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REPORTAGE

Tchad : accès à Internet et usage des outils numériques, des défis pour les étudiants


Alwihda Info | Par Tchonchimbo Ouapi Raphaël - 29 Décembre 2021

L'internet, l'irréversible moyen de communication dans la société humaine, s'impose dans toutes les activités de nos jours, sur le plan socio-éducatif, la formation professionnelle et même dans les études universitaires. Confrontés à la crise sociale, les étudiants peinent à y avoir accès et ne maitrisent pas suffisamment les outils du numérique qui permettent de façonner le monde de demain.


Google, Facebook, WhatsApp, Wikipédia, et Youtube sont des plateformes mobiles qu'utilisent les étudiants soit pour effectuer des recherches, le loisir ou entrer en contact avec des amis, proches et parents. Au Tchad, les étudiants éprouvent beaucoup de difficultés à se connecter à Internet mais aussi à manier les outils du numérique.

Pour acheter des Mégabits et se connecter, certains étudiants sèchent les cours pendant deux à trois jours afin de chercher un peu d'argent en exerçant des petites activités ou métiers dans les quartiers.

Raymond, étudiant en 3ème année d'histoire, explique son cas. "Notre condition d'étude est difficile à tel point qu'on fait juste la souscription à Internet d'une semaine ou parfois celle de deux jours pour faire des recherches. Il y a également des cours en polycopiés que donnent les enseignants", explique le jeune historien.

"On dépense facilement 2000 Fcfa voire plus donc j'exerce un petit métier de couture à la maison afin de joindre les deux bouts", affirme Raymond.

Au Tchad, le coût d'accès à Internet et la qualité de réseau restent des défis à relever malgré des efforts ces dernières années. Dans la vie de tous les jours, les étudiants doivent rationaliser leurs mégaoctets. Beaucoup de jeunes affirment qu'ils se tournent vers des réseaux mobiles camerounais dont les coûts des services sont moins chers ; ce qui constitue un manque à gagner pour le Tchad. Un autre danger : à l'ère du numérique, de nombreux étudiants tchadiens ne savent pas utiliser le clavier d'un ordinateur.

"Je me connecte deux ou trois fois par mois à cause des temps difficiles. En plein cours, il n'y a pas le temps pour chercher de l'argent. Pour faire mes recherches, il suffit d'avoir la carte sim MTN, Orange ou Nextel, ça règle le problème", déclare Jacques Nodjigoto, un étudiant.

"Avec 1200 Fcfa, vous avez 1 Gb de connexion valable pendant un mois. On quitte d'ici pour Nguéli afin d'avoir le réseau du Cameroun. D'ailleurs ce n'est pas seulement les étudiants qui viennent là bas mais aussi, un bon nombre de fonctionnaires munis de leur modem partent également pour faire des téléchargements et bien d'autres besoins numériques", précise Jacques.

Pour réserver un petit budget dédié à la connexion à Internet, des étudiants exercent pendant quelques jours des activités comme moto-taxi ou encore dans des chantiers de construction.

À défaut d'un accès facilité à Internet pour approfondir leurs cours, des étudiants s'agacent de la paresse de certains enseignants qui délaissent les cours magistraux et se contentent de leurs donner des supports papiers. "Certains enseignants interviennent en province, dans les villes telles que Moundou, Abéché et Bongor. Ils ne reviennent qu'au moment du contrôle continu", déplore un étudiant.

"J'aime suivre les cours magistraux. Ça permet de capter quelques idées pendant la prise de note. Avec les polycopiés, il y a parfois des zones d'ombres difficiles à comprendre", renchérit un autre étudiant, écouteurs aux oreilles.

Pour bon nombre d'étudiants, l'État doit octroyer une bourse afin d'améliorer les conditions d'études et donner un peu plus de pouvoir d'achat face à la précarité. Les étudiants estiment que pour renforcer le secteur de l'économie numérique, un accès à Internet à bas coût leur permettra davantage de se familiariser avec les outils numériques. C'est en ce sens qu'en 2019, le défunt président Idriss Deby avait promis l'Internet gratuit dans les universités, des ponts de connexion gratuits à Internet à travers les villes et la création d'un technoparc. Ces projets n'ont pas encore vu le jour.