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SCIENCE

HEC Montréal : Enjeux de la RSE dans le contexte africain


Alwihda Info | Par - 29 Août 2012


Depuis l’adoption des principes Directeurs de l’OCDE en 1976, les outils de RSE développés dans le monde sont orientés prioritairement vers les multinationales. Elles sont également la principale cible des ONG internationales qui dénoncent régulièrement leurs faibles engagements sociétaux. Face à ce constat, elles ont trouvé l’astuce de faire les partenariats avec ces mêmes ONG et ce sont finalement celles-ci qui en échange de financement valorisent leurs projets communs au détriment souvent des questions centrales en lien avec le cœur d’activité de l’entreprise.


Après une intervention en mai dernier à la Chaire RSE de l’Université du Québec à Montréal, ce sera également un immense plaisir de présenter dans quelques jours les enjeux de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans le contexte africain aux étudiants de HEC Montréal. Cette problématique sera débattue lors de la deuxième édition du forum international des pionniers de la RSE et de la croissance verte inclusive en Afrique organisé le 21 et 22 novembre 2012 à Tunis par l’Institut Afrique RSE et la Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie. On peut prendre plusieurs inputs pour analyser la RSE en Afrique. Procédons ici par catégories d’entreprises.
Multinationales versus OCDE : Depuis l’adoption des principes Directeurs de l’OCDE en 1976, les outils de RSE développés dans le monde sont orientés prioritairement vers les multinationales. Elles sont également la principale cible des ONG internationales qui dénoncent régulièrement leurs faibles engagements sociétaux. Face à ce constat, elles ont trouvé l’astuce de faire les partenariats avec ces mêmes ONG et ce sont finalement celles-ci qui en échange de financement valorisent leurs projets communs au détriment souvent des questions centrales en lien avec le cœur d’activité de l’entreprise. L’autre enjeu majeur est l’ombre que les ONG internationales, qui sont dans une certaine mesure des multinationales, font aux ONG et syndicats locaux. Une autre pratique regrettable des multinationales est de délocaliser la RSE à leur fondation. Pour sortir de cette confusion et aller plus loin que la philanthropie, il est urgent que chaque filiale de multinationales en Afrique publie un reporting RSE dont les questions centrales sont en lien avec l’activité industrielle. Sur cette base, on peut définir les modalités d’un partenariat public privé pour la création de valeur partagée avec toutes les parties prenantes. L’obligation de reporting est d’ailleurs une exigence des Articles 46 et 47 de la déclaration du Sommet de Rio organisé par l’ONU en juin dernier au Brésil. Il revient donc aux autorités africaines de fixer le cadre politique de la RSE.
Transnationales africaines : Après la consolidation de leur marché national, nombreux sont les groupes africains lancés à la conquête des marchés dans d’autres pays. Devenues de véritables multinationales, ces sociétés transnationales africaines ne paraissent pourtant sur aucun radar mondial de RSE. A l’exception de quelques pays, l’absence de politiques publiques RSE, de sanctions pour non respect des réglementations sociales et environnementales, d’obligations par les bourses régionales de publier les rapports extra-financiers laissent le champ libre parfois à des dérives. Toutefois, ces entreprises perçoivent également qu’elles doivent remplir une mission sociétale. Mais elles réagissent souvent par la philanthropie et non une démarche RSE bien structurée. Ici aussi le reporting et le Partenariat Public Privé dans une stratégie win – win sont également à mettre en œuvre. Mais comme pour les multinationales versus OCDE, le cadre politique reste à définir. L’Union Africaine peut impulser la dynamique. Mais nous sommes convaincus que les organisations patronales et le réseau des Chambres de Commerce et d’Industries africaines pourraient prendre le leadership sur cette thématique d’autant que leurs membres sont directement concernés. Grâce à sa structuration tripartite (Gouvernement, Patronat et Syndicat), le département Afrique de l’Organisation International du Travail serait un bon catalyseur de l’Agenda de la RSE sur le continent.

PME / TPE : Il s’agit des entreprises qui sont légalement constituées mais donc le mode de fonctionnement se rapproche de l’informel notamment pour les questions sociales et environnementales. La priorité ici est la sensibilisation des dirigeants sur les enjeux stratégiques et économiques de la Responsabilité Sociétale des Entreprises. Il faudrait former quelques cadres et renforcer leurs capacités sur la RSE. La mise en place de la RSE devrait suivre une démarche progressive. Dans un premier temps, on pourrait insister sur les indicateurs (eau, énergie et déchet) qui ont un intérêt économique immédiat pour l’entreprise. Parallèlement à la réduction des flux et des matières, on pourrait aussi mettre en exergue la relation entre la sécurité sociale du salarié (travail décent, contrat de travail et déclaration à la sécurité sociale) et la productivité de l’entreprise.

Informel : Selon le Bureau International du Travail, le secteur informel fournit près de 72 % des emplois en Afrique. Ces emplois informels sont sous-payés, indécents et souvent exercés dans les conditions sanitaires déplorables. Certaines activités informelles (laboratoire photo, blanchisserie et garagiste) à cause de l’absence de système de management environnemental ont des conséquences écologiques importantes. En plus d’échapper à la fiscalité des entreprises, le secteur informel à un coût sanitaire et écologique élevés pour la population et la collectivité. Dans le cadre d’un partenariat entre l’Etat, les Collectivités Territoriales et le secteur privé on pourrait imaginer une démarche progressive et par pallier vers la formalisation avec quelques indicateurs de RSE comme substrat. Là aussi les patronats et les CCI ont un rôle important à jouer car n’oublions pas que le secteur informel exerce une concurrence déloyale au secteur formel. On évoque aussi rarement la connexion entre l’informel et le formel en Afrique. C’est notamment le cas pour l’industrie agro-alimentaire et les opérateurs télécoms où les distributeurs finaux sont dans l’informel. Or ils n’apparaissent dans aucun rapport d’activités. Dans le cadre d’un partenariat avec les autorités publiques ou de la RSE subie ces industries formelles devraient soutenir la formalisation de leur chaîne de valeur.

La RSE, tremplin pour la formalisation de l’informel sera l’un des grands débats du forum de Tunis. C’est la première fois que ce sujet sera abordé dans une rencontre internationale. Convaincus qu’il s’agit d’un enjeu majeur pour l’Afrique, nous allons continuer à approfondir cette problématique.

Malgré tous les outils de RSE existants, une Responsabilité Sociétale des Entreprises qui impactera réellement l’économie africaine reste à définir. L’Afrique n’est pas seulement la nouvelle frontière de l’économie, elle est aussi le lieu de l’innovation sociétale. Il revient prioritairement à nous africains de puiser dans notre substance grise pour poser les bases de cette économie responsable dans notre contexte. Ensuite de faire appel à l’intelligentsia mondiale pour tracer les contours de cette économie durable avec les épices africaines.

Nous aurons donc un seul message à destination de ces étudiants de HEC Montréal, futurs cadres et dirigeants : C’EST EN AFRIQUE QUE ÇA SE PASSE.
Thierry Téné
Co-fondateur de l'Institut Afrique RSE



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