Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
ANALYSE

Tchad : les défis et enjeux du secteur de l’artisanat dans la politique de promotion du secteur privé


Alwihda Info | Par Daoud Deroua Abdelkerim - 29 Août 2019 modifié le 29 Août 2019 - 08:08


Le Festival Dary à N'Djamena, le 22 décembre 2018. © DR/PR
Le Festival Dary à N'Djamena, le 22 décembre 2018. © DR/PR
En Afrique, l’artisanat se révèle comme une source de création d’emplois, derevenus et de richesse. Il constitue par conséquent un vecteur plus important pour le développement socio- économique des pays africains. Ainsi, il est apparu comme, « Troisième source de devises dans l'industrie touristique dans le monde, l'artisanat représente entre 20 et 35% d'apport au produit intérieur brut (PIB) des économies africaines1» (http://news.aouaga.com/h/22378.html).

L’artisanat constitue un levier puissant de développement économique et socialdu pays de par sa contribution considérable au PIB, à la création d’emplois, à la valeur ajoutée, à la promotion touristique et surtout à la réduction de la pauvreté. Longtemps laissé à son sort, il se positionne aujourd’hui comme une partieintégrante du secteur privé national.

Ainsi, les petites et moyennes entreprises (PME) sont au cœur du processus decroissance des pays actuellement émergents. Elles se caractérisent dans ces payssur le plan interne par de fortes capacités de création de richesses et d’emplois etsur le plan externe par des dynamiques conquérantes des marchés extérieurs. De ce fait, il est important pour notre pays le Tchad de bâtir des politiques cohérentes, pertinentes et concrètes de promotion des unités économiques afin d’accélérer une croissance économique endogène, inclusive, diversifiée et durable.

Malgré l’engagement du Gouvernement à faire du secteur privé le moteur de la croissance, au Tchad, l’environnement des affaires y demeure peu favorable, ce qui vaut au pays le rang global de 180e sur 190, (d’après le Doing Business 2018). Et en octobre 2019, le Tchad est classé au 181e rang des 190 pays (selon le classement Doing Business 2019). Une légère régression d’un point est constatéepar rapport à l’année précédente. Mais cette position est très faible dans ce contexte marqué par la crise économique sans précédente et où l’Etat cherche à entreprendre des politiques de promotion et d’accompagnement d’un secteur privénational fort.

Malgré la contribution significative de ce secteur au développement socioéconomique du pays, il est confronté à des difficultés organisationnelles, techniques, matérielles, financières et surtout accès à la commande publique. De manière pointue, dans l’artisanat, le manque de compétitivité des biens et servicesest induit par la faiblesse des capacités de production et d’organisation des artisans ainsi que l’insuffisance et l’inadaptation des circuits de commercialisation. A cela, s’ajoutent le faible niveau d’équipement et de qualification des artisans, les difficultés d’approvisionnement en matières premières, d’accès aux servicesfinanciers, la faiblesse des politiques de promotion et l’insuffisance de laformation continue. Toutes ces difficultés freinent véritablement la viabilitééconomique du secteur de l’artisanat et par conséquent diminuent sa contributionà la création de richesse et d’emplois dans le pays.

A cet effet, conscient de tous ces problèmes, l’Etat Tchadien dans sa stratégie de l’atteinte des objectifs de l’axe 3 (une économie diversifiée et compétitive) du Plan National de Développement (PND à l’horizon 2030), doit prioritairement mettre en place des mécanismes de promotion du secteur privé en général et celuide l’artisanat en particulier. Ainsi ces mécanismes auront pour missionsprincipales de faciliter aux entreprises particulièrement artisanales unaccompagnement technique, l’accès au financement et surtout favoriser etprivilégier leur accès à la commande publique. Donc il est nécessaire d’améliorerla performance des Petites et Moyennes Entreprises et d’accroitre leur compétitivité afin de tirer vers le haut la croissance économique, le nombred’emplois, de réduire la pauvreté et d’atteindre des objectifs socioéconomiques.

De ce fait, pour renforcer davantage le développement du secteur privé en généralet celui de l’artisanat en particulier, les propositions suivantes seront importantesdans l’espoir de bâtir une économie forte portée par le secteur privé et nous espérons que ces propositions puissent être prises dans le cadre de mise en œuvrede la Stratégie Nationale de Développement de l’Artisanat (SNDA, déclinée dans le PND 2017-2021, p.46/76)):

- Renforcer la structuration et l’organisation des entreprises artisanales : Une bonne organisation des entreprises est fondamentale pour leur développement. Ainsi il est constaté que ce sont les entreprises individuelles qui sont les plus développées. Par ailleurs, on y trouve rarement des coopératives et des GIE. Les entreprises sont efficaces que si elles sontorganisées en des coopératives. En effet, l’importance de ce regroupement facilite surtout aux PME non seulement la commercialisation de leurs produits face à la concurrence mais aussi l’accès à la commande publique, aufinancement ou au crédit car les responsabilités sont partagées en cas de risques.

- Mettre en place des politiques incitatives et de facilitation à la formalisation des entreprises informelles ;

La formalisation constitue une étape importante et décisive pour toutes les entreprises. Cette phase représente une condition indispensable pour accéder et bénéficier l’accompagnement technique et financier. Ces derniers permettront aux entreprises de booster leur productivité et créer davantage des emplois formels. Pour faciliter cette formalisation aux entreprises, il faut entreprendre des réformes concernant la démarche de création d’entreprises enréduisant les coûtsd’enregistrement et la longueur des procédures, l’obtention de l’autorisation d’exercice et en améliorant l’accès aux services techniques, par exemple au moyen des technologies de l’information et de la communication.

- Promouvoir et perfectionner la qualification professionnelle et techniquedes chefs d’entreprises : Le faible niveau d’instruction des chefs d’entreprises ne leur permet pas de maîtriser la gestion des ressources de l’entreprise dans sa globalité. La capacité technique du chef d’entreprise est importante pour ledéveloppement organisationnel et managérial des entreprises. De ce fait, une qualification professionnelle est requise pour la compréhension du cadrerèglementaire des marchés publics et bien aussi pour l’élaboration technique des offres de participation;

- Faciliter l’accès au financement et à la garantie aux entreprises artisanales : La viabilité et le développement de l’entreprise dépend de sacapacité à mobiliser des ressources pouvant financer ses dépenses d’exploitations ou son investissement. L’entreprise doit être capable d’épargner, de solliciter des prêts et rembourser dans l’échéance convenue.Compte tenu de leur caractère informel et de leur niveau de solvabilité, les institutions financières refusent généralement d’octroyer des crédits aux petites et moyennes entreprises. De plus, même pour les entreprises formelles dans le cadre de la commande publique ou privée, éprouvent souvent desdifficultés financières à assurer l’exécution des commandes. Ainsi elles sont contraintes de faire recours aux banques mais ces dernières exigent des garanties non adaptées à leur capacité financière. Et elles font perdre énormément du temps à la recherche de fonds alors que la commande est inscrite dans un délai bien déterminé. Et ceci impacte négativement sur le délai de livraison des fournitures. Au regard de toutes ces difficultés nous proposons la recommandation consistant à mettre en place un dispositif de financement et de garantie adapté aux petites et moyennes entreprises dans le pays.

- Diminuer le niveau d’importation massive des produits artisanaux étrangers afin de promouvoir la consommation locale (principe du patriotisme économique) : La compétitivité des entreprises réside sur leur capacité à vendre leurs produits au prix du marché. La question des importations connait donc une ampleur sans précèdent au Tchad. Elles concernent des produits divers et continuent de plus en plus à impacter sur la dynamique de la commercialisation des produits locaux. Les produits importés constituent de véritables freins pour le développement du secteur privé local et aussi pour la promotion économique de ses acteurs.

- Faciliter et favoriser un large accès des entreprises artisanales àl’information sur les commandes publiques (la logique de la préférence nationale) : La commande publique constitue une opportunité pour les entreprises artisanales d’en saisir et d’accroitre leurs performances financièreet économique, mais son accession n’est pas une tâche aisée pour cesentreprises. Alors pour accéder à la commande publique, un certain nombre de difficultés sont constatées auprès des entreprises artisanales qui sont entre autres : l’accès à l’information sur les commandes publiques, méconnaissancedes procédures et des opportunités des marchés publics, les frais liés à laconstitution des dossiers, à la garantie bancaire et à l’assurance, les exigencesliées à la qualification, à la conformité fiscale et sociale.

- Renforcer les capacités organisationnelles, matérielles, techniques et financières des structures d’appui à l’artisanat : Le secteur privé est un créneau qui contribue au développement socioéconomique du pays. Nonobstant sa participation considérable dans la production des richesses, dans la création des emplois et la réduction de la pauvreté, le gouvernement dans sa volonté manifestée de promotion du secteur privé et de l’artisanat enparticulier, a créé un certain nombre des structures d’accompagnement. Cesdernières ont pour missions premières d’opérationnaliser cette volonté politique à l’égard du secteur privé. Mais ces structures d’accompagnementrencontrent elles aussi de difficultés pour atteindre convenablement leurs objectifs. Ces difficultés sont liées aux capacités organisationnelles, matérielles, techniques et financières des structures. Alors que La réussite dela volonté politique de l’Etat dépend de la capacité de ces structures à accompagner durablement le secteur privé national.

En effet, au regard de toutes ces difficultés, il est nécessaire de renforcer les capacités des structures d’appui afin qu’elles puissent être dynamiques etefficaces dans leurs missions d’accompagner durablement le secteur privé engénéral et celui de l’artisanat en particulier.

Compte tenu du nombre important de la population évoluant et dépendant directement ou indirectement des différentes catégories de l’artisanat (de production, d’art et de service), le secteur de l’artisanat constitue une priorité dans le processus de relance de l’économie tchadienne.

Publié par :
Daoud Deroua Abdelkerim :
Ingénieur des travaux de planification économique de l’école Supérieure d’Economie Appliquée (ESEA_EX-ENEA) et actuellement en Master II enpolitique économique et analyse économique des projets à L’Université CheikhAnta Diop (UCAD) de Dakar.

1 http://news.aouaga.com/h/22378.html