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ANALYSE

Centrafrique : soutenue comme la corde soutient le pendu


Alwihda Info | Par GBANDI Anatole - 27 Octobre 2018



Des militaires français de la force Sangaris patrouillent dans le secteur de Sibut, au nord de Bangui (Centrafrique), le 25 septembre 2015. — EDOUARD DROPSY / AFP
Des militaires français de la force Sangaris patrouillent dans le secteur de Sibut, au nord de Bangui (Centrafrique), le 25 septembre 2015. — EDOUARD DROPSY / AFP
La dernière initiative de paix en Centrafrique est celle de l'Union africaine. Une initiative tardive qui n'a suscité que des moues dubitatives et que des haussements d'épaules largement mérités. En effet, cette organisation qui aurait dû se déployer comme un parapluie à l'avant des conflits en Afrique, se retrouve souvent à la traîne, ou à la remorque de l'ONU ou des grandes puissances ou même des pays émergents. On compterait sur les doigts d'une main ses succès. Elle enquille en revanche les bides diplomatiques.

En son temps, la guerre civile du Biafra l'avait divisée en pro et antibiafrais, les probiafrais étant les partisans de la partition du Nigéria . Qu'on ait trouvé, au sein de l'OUA nouvellement créée, des pays pour conspirer contre le Nigéria nouvellement indépendant, voilà qui dépasse mon entendement ! Mais la future Union africaine n'avait que quatre ans. Et ce premier couac en son sein pouvait être considéré comme un péché véniel, un péché de jeunesse. Depuis les couacs se sont multipliés. Depuis ils alternent avec des silences assourdissants.

1. LE SOUTIEN DE L'UA

Quand l'Union africaine ne peut résoudre un problème, elle le passe sous silence : la Libye, un de ces membres fondateurs est devenue un État-voyou et ouvertement esclavagiste. Où des centaines de milliers de Noirs africains sont parqués comme du bétail, dans des camps, ou vendus à l'encan, ou encore entassés sur des rafiots pour des "destinations finales".
Toute l'Europe en parle, toute la terre, à l'exception, bien sûr, de l'Union africaine. Les Européens estiment généralement avoir eu leur content de boat people africains, et ferment un à un leurs portes. Seuls quelques grands pays les laissent encore entrebâillées, en dépit de l'opposition farouche de leurs groupes identitaires. Que va faire l'Union africaine ? Qu'a-t-elle fait depuis le déclenchement de la crise ? A-t-elle même parlé ? Elle qui a des arguments solides à faire valoir dans cette crise qu'on est venu provoquer sur son continent !

Je précise que chronologiquement, la mort de Khadafi, le prélude de la bordélisation de la Libye donc, est antérieure au coup d'État de la Séléka, et à la crise qui s'en est suivie. Si l'UA n'a rien tenté pour sauver la Libye, qui peut croire que ses gesticulations en Centrafrique aboutiraient à la résolution de la crise centrafricaine ? On verra ce qu'on verra. D'ores et déjà, on peut constater que toutes ses initiatives sont directement ou indirectement placées sous le patronage des Nations unies, qui disposent sur place de la MINUSCA. Seule, l'Union africaine ne pèserait pas sur ce conflit. Et pour cause : elle n'a pas les moyens de sa diplomatie, de son initiative en l'occurrence ; elle se préoccupe davantage des arriérés de cotisation de la Centrafrique que de l'aide concrète qu'elle devrait apporter à ce pays ruiné. D'aucuns se demandent même si son initiative de paix est sincère.

2. LE SOUTIEN DE LA MINUSCA

J'ai écrit que les Casques bleus de la MINUSCA étaient une force de dissuasion. Mais ils n'ont pas dissuadé les Séléka de massacrer des chrétiens, ni les Antibalaka de massacrer des musulmans. Je les ai alors estampillés "forces d'interposition", mais avec cette précision qu'elles n'intervenaient qu'après coup, c'est-à-dire non pas pour s'interposer entre deux entités belligérantes ( les groupes armés ne massacrent que les civils ) mais pour porter secours aux blessés et tenter de sécuriser les rescapés. Cette précision les déclasse un peu plus et fait d'eux une espèce de force hybride, qui tiendrait des sapeurs-pompiers et de la police du tiers-monde. Voilà le visage de l'ONU en Centrafrique. Il n'est pas celui d'une force d'interposition. Car on ne peut s'interposer que dans un conflit aux contours bien déterminés, avec des combattants et leurs moyens répertoriés ou estimés, avec un front. On ne peut s'interposer qu'avec l'accord sincère des deux belligérants. Or chacun sait que la Séléka ne signe les accords de paix que pour les violer. A Damara en 2013, il y avait bien une force d'interposition, commandée par un général gabonais, lequel n'avait pas levé le plus petit doigt contre les rebelles, quand ils ont décidé de franchir la ligne jaune et de s'emparer de Bangui.

Or depuis, la situation sécuritaire du pays s'est dramatiquement dégradée. Les Séléka qui avaient fait de Bangui leur base ont été contraints par la Sangaris à essaimer dans l'arrière-pays, où ils tentent d'établir des fiefs et des seigneuries violemment contestés par les Antibalaka.

Dans plusieurs régions et villes du pays, les deux groupes rebelles se sont neutralisés : les Séléka occupant les villes mais ne pouvant les sécuriser ; les Antibalaka régnant dans les villages et les périphéries des villes.

La Séléka, nous dit-on, contrôle 80% du territoire centrafricain. En réalité, elle ne contrôle rien ou pas grand-chose ou encore le chaos par la terreur et le chaos.

Dans une préfecture du sud que je connais bien, la Séléka occupe toutes les grandes villes, tous les Peuls sont armés et le chef rebelle Darassa dispose à Mboma, à côté de Zangba, d'une importante base.

Théoriquement, on devrait y circuler normalement. Or il n'en est rien : toutes les routes sont bloquées, parce que les Séléka qui occupent les villes se trouvent presque partout sous la menace des Antibalaka, repliés dans les villages environnants.

Dans le chef-lieu de préfecture où un accord de cessez-le-feu a été signé par les deux groupes rebelles, c'est la Séléka qui mène la danse, en vivant de rapines, en chassant les cabris, les moutons, les poules et même les cochons d'autrui, en faisant dédouaner les valises et les marchandises en provenance de Bangui, et en laissant littéralement mourir de faim les enfants peuls dont les pères ont été massacrés par les Antibalaka. Ces enfants et leurs mères erraient dans la brousse où ils se cachaient quand les Séléka, craignant pour leur vie, les en ont fait sortir. Malheureusement, c'est pour les laisser mourir d'inanition.

Que fait la MINUSCA ici ? Soutient-elle le préfet qui n'a ni police ni gendarmerie ? Rassure-t-elle les courageux fonctionnaires qui sont revenus à leurs postes ? Non. Cantonnée en plein centre-ville, la MINUSCA, il n'est pas exagéré de le dire, veille d'abord sur la MINUSCA.



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