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Tchad : Déby annonce l'état d'urgence à l'Est, "la situation est désastreuse"


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 18 Août 2019 modifié le 18 Août 2019 - 17:55



Le président Idriss Déby serre la mains d'officiers à l'aéroport D'Abéché, le 18 août 2019. © Alwihda Info
Le président Idriss Déby serre la mains d'officiers à l'aéroport D'Abéché, le 18 août 2019. © Alwihda Info
Le président de la République Idriss Déby a annoncé dimanche un état d'urgence de trois mois dans les provinces de la zone Est du pays, au cours d'un déplacement à Goz Beida, au Sila, a constaté Alwihda Info. Il a également ordonné la fermeture des frontières, notamment celle avec le Soudan afin de faire face au trafic d'armes à feu.

S'exprimant en arabe, le président s'est longuement appesanti sur la situation sécuritaire qu'il a décrit comme "catastrophique", en présence du ministre délégué à la Présidence chargé de la défense nationale et de la sécurité, Mahamat Abali Salah, du ministre de l'Administration du territoire et des collectivités territoriales décentralisées, Mahamat Ismaël Chaïbo, du gouverneur de la province de Sila, Kedallah Younous Hamidi, des responsables administratifs et sécuritaires provinciaux, ainsi que des leaders traditionnels et religieux.

Le chef de l'Etat a détaillé une dizaines de mesures pour mettre fin aux conflits intercommunautaires, lutter contre l'entrée et la prolifération des armes de guerre, renforcer la sécurité dans la zone et promouvoir la cohabitation pacifique. Parmi les nombreuses mesures, Idriss Déby a donné l'ordre de procéder à un désarmement de tous les civils de la zone. Les leaders traditionnels ont également l'obligation de récupérer ces armes des mains des civils, sans attendre l'arrivée des forces armées, puis de les remettre.

Le président a annoncé, séance tenante, un état d'urgence de trois mois au Sila et au Ouaddaï, face à une "situation tellement désastreuse". L'état d'urgence devrait être confirmé par un arrêté du ministre délégué à la Présidence de la République, chargé de la défense nationale, de la sécurité, des victimes de guerre et des anciens combattants.

D'autres mesures sont également annoncées et certaines déjà opérationnelles : le déploiement des forces militaires -en complément des gendarmes- pour assurer la sécurité de la population dans la zone ; l'arrestation de toute personne qui détient illégalement une arme ; la multiplication des fouilles et des contrôles sur les véhicules entrants et sortants.

"La situation est catastrophique"

Le président a expliqué qu'il ne veut plus voir des motocyclistes ou clandomen transporter des armes et les acheminer à travers les différentes zones d'affrontements, notamment en provenance du Soudan. Il a demandé un contrôle accrue. "La cause principale de tout ce problème, c'est l'entrée d'armes à feu en désordre qui pénètrent dans cette zone du pays et causent de sérieux problèmes. La population détient tout genre de calibres confondus donc ils se battent avec ça", a-t-il indiqué.

En cas de récidive ou de provocation de toute personne ou groupe de personnes, les forces armées ont reçu l'ordre d'intervenir et ont l'autorisation d'ouvrir le feu.

Un autre mesure annoncée : en cas de situation alarmante et chaotique entre deux parties belligérantes et afin de séparer les camps en conflits, les forces armées ont l'autorisation d'éliminer des assaillants des deux côtés pour mieux gérer la situation, plutôt que de laisser dégénérer les affrontements et d'engendrer encore plus de morts.

"S'il y a encore des conflits entre arabes et ouaddaïens, et entre Mouro et Dadjo, vous tuez ici, et vous tuez là-bas. (...) Vous tuez dix de chaque côté afin de sauver la majorité. Vous avez l'autorisation. Celui qui ne le fait pas, Monsieur le ministre, vous prenez une décision contre lui", selon le chef de l'Etat.

"Après trois sommations, si un assaillant ne s'arrête pas, tuez-le", a-t-il ajouté sous les applaudissements.

Le président a promis de revenir, "si Dieu lui donne la possibilité, pour voir et vérifier l'application des différentes mesures" au Sila et au Ouaddaï. Il a présenté toutes ses condoléances aux familles des victimes et a déploré la mort de tchadiens innocents.

"Faites votre travail"

"Aucune autre commission de désarmement ne sera faite sur place. Vous laissez les paisibles citoyens se battre avec des armes, faites votre travail. Dès que je quitte la province de Sila, il faut désarmer tous les civils de la zone qui ont des armes entre les mains", a insisté Déby.

"Actuellement, le ministre de la défense qui est présent devant nous a pris note de tous mes propos. Il prendra une décision forte pour que la province de Sila et du Ouaddaï soient en état d'urgence de trois mois car la situation est tellement désastreuse", a-t-il précisé.

En complément des mesures d'ordre sécuritaires et militaires, les autorités provinciales ainsi que les leaders traditionnels et religieux ont été appelés à renforcer la sensibilisation de la population sur la paix et l'amour du vivre ensemble.

Le chef de l'Etat a indiqué qu'il s'adresse à "toutes les autres provinces du pays et pas seulement à Goz Beida, ni au Ouaddai. Ça les concerne tous". Il a estimé qu'il faut lutter pour la paix et la coexistence sociale. "Le conflit survenu entre Dadjo et Mouro, j'espère que leurs leaders sont là. Pourquoi ils ont aggravé la situation jusqu'à là ? Pendant trois mois, les militaires seront sur place, dans la zone et toutes les frontières seront fermées. Toutes les forces sont mobilisées pour faire des fouilles et des contrôles sur les véhicules entrant et sortant. Toutes les armes trouvées doivent être saisies immédiatement et les détenteurs jugés. Voici ce que j'ai pris comme décisions. Maintenant, je quitte Goz Beida. Je vous demande d'appliquer les décisions dans le délai le plus vite", a souligné le président.

Il s'est ensuite excusé de son départ précipité en raison de son emploi du temps chargé.

Ces dernières semaines, au moins 109 personnes ont été tuées au cours d'affrontements intercommunautaires à l'Est du Tchad.



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