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AFRIQUE

Cameroun : Guy Berlin Tchapi : « Le photographe de presse doit avoir des rudiments du journalisme »


Alwihda Info | Par - 16 Août 2020

Diplômé en photographie de l’Institut Supérieur Siantou de Yaoundé, le photographe professionnel parle de son métier et interpelle les pouvoirs publics, à l’occasion de la célébration par les Nations-Unies de la Journée mondiale de la photographie le 19 août 2020.


« La photographie a une place de choix dans le quotidien des citoyens du monde ».
« La photographie a une place de choix dans le quotidien des citoyens du monde ».
Au moment où le monde célèbre la journée mondiale de la photographie, quelle est l’importance de ce secteur dans la société d’aujourd’hui ?
Permettez-moi de définir d'entrée de jeu la photographie. En effet photographier, c'est dessiner avec la lumière. Photographier consiste à capter ou enregistrer une image à travers un objectif. Nous devons la première image-photo au physicien Nicephore Niepce en 1822. Cela dit, la photographie dont nous célébrons la journée internationale ce 19 août 2020 a une place de choix dans notre vie, au quotidien. Elle est d'une importance indescriptible, surtout dans le secteur de la communication.
On ne saurait parler par exemple de la presse écrite sans faire allusion à la photographie. Sinon, les articles de presse seraient très peu digestes. D'ailleurs, vous ne verrez jamais un journal quel qu’il soit, sans aucune photo à la Une. Car la photo, non seulement illustre un article de presse, mais rend le journal plus captivant et attrayant. Dans le secteur de la télévision, elle est indispensable. Je dirai même qu'il n'y a pas de télévision sans photographie, étant entendu qu'en télévision, on utilise les images mobiles, mais aussi les images fixes. Cela est aussi valable pour le cinéma.

Il y a également un domaine où la photographie est incontournable, à savoir la publicité. Qu’en est-il exactement ?
Effectivement, la publicité n'est pas en reste. Puisqu'au-delà des textes et des messages, la photo est très souvent sollicitée pour habiller et illustrer la publicité, ceci en vue de captiver l'attention du potentiel consommateur. Tous comptes faits, nous pouvons dire avec le ministre de l’Information et de la Culture, Henri Bandolo de regrettée mémoire, qu’une photo vaut mille mots.

Quelles sont les difficultés auxquelles est confrontée la photographie ?
Comme dans plusieurs corps de métiers, la photographie connaît elle aussi ses difficultés. D’abord, elle n'occupe pas toujours la place qui est la sienne. Car comment comprendre, qu’aussi bien au ministère de la Communication comme au ministère des Arts et de la Culture, l’on n'ait pas de service de photographie, encore moins une direction en charge de la photographie. Figurez-vous, en dehors de la présidence de la République et dans une moindre mesure à la Primature, la plupart des services étatiques et parapubliques n'ont pas dans leur organigramme, un service photo. Et quand bien même il existe, il est soit très peu fourni en matériel et en personnels qualifiés. L'une des réelles difficultés de la photographie de nos jours reste la formation. Très peu de photographes aujourd'hui sont formés.
Il est plus qu’urgent qu'un accent soit mis sur la formation, car le photographe, du moins celui de la presse, est un maillon essentiel et mérite d'avoir certains rudiments de la pratique du journalisme. La photographie est un vaste secteur de métiers bien structurés. Elle touche beaucoup de secteurs d'activité. L’imagerie médicale par exemple (radiographie/échographie) est une application de la photographie…

Face à ces difficultés, quel est le message que vous adressez à l’endroit des pouvoirs public du Cameroun ?
Il est plus qu’impérieux que les pouvoirs publics nous aident à organiser et structurer le secteur de la photographie dans notre pays, car jusqu'à présent ça semble être un fourre-tout. Il existe quelques regroupements (syndicats, associations, ligues...) qui ne répondent pas toujours aux attentes des adhérents du fait que certains ont été créés pour satisfaire les actions personnelles des leaders. D'ailleurs, nous sommes en train de mener une réflexion en vue de la mise en place d’un mouvement qui sera à cheval entre un syndicat et une amicale. Et dont le leitmotiv sera la formation et la professionnalisation, la réclamation et la protection des droits de ses membres. La photographie est un métier noble qui peut faire vivre décemment.
Il suffit pour cela que certains éléments soient pris en compte, aussi bien par les pouvoirs publics que par les professionnels eux-mêmes. Entre autres, l'organisation du secteur (extirper au maximum les brebis galeuses), la formation (donner des rudiments en terme de technique de prises de vues, de déontologie...). Il est indéniable que si les Nations-Unies ont consacré toute une journée internationale à la photographie, c'est qu'elle a une place de choix dans le quotidien des citoyens du monde.

Y-a-t-il des manifestations particulières prévues pour cette journée au Cameroun ?
En raison de la crise sanitaire actuelle, il n’est plus possible d’organiser les choses comme par le passé. Qu’à cela ne tienne, permettez-nous d'avoir une pensée pieuse pour quelques valeureux photographes qui ne sont plus de ce monde. Nous pensons à nos enseignants Okono et Obanyate, à nos collègues Jean Jacques Ewong, Maurice Ebanga et Joseph Kengne. Nous oublions certainement beaucoup d'autres. Frantz Fanon disait : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Nous avons découvert la nôtre, celle de maintenir toujours allumée, la flamme de la photographie moderne qui contribue au rayonnement de notre pays. Il s’agit de rechercher l’image qui favorise l'intégration nationale et la cohésion sociale, bref, celle qui participe au développement.