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AFRIQUE

Franc FCFA : atout ou frein pour la CEMAC ?


Alwihda Info | Par - 23 Avril 2019 modifié le 23 Avril 2019 - 14:23

Cette problématique a été discutée par le Groupement Inter-patronal du Cameroun (GICAM) au cours de la première édition de son nouveau concept «Le débat patronal».


Pour un coup d’essai, le Groupement Inter-patronal du Cameroun (GICAM) a fait de cette première édition du Débat Patronal un véritable coup de maître. La discussion a porté sur le thème : «Fcfa : Atout ou frein à l’émergence des pays de la zone CEMAC». Il est indéniable qu’en ayant osé une thématique pour le moins «risquée», au regard de la controverse qu’elle suscite, le GICAM a réussi à intéresser les opérateurs économiques, à une réflexion plus approfondie, plus inclusive sur la politique monétaire, pilier essentiel des politiques de développement. Surtout lorsqu’on sait que le Franc CFA, sujet tabou pour les uns, hermétique pour d’autres, et sujet politique pour certains, fait l’objet d’un débat houleux sur la place publique et dans le village global. Portée par les panafricanistes, il reste que paradoxalement, le monde des affaires semblait curieusement éloigné d’une question qui fait de plus en plus les choux gras de la presse.
Le 17 avril 2019, la salle de conférence André Siaka du GICAM s’est trouvée trop étroite pour cet échange constitué d’un panel de haut niveau à l’instar du Dr Yves Ekoué Amaïzo, chief executive officer de MutAgile, Domyou Noubi Bruno Alkis, président directeur général de Noubru Holding S.A et les créateurs de richesse, pour débattre sur la pertinence des mécanismes monétaires actuels de la sous-région et sur leurs capacités à servir de leviers pour l’émergence programmée par les pays membres. D’emblée, le président du GICAM, Célestin Tawamba, a situé les motivations à la base du choix de cette thématique et les ambitions escomptées. «Il s’agit pour le GICAM, engagé dans une démarche de refondation, de se mettre en avant-garde d’une question d’abord économique, mais sur laquelle les chefs d’entreprise sont restés relativement peu audibles», précise-t-il. Et d’ajouter qu’il s’agit «de sortir des nombreuses controverses, de briser le tabou, d’éloigner la peur à travers un échange vrai, utile, nécessaire, constructif et responsable pour s’édifier mutuellement et dégager une balance objective entre les avantages et les inconvénients des mécanismes qui gouvernent actuellement notre zone monétaire».
Pour le Pr Désiré Avom, doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de l’université de Dschang, «Face au constat de la prééminence des extrêmes dans le débat entre les conservateurs et ceux qui proposent une sortie immédiate de la zone, une obligation de réformes s’impose».
Discipline monétaire
Une intervention qui traduit la richesse et la controverse de ce premier débat qui a été mené sous la modération d’Adama Wade, directeur de publication du mensuel panafricain «FINANCIAL AFRIK». Une controverse qui résulterait de l’histoire tumultueuse des relations entre la France et les pays de la zone qui date des années 60 et les nombreuses évolutions du contexte économique mondial. Il en est ressorti des échanges que «malgré la discipline monétaire et la coordination des politiques monétaires acquises suite aux efforts d’intégration et aux politiques de convergence, la zone Franc est encore loin de répondre aux critères d’une zone monétaire optimale, notamment lorsque l’on considère le degré de diversification des productions nationales, la faible résilience face aux chocs externes, les difficultés de mobilité du facteur travail, le faible degré d’intégration des marchés financiers,…» . La divergence des avis sur cette monnaie est notamment alimentée par le contraste qui transparaît de l’évolution de la zone franc, marquée entre autres par de nombreux départs, mais aussi des arrivées et des retours, une grande rigidité de ses mécanismes avec des applications à géométrie variable.
En revanche, les chefs d’entreprise, qui se sont sentis interpelés en ont profité pour formuler des avis et faire des propositions qui leur semblent majeures : définir les conditions requises pour faire du FCFA un atout pour l'émergence des pays de la zone CEMAC et recenser les risques qui en feraient un frein à cette ambition. Il s’agit également des responsabilités dans la définition et la gestion de la politique monétaire dans les pays de la zone CEMAC, du lien entre l’investissement et l’épargne, des enjeux de l’intégration sous-régionale pour la création d’un véritable marché dont l’existence est un véritable préalable aux réformes préconisées pour le Franc CFA ; de la nécessité de faire évoluer les mécanismes de prise de décision au sein du Conseil d’administration de la zone Franc et d’y impliquer le secteur privé ; du rôle de la monnaie comme instrument d’ajustement ; de la nécessité de la convergence des économies pour soutenir une monnaie commune ; de l’impact de la fixité de parité sur les résultats économiques de la zone ; de l’importance de la gouvernance et de la discipline monétaire dans la réussite de toute politique de développement.
(Avec L'essentiel du Cameroun)