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Tchad : la police déguerpit des populations à Diguel


Alwihda Info | Par Abakar Chérif Hamid - 15 Janvier 2020



Les éléments de la Police nationale constitués des unités du groupement mobile d’intervention de la police (GMIP) et des forces spéciales antiterroristes de la police lourdement armées ont déguerpi mardi, manu militari, aux environs de 10 heures, les habitants de la section 3, ilot 16 de Darassalam, dans le 8ème arrondissement de N’Djaména, sous un regard impuissant.

Les forces de l’ordre ont envahi ce quartier sans en aviser les habitants démunis. Ils ont procédé à la destruction systématique des habitations. Trois jeunes hommes qui ont tenté de filmer la destruction des habitations, ont été immédiatement arrêtés et leurs téléphones confisqués. Ces habitants vivaient dans la crainte d’être brutalisés, au début de cette semaine, depuis que l'annonce du déguerpissement leur a été faite par des policiers.

L’on constate la présence des agents de l’Agence Nationale de Sécurité (ANS), habillés en civils et dissimulés au sein de la foule, qui surveillent tout mouvement suspect ou toute tentative de protestation.

Les unités d’élite de la Police nationale dont le GMIP et de l’Unité spéciale d’intervention de Police (USIP), armés et encagoulés, avaient déjà investi le 19 décembre 2019, à bord d’une dizaine de véhicules, cette partie du quartier Darassalam, « à la convoitise de diverses personnalités » depuis quelques années.

La « relance d’implantation de bornes »

Sous les regards impuissants des habitants de cet ilot 16 de la section 3 de Darassalam, démunis pour la plupart, des agents du ministère de l’Aménagement du territoire, du Développement de l’habitat et de l’urbanisme, surveillés par les éléments de la Police, posent des bornes, à l’aide de leurs équipements.

L’arsenal policier envahit les lieux pour ce « bornage », alors que les habitants attendaient plutôt une mise en œuvre de leur dernière requête pour la « relance d’implantation de bornes », introduite auprès du délégué général du Gouvernement auprès de la commune de N’Djaména. Même s’ils sont constamment menacés par des policiers armés pour arracher leurs parcelles, les habitants de cet ancien village de Darassalam n’en ont jamais accueilli un tel nombre, selon eux. Assis sur des nattes ou à même le sol, par petits groupes, les habitants, en particulier des personnes âgées, de l’ilot 16 de la section 3 de Darassalam, plongent ce jour dans de longs silences, entrecoupés par des mouvements de l’impressionnant dispositif policier.

Ils veulent nous arracher nos terres. Mais, ils oublient que nous finirons tous dans la terre!» souffle un habitant. Le délégué général du Gouvernement auprès de la Commune de N’Djaména, M. Djibert Younouss, rencontré à cet effet, confirme avoir visé un ordre de mission autorisant des agents du ministère de l’Aménagement du Territoire, du Développement de l’Habitat et de l’Urbanisme de procéder au bornage de la section 3, ilot 16, au quartier Darassalam. Il soutient mordicus qu’il s’agit d’une «réserve de l’Etat que ces gens sont venus occuper» et qui viendrait d’être attribué à la Police nationale.

Le noyau d’ancien village, « Koudou »

« Aujourd’hui, la Police nationale a reçu des financements pour construire un commissariat. Après le bornage, nous allons recenser les occupants, et nous prendrons des dispositions pour les délocaliser sur un autre site. Ce sont des familles démunies, donc nous ne pouvons pas les laisser dans cette situation. Nous avons demandé, à cet effet, à l’administrateur délégué auprès de la commune du 8ème arrondissement de procéder au recensement de ces personnes », déclare M. Djibert Younous.

Les habitants, eux, réitèrent que leur ilot n’est pas une réserve, mais, plutôt, un noyau d’ancien village, « Koudou », juste non morcelé (comme l’indique le plan cadastral de base) jusqu’à ce que son entrée dans le périmètre urbain le fasse séparer par une rue, avec une autre partie, actuellement reconstruite.

La construction du commissariat

Des documents à l’appui, les habitants de la section 3, ilot 16, décrivent que le site devant servir à la construction du commissariat de sécurité est plutôt la section 2, ilot 51 bis de N’Djari Kawass, et non Darassalam, surtout pas l’ilot 16 de la section 3. Effectivement, dans les différentes correspondances échangées entre la direction générale de la Police nationale et les services de la municipalité pour l’identification des réserves devant abriter le commissariat de sécurité publique, il n’a jamais été fait mention de la section 3, ilot 16 de Darassalam.

Avant le bornage particulier, « sous haute sécurité », du jeudi dernier, ce lopin de terre a déjà fait couler assez d’encre et de salive sans que les autorités n’aient jamais arrêté cette manœuvre. Tantôt réserve administrative, tantôt une attribution à la Police nationale ou à un complexe scolaire privé, etc., les habitants rapportent avoir vécu « toutes sortes de pression » et vu « de faux documents de tous genres, y compris de faux plans ». Le dernier faux attributaire de cette section, avant ce fameux plan, destiné, selon les habitants, à justifier que « c’est une réserve de l’Etat attribuée à la Police nationale », est le complexe Dar Toumaï, un établissement scolaire privé, sous le couvert d’une demande inexistante du ministère de l’Education nationale (elle est même juste citée sans être référencée et n’a même pas de trace au ministère).

La CATZU n’a pas siégé depuis 2017

D’ailleurs, expliquent-ils, l’attribution d’un terrain s’effectue au sein d'une commission appelée CATZU (Commission d’Attribution de Terrain en Zone Urbaine), qui regroupe toutes les structures en son sein. Or, des sources proches du ministère de l’Aménagement du territoire confient que, depuis 2017, la CATZU n’a pas siégé pour statuer sur des attributions.

Certains occupants rencontrés sur place tranchent que ces nombreuses « fausses attributions » ne visent qu’à leur arracher leurs terrains. Dans leur requête adressée au délégué général du Gouvernement auprès de la Commune de N’Djaména, enregistrée à son cabinet le 29 novembre 2019, ces habitants rappelaient que « leurs ennuis dus à la convoitise continue de leurs terrains se sont intensifiés après la confusion dans la casse d’il y a une décennie de leurs habitations d’anciens villages non morcelés avec celles prévues dans les plans cadastraux comme réserves de l’Etat ».



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 63205229 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)