ANALYSE

Tchad : les partis politiques face à leur responsabilité dans les événements violents du 20 octobre 2022


Alwihda Info | Par - 21 Janvier 2023


Les partis politiques sont tout autant responsables que les autorités pour les événements douloureux du 20 octobre.


La levée de toutes les mesures de suspension des activités de partis politiques qui ont conduit à des manifestations violentes réprimées de manière violente contribue largement à apaiser le climat politique délétère. Cette mesure intervient trois mois après l'expiration de ce délai et coïncide avec les trois mois des événements douloureux qui ont écorné l'image de cette transition politique entamée après la mort du président Idriss Déby Itno au combat.

La communauté internationale a dépêché une mission d’enquête pour établir les responsabilités de différents acteurs impliqués dans les événements douloureux du 20 octobre, mais elle tarde à publier le contenu de son rapport. Au niveau national, la Commission nationale de droit de l’homme, une structure étatique autonome mais indépendante dirigée par Mahamat Nour Ahmat Ibedou, a mené des enquêtes dont les conclusions permettront de situer les responsabilités avec précision. Il est important de souligner que les autres organisations ont été critiquées pour leur prise de position en raison de leur proximité avec l’opposition.

Ce que l’on peut retenir en toute objectivité sur le terrain est que les partis politiques de l’opposition ont sciemment préparé les violences sur le terrain afin de rejeter la responsabilité sur le pouvoir en place et de discréditer la transition politique sur la scène internationale. Une manifestation pacifique ne recourt jamais à la violence dans la rue, avec toutes les conséquences qui en découlent : destruction de biens publics et privés, attaques contre les commissariats et tentatives de prise de contrôle de certaines garnisons militaires. Les partis politiques qui ont participé au dialogue national ont également été visés.

La communauté Moundang, originaire du sud du Tchad et majoritairement de confession chrétienne, a été sciemment prise pour cible par Les Transformateurs. Des maisons et auberges ont été saccagées, des véhicules incendiés devant l’ambassade des États-Unis et sur le rond-point 10 octobre, selon le constat de Alwihda Info. Des manifestants ont été observés armés de machettes et de lance-billes, dans le seul but de commettre des meurtres. L’utilisation excessive de lance-billes a conduit les forces de l’ordre à utiliser des armes létales de manière disproportionnée, ce qui a conduit la communauté internationale à condamner ces actes.

L’attaque contre le commissaire de Walia par des manifestants armés de machettes, il y a trois mois, a conduit au saccage du lieu et à la destruction de véhicules de police. Bien que les manifestants aient été violents, il est inacceptable de justifier un massacre de grande envergure qui a causé près d'une soixantaine de morts. A Moundou, deux civils ont été tués en raison de leur appartenance religieuse par des manifestants et des boutiques d'opérateurs économiques Ouaddiens et Kreda ont été pillées. Les partis politiques de l'opposition ont sciemment créé et entretenu un climat insurrectionnel qui a conduit les forces de l'ordre à utiliser des armes qui ont entraîné la mort de plusieurs personnes.

Le 20 octobre 2022, une cinquantaine de personnes ont péri, selon un bilan officiel, pour l'essentiel de très jeunes hommes tués par balles à N'Djamena par les forces de l'ordre, lors d'une manifestation de l'opposition contre le maintien au pouvoir pour deux années supplémentaires du Président de transition, le général Mahamat Idriss Déby Itno.

Des "arrestations préventives" la veille, d'autres, massives, plusieurs jours et semaines après, ont été dénoncées par les leaders de l'opposition contraints à l'exil ou à se cacher, mais aussi des ONG nationales et internationales. Ils évoquent aussi régulièrement "exécutions extra-judiciaires", "disparitions forcées" et "tortures". Le jeune général Déby avait été propulsé au pouvoir à 37 ans par l'armée, à la tête d'une junte militaire de 15 généraux, le 20 avril 2021 à l'annonce de la mort de son père, le maréchal Idriss Déby Itno. Tué au front par des rebelles, il dirigeait le pays d'une main de fer depuis 30 ans. 

Le nouvel homme fort de N'Djamena avait aussitôt promis de remettre le pouvoir aux civils par des élections au terme d'une transition de 18 mois, laquelle a finalement été repoussée de deux ans en octobre dernier à l'issue d'un "dialogue de réconciliation nationale" boycotté par l'opposition et les rebelles armés les plus actifs.

Le "Jeudi noir" du 20 octobre 2022, l'une des journées les plus meurtrières de l'histoire moderne de ce pays sahélien d'Afrique centrale, 621 personnes, selon le gouvernement, des jeunes hommes pour l'essentiel, avaient été arrêtées puis acheminées à Koro Toro, des baraquements sommaires entourés d'une haute enceinte, petite tâche ocre sur les images satellites, assiégée par les dunes en plein centre du pays.

A plus de 600 kms et deux jours de voiture de la capitale N'Djamena, loin de leurs avocats et parents qui n'ont jamais eu de nouvelles pendant un mois et demi, et dont certains assuraient à l'AFP ne pas savoir si leur enfant était encore vivant.

Le 11 décembre, 401 détenus sur les 601 déportés à Koro Toro, ont enfin été jugés dans l'enceinte du bagne, un procès de masse sans avocats et sans média autre que d'Etat. Quelque "80 mineurs" ont été ramenés à N'Djamena où ils attendent toujours de comparaître devant un juge pour enfants. 

Au procès, expédié en quatre jours, 262 détenus avaient écopé de 2 à 3 ans de prison ferme pour "attroupement non autorisé" et "trouble à l'ordre public" entre autres. Cent-trente neuf avaient recouvré la liberté quelques jours plus tard, dont 80 avec un ou deux ans de sursis et 59 relaxés purement et simplement.

L'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a évoqué fin octobre plus de 2.000 arrestations pendant et après les manifestations mais le gouvernement n'en n'a admis, le 11 novembre, que 621, "dont 83 mineurs", tous emmenés à Koro Toro. 

La prison a été construite en 1996 très loin de toute zone habitée et peut accueillir officiellement 500 à 600 détenus, notamment pour des faits de "terrorisme". Y sont notamment enfermés des combattants jihadistes présumés de Boko Haram et du groupe Etat islamique, très actifs dans la zone du lac Tchad, d'où le surnom de "Guantanamo tchadien".
L'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a évoqué fin octobre plus de 2.000 arrestations pendant et après les manifestations mais le gouvernement n'en n'a admis, le 11 novembre, que 621, "dont 83 mineurs", tous emmenés à Koro Toro. 

Journaliste, directeur de publication. Tél : +(235) 95415519 / 66304389 E-mail :… En savoir plus sur cet auteur

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