toutes ces allégations.

A l’heure actuelle, le bilan provisoire des affrontements fait état de 3 soldats FACA tués, et d’une trentaine de miliciens UPC morts.

LES DÉPLACÉS PRIS ENTRE DEUX FEUX

Le rapport de Fabrice BIKOUO et Vermont SERE AKA de CARITAS ALINDAO :

« la ville d’Alindao a été le théâtre de violents affrontements entre les éléments de l’UPC et les forces de l’armée centrafricaine (FACA). Le bilan fait état du pillage et de l’incendie du bloc 2 du site des PDIs AFAPS et une partie du site des PDIs d’ELIM.

A l’heure actuelle, certaines PDIs (NDLR : Personnes déplacées internes) du site AFAPS ont trouvé refuge à l’hôpital d’Alindao et dans certaines familles d’accueil. Par contre, le site catholique accueille depuis hier certaines PDIs du site ELIM.

Prises de panique, certaines PDIs du site catholique gardant encore les séquelles du drame de 15 novembre 2018 fuient vers le village Datoko (7 km d’Alindao).

Par ailleurs, les éléments de l’UPC continuent leur conquête de territoire dans la sous-préfecture de Mingala.

Après la conquête et l’occupation des villages de Kollo, Kabou 3, Zounguinza, et Drochengba, le village de Morouba (Mangadja) vient de tomber sous leur contrôle. Une situation qui crée d’énormes besoins humanitaires mais qui en même temps, prive les populations de ladite localité de l’accès à une quelconque assistance humanitaire vue l’éloignement et l’isolement de la zone. Affaire à suivre…. »

Deux FACA tués, de lourdes pertes côté UPC. Plusieurs blessés, deux sites de déplacés incendiés. Des centaines de personnes déplacées dans la base de la MINUSCA vivent dans des conditions précaires. »

Côté MINUSCA, la déclaration de son porte parole Vladimir Monteiro sur Radio Ndeke Luka :

« Suite à ces échanges de tirs, quelques maisons de déplacés ont pris feu, une centaine se sont regroupés dans notre position. Mais surtout, notre intervention a permis de faire cesser ces tirs. Nos casques bleus népalais et gabonais se sont répartis pour renforcer les patrouilles dans la zone. Parallèlement à cette intervention militaire, une délégation de membres du mécanisme de coordination et de sécurité a rencontré les deux parties pour qu’elles cessent les hostilités. Et la situation s’est calmée en fin de matinée. La ville est calme même s’il y a une certaine psychose. Nous avons renvoyé des renforts de Bambari pour consolider notre présence. »

LES ILLUSIONS D’UN ACCORD DE PAIX

L’UPC d’Ali DARASSA fut comme 13 autres groupes armés, signataire de l’Accord de paix de Khartoum. Ce qui en principe lui donnait obligation d’en respecter le contenu. Cet épisode de violence, un parmi d’autres, confirme une fois de plus qu’en Centrafrique, comme disait Bozizé parlant de la Constitution qu’il prenait plaisir à piétiner : « Le papier des blancs ne sert à rien. »

Conséquence, passe encore qu’à Bangui le gouvernement, sous apnée de l’aide internationale se cache derrière ce cache sexe dit « Accord de paix » pour se donner de la contenance. Mais que la communauté internationale, éternelle soutien de ce pays failli, persiste toujours dans son entêtement à cautionner une plaisanterie, c’est complètement incompréhensible.

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