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EDITORIAL

Tchad : repenser la journée nationale de la prière


Alwihda Info | Par - 24 Décembre 2018 modifié le 24 Décembre 2018 - 20:04


La journée nationale de prière au Tchad. © PR
La journée nationale de prière au Tchad. © PR
28 ans de règne, c’est maintenant que le président de la République du Tchad Idriss Déby Itno se rend compte que le désordre est un mode de gouvernance du pays et que les tchadiens vivent l’uniformité sans l’unité. Cette confession qui ne conduit pas au paradis a été faite le 28 novembre dernier lors de la journée dite nationale de prière pour la paix et la concorde nationale.

28 novembre 1958, les tchadiens après moult débats se sont convenus pour vivre dans une République unitaire. Ce moment immortel est depuis 9 années sous le boisseau. C’est plutôt une prière qui se fait en lieu et place de la célébration de la proclamation de la République du Tchad. Les autorités, même les plus hautes, ont occulté ce moment. Aucun rappel de cette circonstance n'est fait, ne serait-ce que pour permettre aux jeunes tchadiens de savoir comment nous sommes arrivés à la proclamation de cette République. Depuis l’institution de la journée nationale de la prière pour la paix et de la concorde, l’anniversaire de la proclamation de la République a été placé à gauche.

La journée nationale de prière n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais la manière dont cette journée est célébrée reste une question sans réponse. Les tchadiens sont fortement religieux alors il est important qu’ils demandent à Dieu de leur donner la paix. Mais cette manière de se retrouver dans une petite salle, avec un échantillon de N’djaménois permet-il de prier Dieu le Souverain ? Prier Dieu exige certaines dispositions : la tranquillité du cœur, de l’esprit et même la liberté physique. Or, dans le cas d’espèce, il est très difficile de se concentrer pour prier, surtout avec la présence des gardes républicains, des agents de renseignement et bien d’autres qui inquiètent les participants à la prière.

Le comble est que des billets de banques ont été injectés pour que la paix revienne au Tchad. D’ailleurs ceux qui sont allés pour la prière ne sont pas en paix. Car la paix ne veut dire pas seulement absence de guerre. Comment celui qui n’a pas mangé peut être en paix ?

La paix qui est un don de Dieu nécessite un préalable. Il faut être disposé d’abord à recevoir cette paix, à l’entretenir quotidiennement et à la vivre intérieurement car disait le pape François : « il faut que nous désarmions nos cœurs pour recevoir la paix ». Cette exhortation du saint Père doit interpeller les autorités tchadiennes à tous les niveaux. Celles de la République en premier lieu et ensuite les religieux. Les autorités républicaines doivent rétablir une véritable justice au Tchad, condition nécessaire et suffisante pour l’égalité entre les tchadiens. Puis, elles doivent assurer une bonne gouvernance et écouter les cris du peuple pour que la paix dans toutes ses dimensions règne au Tchad.

Les religieux de leur part doivent instruire leurs brebis dont ils ont la charge pour qu’ils aient la crainte de l’Eternel et qu’ils agissent en vérité pour une cohabitation pacifique car, « ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise : la République », disait Mgr Edmond Djitangar.

Pourquoi ne pas changer la manière de faire la prière nationale ?

Parlant de la manière d’organiser la journée nationale de prière pour la paix et la concorde, les responsables pourraient mieux faire en expérimentant autre manière qui est celle de rester chacun dans sa paroisse, dans son église ou dans sa mosquée et prier. Puisque c’est une journée nationale de prière, il faudrait bien que tous les tchadiens de tous les horizons y participent. Mais avec cette manière de faire, beaucoup sont écartés de cette prière. D’ailleurs, c’est simplement un échantillon des N’Djaménois qui se retrouvent chaque 28 novembre au palais du 15 janvier pour plus de folklores.

Si chacun se retrouvait dans son lieu de prière habituelle, l’on n’a pas besoin de moyen financier pour la tenue de cette prière. Puisque la crise financière a empêché la tenue de cette journée pendant quelques années. Pourquoi faire compliqué, quand à côté il y a simple à faire.

Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication. Tél : +(235) 66304389 E-mail : djimetwiche@gmail.com En savoir plus sur cet auteur