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ANALYSE

Centrafrique : Les 12 travaux d'Hercule de Touadera


Alwihda Info | Par Fanta Biderman-Kenguemat - 25 Février 2016 modifié le 25 Février 2016 - 00:02


Par Fanta Biderman-Kenguemat
Analyste économique de LNC


MUNICH (LNC) — Comme le disait si bien Guy Roux, l'ancien emblématique entraîneur de football d'Auxerre, "les fautes d'arbitrage finissent par s'équilibrer à la fin."


Ceci pour dire que ces élections générales (présidentielles et législatives) en Centrafrique, furent, pour parodier Georges Marchais: "Globalement fraudées."
Mais apparemment, point n'est là l'avis du centrafricain de la rue. Pour l'ensemble,

"en Afrique, ça triche dans toutes les élections, et au moins, pour une fois ici, on a des élections."


Ce qui force l'analyste extérieur à ne pas trop regarder dans les coins. Mais pose un souci évident : QUELLE EST LA CREDIBILITE DU NOUVEAU PRESIDENT ELU ? Surtout, comme apparemment, il y a eu des tricheries à tout va par les deux camps des deux finalistes de la présidentielle.


TOUT FAIRE ET TOUT REFAIRE


Le Centrafrique, pays déjà instable par définition, et comme on ne cesse de le dire, championne du monde des coups d'état, est tombé dans le pire des tourments, après un énième coup d'état, son plus sanglant, celui des Séléka de Djotodia.


Le pays depuis a basculé dans le pire imaginable, et n'arrive toujours pas à en sortir.
Serait bien naïf que celui qui penserait, comme l'ONU et la France, qu'avec des élections, les choses iraient mieux. C'est une totale illusion.
Car rien n'a changé, les Anti-Balaka font toujours la loi, dans des quartiers de Bangui notamment, et les Séléka sont les rois en province.
Quel sera donc le pouvoir réel du président élu face à cela ?


1- HERITAGE CATASTROPHIQUE


La transition héritée des accords de Libreville a accouché de cette espèce de cotte mal taillée afin de donner au pays un semblant de légitimité a, pour l'essentiel échouée.
"Transition bancale" ironisait le président tchadien Idriss Deby, jamais en mal de noms d'oiseaux pour qualifier l'exercice politique (que par ailleurs il juge catastrophique) de Samba-Panza, posée au pouvoir par le jeu à la romaine des "conseillers" de la transition. Et donc, sans consultation populaire, ce qui en fait une sorte de coup d'état constitutionnel.

Le président Touadera devra reprendre de A à Z les composantes fallacieuses de cet héritage transmis par des individus non élus.


2- UNIFIER LE PAYS


La Centrafrique en tant que pays n'est que "expression géographique", tant, tout ne se passe qu'à Bangui (Economie, culture, sport etc..)
A notre sens, le tout premier devoir du président consistera à faire l'effort de parcourir les provinces afin de rassurer les populations tant oubliées.
La RCA jouit d'une richesse inouïe de variété d'ethnies. Mais cette richesse est devenue son talon d'Achille. Le Nord et l'extrême Est du pays sont totalement oubliés, abandonnés de fait aux exactions des seigneurs de guerre locaux, quand ce n'est pas d'ailleurs comme le cas de la LRA de Joseph KONY.

N'être que le président de Bangui, comme l'est Samba-Panza et les autres avant elle, n'a strictement aucun intérêt.
TOUADERA se doit d'être le président de tous les centrafricains. Et pour cela, il va falloir se mouiller la chemise.


3- REBATIR LES INSTITUTIONS


Selon les codes auto-imposés par la Cour Constitutionnelles de Transition, tout comme du côté de l'Autorité Nationale des Elections, ces individus s'estiment INAMOVIBLES, or, ces deux institutions n'émanent pas d'un pouvoir légitime, mais d'un coup d'état.

De même qu'il a le devoir de ne pas se faire imposer une Constitution omposée à leurs faveurs par les membres de la Transition, d'autant plus que les Centrafricains ne l'ont pas adoptés mais imposée par des tricheries, et de la Transition, et de l'ONU.

Comment les centrafricains pouvaient-ils adopter une Constitution qu'ils n'ont pas lu ?

A l'évidence, TOUADERA devra refaire un referendum à propos.


Le nouveau président aura donc obligation de casser ces deux institutions, pour en imposer de nouvelles légalement légitimes de par l'autorité que lui confère les votes populaires.


4- BANGUI CAPITALE POUBELLE


Il est bien loin le temps des années 50 de "Bangui la coquette" la plus belle ville d'Afrique.

Et oui, qui l'eut cru ? En ces temps là, Bangui était la ville la plus belle du continent. Héritage de la colonisation, que les nouveaux pouvoirs locaux n'ont su préserver.
Ville qui était dotée de toutes les infrastructures modernes : cadastre au top chaque maison avait une boîte postale pour le courrier déposé par les facteurs, une voirie au top qui passait tous les 2 jours, un service de transport public de haut niveau, etc....
Ce temps là est bien loin.
Si Touadera ne reconstruit pas Bangui la capitale, alors il aura échoué.


5- ELECTRIFICATION ET EAU POTABLE DANS TOUT LE PAYS


Le fait n'est pas que centrafricain. De nombreux pays sur le continent n'ont ni électricité, ni eau potable dans le reste du pays, hormis dans la capitale.
Mais en RCA, c'est pire, même à Bangui, l'eau potable et le courant ne sont distribués qu'à discrétion des avatars de l'ENERCA et des services des eaux. Inutile de parler des provinces, toujours oubliés.
Touadera ne réussira son mandat, que s'il est capable de gagner cet immense défi !


6- UNE ARMEE A CONSTRUIRE


Les FACA contrairement à la légende n'ont jamais été une armée républicaine.


Bokassa qui les a fondé, les bâti à son service personnelle. Et ses successeurs se sont tous méthodiquement à continuer dans cet esprit.
Le pic maximal de danger fut atteint lors des attaques de Séléka en 2013. Bozizé, méfiant, s'était toujours refusé à correctement les armer. Ce qui causa leur débandade face à des guerriers déterminés, et sa honteuse chute du coup.
Avec justesse, depuis son arrivée en RCA, l'ONU a bloqué la remise en place effective des FACA. D'autant plus que l'essentiel de ses soldats a basculé depuis en Anti-Balaka. Remettre les FACA en l'état, les rendrait terriblement dangereux et incontrôlables sous l'uniforme national.

Touadera va donc devoir, et avec grande prudence, construire quasiment de toutes pièces une armée réellement nationale.


7- UNE EDUCATION A VAU-L’EAU


Même en périodes dites "normales", le niveau de l'enseignement à tous les niveaux, de la primaire à l’universitaire, est un des plus bas du monde.
En Centrafrique, un universitaire Bac+ 5 n'a pas le niveau d'un élève de 3ème en France.
Sans compter les faux-vrais diplômes de faveur délivrés par des enseignants indélicats.
En outre, comble de malheur les "années blanches" se comptent à la pelle.
A vrai dire, ceci sera sans doute le chantier le plus important du président, lui le professeur de mathématiques devrait y être très sensible. Car un pays sans enseignement de valeur se construit un futur sans espoir. Or, près de 60% des centrafricains ont moins de 20 ans, et il est urgent de les éduquer, afain de baisser le taux d'analphabétisation national, estimé à plus de 85%.


8- ECONOMIE, QUELLE ECONOMIE ?


Les centrafricains aiment s’enorgueillir de la très grande richesse de leur sous-sol, mais que l’étranger ne cesse de piller. Soit ! Dès lors, il va falloir la valoriser par un contrôle strict du pouvoir sur ces richesse. Ce qui est loin d'être gagné.
Car les pouvoirs successifs dans le passé ont méthodiquement bradé l'exploitation des richesses nationales à des étrangers. Là encore, le nouveau président devra avoir le courage de tout remettre à plat, et ne signer que des accords économiques et commerciaux, non pour des intérêts personnels, mais pour celui de la Nation.
Vœu pieux certes, car à ne pas douter, les risques de chantage à l'aide ne seront pas à négliger, mais il en va de la survie économique de la Centrafrique.

La fiscalité est également un des chantiers à remettre en place. Actuellement, à peine 15% des taxes diverses, douanières et autres n'entrent dans les caisses de l'Etat. Le reste étant prélevé indûment par les bandes armées en province, se substituant à l'Etat pour leurs intérêts propres.
Sécuriser la 'voie sacrée' ou l'axe Bangui-Douala est également une priorité des priorités.

Centrafrique pays enclavé, ne dépend pour ses importations et exportations de son accès principal à la mer via le Cameroun.
Ce qui entraîne la mise en place d'un autre chantier - oublié depuis Bokassa - celui de la mise aux normes des routes en Centrafrique afin de faciliter, et la circulation des individus, et celles des marchandises.


Et en passant, mettre un terme final à cette pratique moyenâgeuse et décadente des contrôle des routes par des barrières, prétexte inique des gendarmes pour rançonner les voyageurs.


9- INTEGRER L'ECONOMIE INFORMELLE ET LE PETIT COMMERCE


Des initiatives, une des rares intéressantes furent prises sous Bozizé fut de faciliter la création d'entreprises en Centrafrique, mais rarement appliquées sur le terrain, faute de moyens. Car il ne suffit pas de pondre des décrets et des lois, il faut se donner les moyens de les appliquer. En plus, uniquement à Bangui ces rares initiatives sont applicables quand c'est possible. Etendre cela dans tout le pays sera un minimum.
Il faut faciliter l’initiative entrepreneuriale et l'accompagner.


10- RECONSTRUIRE L'ADMINISTRATION


Catherine Samba-Panza, tout le long de son interim au pouvoir, n'aura régné que sur 3km2 à Bangui. La province, elle a soigneusement évité d'y quasiment mettre les pieds.


Le devoir colossal attendant le président va donc consister à non seulement remettre en place les institutions de la République dans tout le pays, mais également à les moderniser. Ce qui au minima, le contraindra à mettre les pieds en province, et non par des intermédiaires, contrairement à CSP. Car il faut rassurer les fonctionnaires du pays.
Par ailleurs, rien de tout cela ne sera possible sans la mise à jour des ARRIERES DE SALAIRES, cumulés depuis des mois, voire des années. Où trouver l'argent ? Ce sera le gros hic !


11- UNE DIPLOMATIE PROCHE DU RIDICULE


En plus de défaire les diplomates en place à l'étranger, "amis" de Samba-Panza et de ses amis de la "Transition", le président aura l'obligation de crédibiliser ses ambassades, et mettre fin aux scandales d’expulsions des locataires des ambassades centrafricaines.
Se crédibiliser, et le pays avec, en nommant non pas des "pantoufleurs amis" comme ambassadeurs, mais de réels professionnels de la diplomatie.


12- THE BIG DEAL


Selon "l'Observatoire centrafricain économique et social", pour moderniser la RCA un minimum, le pouvoir en place doit disposer d'au moins 400 millions de $.


Et l'occasion est belle pour Touadera encore vierge en tant que chef d'état de lancer un appel financier international pour cela par emprunt.
Il doit profiter de l'euphorie de la victoire pour très vite s'y mettre, car attendre c'est réduire ses possibilités d'actions.


Le temps des bricolages, le temps de la gouvernance par la mendicité internationale doit cesser.


Autrement, sans un contrôle REEL des manettes du pays, Touadera ne sera qu'un fantoche de plus au pouvoir en RCA.

Une fois de plus, où trouver l'argent ? C'est là son principal et unique défi pour commencer.


CONCLUSION


Nous sommes très conscients qu'il existe bien évidemment bien d'autres dossiers à aborder et à régler.


Et pour parler clair, un jour ou l'autre, il faudra bien aborder le sujet du FRANC CFA, que les pays francophones doivent quitter.


Nous ne rêvons pas, TOUADERA ne se risquera pas sur ce terrain, et surtout pas seul. Autrement, il sera la cible privilégié des français.

Aussi, ces 12 travaux ne sont quelque part qu'illusions.


AUCUN PAYS SOUS DOMINATION DU F CFA NE PEUT SE MODERNISER....C'EST MECANIQUE. TOUT EFFORT ECONOMIQUE PROFITE DE FACTO AU TRESOR FRANCAIS.

TOUADERA AURA-T'IL LE COURAGE DE POSER LE PROBLEME DU F CFA ?



© Février 2016 LNC – LAMINE MEDIA