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INTERVIEW

Tchad : "notre vision c'est de faire en sorte que l'université de Doba progresse et atteigne l'excellence"


Alwihda Info | Par - 17 Juillet 2021

Dans un entretien à Alwihda Info, le président de l'Université de Doba, Pr. Mbaïnaïbeye Jerome, présente sa vision pour l'établissement d'enseignement supérieur. Il évoque les difficultés et les nombreux défis.


Alwihda Info. Pr. Mbaïnaïbeye Jerome, pouvez-vous nous présenter l'Université de Doba ?

Pr. Mbaïnaïbeye Jerome : L'Université de Doba a été créée par les autorités en 2010 et son fonctionnement effectif a commencé au titre de l'année 2011-2012. Elle comporte en son sein trois facultés et quatre instituts universitaires. Pour le moment, ce sont les trois facultés qui sont fonctionnelles à savoir la Faculté des sciences et techniques, la Faculté des lettres, arts et sciences humaines, et la Faculté de droit et sciences économiques.

Les quatre instituts universitaires ne sont pas fonctionnels pour des raisons d'infrastructures, budgétaires et d'équipements parce que ce sont des instituts professionnels. 

Dans votre fonctionnement, quelles sont aujourd'hui les difficultés auxquelles vous faites face ?

Les difficultés sont plus ou moins les mêmes que les universités sœurs : le manque d'infrastructures. Le nombre d'étudiants augmente chaque année mais les salles de classe et les amphithéâtres ne suffisent pas. Nous avons des difficultés aussi en termes d'équipements, le laboratoire par exemple. Le bâtiment est conçu mais pour le moment, il n'y a pas d'équipements de laboratoire. Nous n'avons pas assez d'enseignants permanents aussi. Nous sommes obligés de faire appel à des enseignants vacataires et missionnaires. Ça crée des difficultés budgétaires. Si les enseignants permanents étaient nombreux, comme ils sont payés par l'État au niveau des salaires et primes, ça nous permettrait d'avoir un peu de marge.

Nos statistiques montrent que les vacataires représentent 65%. Les permanents sont autour de 35% de l'effectif global engagé dans les activités académiques. Le budget que l'État nous donne diminue chaque année alors que les besoins sont croissants. Ce sont quelques-unes des difficultés que nous avons.

Il y a quelques temps, la structuration même des universités a changé. Il y a un recteur académique qui est au niveau des deux Logone. Vous, vous êtes le président d'université. Qu'est-ce qui a changé ? Est-ce qu'il y a eu une amélioration ?

Si tout est mis en œuvre, ça doit être un plus. Dans le passé, les recteurs d'université s'occupaient des universités pour lesquelles ils sont nommés. Les recteurs d'académie en revanche sont nommés pour tout le système éducatif. Il y a six ministères qui sont impliqués dans les académies. L'avantage d'avoir des académies est que ça permet vraiment de décentraliser les activités. Avec le temps, quand tout sera mis en œuvre, les académies vont peut-être pouvoir s'occuper au niveau déconcentré, au niveau local, de l'organisation des examens comme le baccalauréat. Normalement, si les académies fonctionnent normalement, ça leur permettra aussi de gérer leur circonscription administrative. Par exemple, le recteur d'académie basé à Moundou s'occupe du Logone Occidental et du Logone Oriental.

Ce qui devait se décider à N'Djamena doit être décidé au niveau local. Comme ça, c'est un avantage. Pour le moment, comme ça vient de commencer, il faut un peu de temps pour que tout soit mis en œuvre, pour permettre vraiment de sentir ce qu'apporte les académies qui sont créées.

Dans presque toutes les universités du Tchad, on voit que d'années en années, il y a des chevauchements. Dans votre université, c'est un peu particulier parce que l'année ne se chevauche pas tellement. Quel est votre secret ? Comment faites-vous ?

Nous n'avons pas de secret en tant que tel. Nous essayons de travailler jour et nuit, de faire en sorte que les choses marchent. Le plus souvent, la grève, soit des étudiants, soit des enseignants, est un facteur qui joue beaucoup sur la marche normale des activités. C'est ça qui fait qu'il est difficile de finir l'année correctement. Comme les grèves freinent les activités, c'est ça qui fait que les années élastiques sont palpables. À l'Université de Doba, on essaye de faire en sorte que les choses marchent. Les étudiants, on dialogue souvent avec eux, on les conscientise, on leur fait savoir que nous sommes là pour eux et que l'avenir du Tchad de demain va reposer sur eux aussi. Il faudrait qu'ils soient conscients de ce qu'ils font.

S'il y a des choses qu'ils veulent, on peut toujours dialoguer. Seulement, il faudrait aussi respecter les textes de l'institution. Il y a, à peu près un an et demi, ils sont allés en grève. Ce n'était même pas justifié. Après tout, ils ont compris qu'ils ont mal agi. Ils ont bien compris qu'ils sont leur avenir. Nos collègues enseignants-chercheurs, on essaye de dialoguer avec eux. Actuellement, une partie de nos enseignants est allée en grève pour demander des heures supplémentaires et certains arriérés de transport. Mais nous dialoguons toujours avec eux.

Pour le moment, à Doba, on compte deux syndicats. Le Syndicat des enseignants du Tchad (SET) et le Syndicat national des enseignants et chercheurs du supérieur (SYNECS). Les revendications sont plus ou moins les mêmes. Nous avons appelé les deux syndicats pour dialoguer avec eux. Ceux du SET ont quand même fait un pas parce qu'ils ont compris tout ce qu'on a dit. Ils ont dit qu'ils vont reprendre les activités jusqu'à ce qu'on puisse réévaluer. Cependant, nos confrères du SYNECS, pour le moment, ils sont toujours en grève. Je souhaite qu'ils reviennent sur des meilleurs sentiments pour qu'on puisse entamer les examens et les terminer.

Concernant leurs revendications, tout ce qu'on a pu faire, on l'a fait. Normalement ça aurait dû être payé mais ce n'est pas le cas. Le problème n'est pas à notre niveau. C'est au niveau du trésor public. On essaye aussi de faire le suivi pour permettre à ce que les choses marchent.

Vous avez lancé la distribution de nouvelles cartes biométriques aux étudiants. Pourquoi ce changement et quel est l'intérêt d'avoir une carte biométrique par rapport aux anciennes ?

Les anciennes cartes sont imprimées sur simple papier carton. Par exemple, pendant la période, s'il pleut, la carte peut se mouiller. Et même pour la conservation, durant l'année académique, parfois ça se déchire. Nous avons pensé qu'il serait mieux d'éditer des cartes sécurisées qui pourront servir à leurs activités estudiantines. Ça leur permet de les conserver en bon état jusqu'à la fin de l'année académique. C'est sécurisé.

Quelle est votre vision pour l'université de Doba ?

Notre vision c'est que l'université de Doba devienne un pool. C'est une université qui est située à peu près à mi-chemin entre l'université de Sarh et l'université de Moundou. Si cette université arrive à émerger, ça va permettre aux deux autres universités d'émerger et de se mettre ensemble, de conjuguer leurs efforts pour atteindre les objectifs.

Nous aimerions disposer de suffisamment d'infrastructures, de salles de classe et d'équipements de laboratoire. Pas seulement pédagogique mais de recherche aussi. Nous sommes dans des zones où l'on a de la matière pour des recherches appliquées. Ce sont des zones d'agriculture, d'élevage, etc. Il y a beaucoup de choses à faire. Les enseignants-chercheurs doivent contribuer à l'émergence de la société, au développement au niveau local et national aussi. Si nous avons ces conditions réunies, je pense que les enseignants-chercheurs de l'université de Doba peuvent faire beaucoup de choses pour contribuer à l'essor de la province et du pays. Tout cela demande des moyens financiers. Si nous en avons, on pourra avoir d'autres bâtiments. On a un seul amphithéâtre maintenant alors que le nombre d'étudiants augmente chaque année. Les quatre instituts universitaires ne sont pas fonctionnels alors qu'on peut former des titulaires de licences professionnelles qui seront opérationnels sur le terrain. Ce sont des filières porteuses.

Notre vision c'est de faire en sorte que l'université de Doba progresse et atteigne l'excellence. Rien ne nous empêche, si les moyens le permettent, de travailler pour être dans le classement des universités africaines, et pourquoi pas le classement des universités mondiales. Mais ce sont les moyens qui sont limités. Le souhait c'est de vraiment avoir des infrastructures d'accueil, des laboratoires avec des équipements pédagogiques et de recherche aussi.

Propos recueillis par Golmem Ali.

Golmen Ali
Correspondant de la province du Logone Occidental En savoir plus sur cet auteur