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AFRIQUE

Dr Stéphane M. Mouandjo : « La gouvernance publique responsable est irréversible »


Alwihda Info | Par - 17 Mars 2019 modifié le 18 Mars 2019 - 08:31

Le directeur général du Centre Africain de Formation et de Recherche Administratives pour le Développement (CAFRAD) s’est confié à Alwhidainfo au terme de la dernière conférence des Ecoles nationales d’Administration tenue du ‘ au 6 mars 2018 à Yaoundé au Cameroun.


Dr Stéphane Monney Mouandjo: "Notre institution est d'abord chargée de l'accompagnement des administrations publiques".
Dr Stéphane Monney Mouandjo: "Notre institution est d'abord chargée de l'accompagnement des administrations publiques".
Monsieur le directeur général, quel bilan pouvez-vous faire les dernières assises de Yaoundé dont le CAFRAD était co-organisateur ?
Un bilan globalement positif dans la mesure où notre objectif initial a été d'une part de profiter de l'occasion pour vulgariser le concept auprès de la jeunesse et des classes politiques. Ce qui a été largement fait depuis 2015. Par ailleurs il a fallu le discuter avec la communauté scientifique d’Afrique et cela s'est largement fait à Yaoundé et enfin réitérer le vœu des Etats d'en faire une discipline à part entière dans les curricula de formation des ENA d’Afrique et ça aussi nous l'avons obtenu au nombre des recommandations de cette conférence.

Certes nous aurions souhaité une participation encore plus nombreuse de nos partenaires anglophones et lusophones surtout mais nous considérons que c'est un excellent départ et les occasions à venir nous en donnerons l'opportunité. C'est un enjeu crucial pour l'avenir de nos services publics et pour rapport que nous entretenons avec la gouvernance en Afrique. C'est aussi l'amorce d’un changement radical dans nos rapports à nous-mêmes et à nos institutions.

Pourquoi cette notion de responsabilité que vous liez désormais à la gouvernance publique ?
Parce que nous sommes dans un rapport à la chose publique. Notre institution est d'abord chargée de l'accompagnement des administrations publiques et vous avez raison de souligner cette question en raison des rapports de plus en plus étroits entre les secteurs publics et les secteurs privés. Quoiqu'il en soit la Gouvernance publique responsable est d'abord ''publique'' en raison de sa finalité tournée vers l'intérêt général mais aussi parce qu'elle donne un sens différent voire complémentaire à l'idée de responsabilité. Ici la responsabilité n'est pas d'abord la conséquence d'une action ou d'une inaction jugée répréhensible au sens du code civil sur le fondement des articles 1382 et suivants. La responsabilité ici est d'abord prise de conscience de soi dans le monde et conscience de la confiance qui pèse sur soi en vertu de confiance reçue d'une autorité et dont il faut rendre de l'usage qu'on en a fait en vertu des us coutume et tradition admis comme légitimes dans un contexte donnée. Voilà pourquoi a responsabilité est fondamentalement bâtie sur le préalable de la confiance légitime et prise de conscience de la confiance dont on est le bénéficiaire dans l'exercice d'une fonction publique. Dès lors la gouvernance publique responsable est réflexive et relative c'est à dire tournée sur soi ou ouverte sur l'autre conjointement. C'est ce qui se traduit au plan international par authenticité et l'universalité. Elle s'enracine sur le réel et s'ouvre par ailleurs à la diversité d'autres réalités. C'est ce qui justifie son sa flexibilité ou son pragmatisme.

Quelles sont selon vous, les entraves à la gouvernance publique responsable en Afrique ?
Il y a deux ans nous avons organisé un forum de ministres autour de cette thématique à savoir la lutte contre la corruption comme une modalité de l'implémentation de la gouvernance publique responsable c'était à Rabat. Ce que nous disions à l'occasion c'est que la lutte contre la corruption est une préoccupation de tous les instants parce qu'en effet, il est question de rappeler que la GPR est un procédé vertueux et qu'en tant que telle, elle est imperméable à la corruption parce que l'agent public fait corps avec ses missions. Il en est totalement imprégné. Nous y avons d'ailleurs consacré une réflexion.

Quel commentaire faites-vous sur la lutte contre la corruption et la gouvernance publique responsable dans un pays comme le Cameroun ?
Dans le contexte que vous évoquez la Gouvernance publique Responsable est prise sous un angle préjudiciel ce qui est une erreur. Le Cameroun n'a pas pratiqué une GPR il épouse encore la recette d'une gouvernance fondée sur une sorte de distance entre l'agent et son action. Or en GPR l'agent fait corps avec son action au point où être corrompus ou se livrer à des actes de corruption crée une sorte de rupture entre lui et lui-même. La gouvernance publique Responsable est donc indispensable au Cameroun parce qu'elle postule toute une pédagogie, une réappropriation de l'idée de l'Etat de la chose publique qui n'est pas « chose de personne » mais ''chose de tous ou chose commune'' C'est un vrai changement de paradigme.
Au Cameroun on est un peu étranger à la chose commune on est un peu dans un rapport d'indifférence vis à vis de la chose publique, car ici, elle est appréhendée comme chose de personne et donc susceptible d'être appropriée par tous et chacun. Il n'y a donc pas ici un sentiment de faire mal mais il y a une impression d'être investi du pouvoir de prendre le contrôle d'une chose inappropriée. La chose publique étant chose de personne. Or en GPR la chose publique est chose de soi et de l'autre et non chose de personne donc potentiellement sienne. C'est ce qui justifie sont inviolabilité. Cette différence de perception change le rapport que l'on a vis à vis de l'idée de corruption. C'est pourquoi on peut avoir un sentiment d'injustice lorsqu'un des siens est accusé de ce fait. On a l'impression que lui, est réprimandé, pour avoir été indifférent au bien de tous et l'autre de s'être privé d'en faire un usage personnel.