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AFRIQUE

Cameroun/Covid-19 : La solidarité africaine contre la pandémie selon Arnaud Tonga


Alwihda Info | Par - 4 Avril 2020

Chargé de Recherche et Suivi Evaluation à Dynamique Mondiale des Jeunes (DMJ, Arnaud Tonga Tonga Junior prend position au moment où le Cameroun a atteint 10 décès et la barre de 500 cas positifs à la maladie au Coronavirus. Bien plus, l’on est dans l'impossibilité de mobiliser la pharmacopée traditionnelle pour venir à bout d'une contamination et expansion exponentielle de la pandémie. A travers lui, Dynamique Mondiale des Jeunes (DMJ) suggère des approches et modalités d'organisation sociale pouvant aider à soutenir l'accompagnement actuel ou à venir des populations.


Cameroun/Covid-19 : La solidarité africaine contre la pandémie selon Arnaud Tonga
« La crise sanitaire d’envergure mondiale qui frappe l'humanité comme une nébuleuse n’épargne pas le continent africain. L’Afrique au Sud du Sahara, on ne le dira jamais assez, confrontée pour la majorité de ses Etats, à un système sanitaire fragile, peu évolué et mal structuré, court le risque de payer le lourd tribut de cette pandémie mondiale si des mesures de confinement strictes ne sont pas appliquées pendant qu’il est encore temps. Du moment où la Chine affirme avoir réussi à contenir l’expansion du virus COVID-19, entre autres, grâce au confinement total, il est urgent pour l’Afrique et le Cameroun de s’y lancer, bien évidemment en imaginant déjà des scénarii de prise en charge ou d’appui des ménages vivant au jour le jour.
Au Cameroun, le confinement partiel a été décrété le 17 mars 2020 comme l’une des 13 mesures du chef de l’Etat pour faire face à l’expansion du virus sur le territoire. Mais très vite, des voix se sont levées pour critiquer la faisabilité ainsi que les conséquences économiques du confinement fut-il partiel dans notre pays marqué par un contexte socio-économique fragile et où plus de la moitié des ménages vivent au jour le jour, c'est-à-dire du revenu journalier des chefs de ménage. Cette réalité implacable si elle est mal analysée peut s'opposer aux restrictions prescrites par le gouvernement. Pourtant en face, une autre réalité irréfutable qu'il ne faudrait pas négliger, c’est l’incapacité de nos formations hospitalières à faire face à un seuil d’affluence de patients souffrant des complications des effets de COVID-19 sur leur santé.
Le plateau technique est susceptible d’être déficitaire en cas d’affluence. Le personnel soignant est en nombre insuffisant, la conscience professionnelle de plusieurs, laisse à désirer. L’esprit mercantile est malheureusement le lot de quelques brebis galeuses qui ont intégré le corps sans vocation et par dépit. Les professionnels du corps soignant eux-mêmes et les responsables les plus avertis du ministère de la Santé publique reconnaissent que le Cameroun n’est pas préparé à ce jour à faire face à une crise sanitaire de l’ampleur des pays occidentaux comme l’Italie ou l’Espagne. Aussi, le personnel médical des pays amis est quasi débordé en ce moment pour se mobiliser et venir à notre rescousse. C’est dire qu’il faut penser ou activer une forme de solidarité sociale que le peuple et principalement le bas peuple pourrait facilement expérimenter pour prévenir l’infection de masse et organiser la subsistance si le confinement venait à se durcir.
Pour s’en sortir, les Camerounais ont le défi de s’organiser depuis la base. Le contexte de décentralisation leur donne les moyens légaux de le faire. Car le développement et la conduite de l’action publique locale doivent se faire de façon participative. A ce sujet rien n’interdit à une collectivité territoriale décentralisée sous l’impulsion de son Maire, d’organiser ou de réguler le confinement dans sa Commune. Selon notre perception de la participation promue dans le code général de la décentralisation du 24 décembre 2019, les citoyens doivent prendre l’initiative de s’auto organiser depuis l’échelle inférieure de la collectivité qu’est le « bloc » autour des chefs de bloc. Pour ce qui concerne Yaoundé et Douala, c’est l’unité d’organisation sociale structurée de base que nous observons et dont nous avons l’assurance de l’existence. Dans les autres communes qui sont en zone rurale ou périurbaine, il y a des chefs de 3ème degré et dans une moindre mesure les notables autour desquelles les populations peuvent s’organiser.
A l’initiative des leaders naturels ou de faits, des chefs de blocs ou notables, sous l’encadrement des chefs de 3ème degré, eux-mêmes sous l’encadrement du maire et du sous-préfet doivent veiller au respect du confinement en particulier et des autres mesures gouvernementales salutaires pour la Nation. Dans cette logique, les chefs de ménages doivent se concerter avec leur chef de bloc pour :
Evaluer le niveau d’appropriation et de respect des 13 mesures gouvernementales et les difficultés de mise en œuvre spécifique à leur bloc ;
Identifier et recenser les besoins vitaux des familles ou ménages des différents blocs et les documenter dûment dans des registres utiles à l'avenir pour la recevabilité ;
Evaluer de façon objective les besoins de bases des ménages du bloc et établir une échelle de précarité des ménages en fonction de l’activité et des revenus du chef de ménage et du nombre de bouche à nourrir ;
Définir les modalités pour veiller au respect de l’application des mesures gouvernementales et des moyens de domestication de celles-ci au niveau local ;
Mettre sur pied un moyen de communication entre les volontaires et les autorités suivant la chaine de prise de décision sociale ;
Mettre sur pied un comité de collecte et de circulation des informations officielles et de partage des expériences personnelles éprouvées ;
Mettre sur pied des scénarii réalistes de mobilisation et de constitution des réserves alimentaires endogènes et de redistribution d’une éventuelle manne gouvernementale ou des ONG internationales ;
Barrer la route à toute forme de détournement d’une éventuelle assistance de l’Etat ou des organismes humanitaires d’approvisionnement en denrées alimentaires et surtout se rassurer de l’équité dans le partage.
Comment cela peut-il se faire de façon opérationnelle et réaliste ?
Il faut tout d’abord que les chefs de ménage soient sensibilisés et prenne conscience de l’urgence de la situation et se mettent d’accord de la nécessité d’agir en synergie ;
Il faut que les chefs de ménage du bloc soumis à un exercice de brainstorming tombent d’accord qu’ils ne peuvent pas se tirer d’affaire en agissant de façon solidaire ;
Il faut mettre sur pied un comité de vigilance composé de bénévoles pour surveiller et interpeller. Les médiateurs communautaires seront à cet effet mis à contribution car disposant d’une formation de base pour intervenir ;
Les réunions doivent se tenir dans un espace ouvert et la participation des chefs de ménage doit être obligatoire ;
Le facilitateur de la séance doit mettre en avant l’importance de la solidarité africaine et de la mutualisation des efforts.
Cette approche de solidarité que nous essayons de décrire, n’est pas irréaliste, car Dynamique Mondiale des Jeunes à eu à l’expérimentée au cours du troisième trimestre de l’année 2018 avec des jeunes rassemblés au sein des associations dans de trois quartiers de Yaoundé pour une campagne de la salubrité. Les jeunes des quartiers qui sont sur les axes des stades ou devraient se jouer la Coupe d’Afrique des Nations ont été mobilisés, sensibilisés et ils se sont engagés à dégager les poubelles sur le long des axes conduisant aux deux stades devant accueillir la compétition à Yaoundé. Les jeunes ont compris que pour la beauté de la fête du football, ils avaient besoin de le faire pour sauver l’image de la cité capitale aux yeux des touristes. Ils avaient pleinement conscience qu’une société a cette responsabilité, mais ils savaient aussi qu’ils leur revenaient d’appuyer les efforts de cette société. De même, avec cette crise, il faut que les populations se mettent ensemble pour jouer leur partition et anticiper les actions du Gouvernement. Chacun est susceptible d’être affecté directement ou indirectement. S’organiser pour confiner COVID-19 n’est en rien un mal car c’est d’abord pour soi et sa famille qu’on le fera.
A côté de cette forme de solidarité, nous avons les camerounais originaires de l’Ouest qui ont une expérience de la solidarité, à travers la pratique de la tontine qui doit à l’occasion être convoqué pour mobiliser un minimum de ressources pour équiper les quartiers en outil de base pour se laver les mains, pour désinfecter les quartiers, acquérir des combinaisons adaptées pour les bénévoles et si nécessaire créer des centres d’isolement locaux. Les autres cultures ont également des formes ou expressions originales de la solidarité qu’il serait intéressant d’explorer et de valoriser les aspects utiles pour confiner le virus. Notre modeste contribution est guidée par un seul intérêt, celui de puiser dans notre culture pour vaincre ce fléau mondiale et donner une fois de plus l’exemple au monde. Cette crise sanitaire doit être vaincue par l’expression de nos solidarités africaines. Nous avons la responsabilité de nous sauver tous ou de nous laisser périr collectivement.
Le peuple dispose de deux options : soit attendre que le gouvernent mobilise ce dont il a besoin et vienne le servir à domicile, ce qui est anachronique par rapport au contexte de décentralisation et risqué pour lui, connaissant la cupidité de plusieurs ; soit s’auto-organiser pour inciter le gouvernement à adopter des mesures d’accompagnement des ses efforts et préparer la distribution des subventions ou dons qui pourraient venir des âmes de bonnes volonté si le confinement venait à être stricte dans les prochaines semaines. »