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AFRIQUE

Centrafrique : la MINUSCA et le non-respect du mandat sur la protection des civils


Alwihda Info | Par Husseini Mahamat - 1 Octobre 2019 modifié le 1 Octobre 2019 - 10:40


Centrafrique : la MINUSCA et le non-respect du mandat sur la protection des civils. Illustration. © DR
Centrafrique : la MINUSCA et le non-respect du mandat sur la protection des civils. Illustration. © DR
Le drame humanitaire survenu à Birao en septembre 2019 est loin d’être oublié. Les communautés de Birao qui vivent ensemble depuis des décennies ne s’attendaient pas à une telle tragédie. Une fiction qui a dépassé la réalité. Les ennemies de la paix et du vivre –ensemble ont frappé à Birao sous les regards impuissants des casques bleus de l’ONU.

Des civils qui sont dans les régions sous contrôles des groupes armés ont encore des blessures béantes. Que faire pour bien cicatriser ces blessures ? Les douleurs sont profondes dans les cœurs.

Dès le déclenchement de la crise en Centrafrique entre 2012 et 2013, des voix ce sont élevées pour que les casques bleus viennent en Centrafrique pour protéger les civils. Appel qui s’est concrétisé par l’envoi effectif des soldats de la paix dont le mandat est entré en vigueur le 15 septembre 2014.

En 5 ans de présence, la composante militaire de la MINUSCA n’a pas encore jouée convenablement son rôle conformément à son mandat relatif à la protection des civils. Les civils ne cessent de payer des lourdes pertes en vie humaine et en biens du fait de la barbarie et du banditisme des groupes armés (antibalaka et ex-seleka) .

Ce qui vient de se passer à Birao en dates du 1er, 2 et 14 septembre 2019 pouvait être évité si les soldats de la MINUSCA mettaient en application les tâches définies au paragraphe 39 de la résolution 2448 (2018) sur la prorogation du mandat de la MINUSCA qui stipule : « Protéger, conformément à la déclaration du président du Conseil de Sécurité de l’ONU en date du 21 septembre 2018, la population civile qui se trouve sous la menace de violences physiques, sans préjudice de la responsabilité principale des autorités centrafricaines et des principes fondamentaux du maintien de la paix ». Comment expliquer une telle défaillance à Birao où ces troupes onusiennes disposent de cinq positions stratégiques dans la ville de Birao ? Les assaillants ont été plus expérimentés et plus nombreux ? ou alors fallait-il attendre l’ordre de Bangui pour agir ? Et portant ces mêmes dispositions de la résolution 2448 mettent l’accent sur des mesures actives à prendre, en appui aux autorités centrafricaines, pour anticiper, écarter et répondre efficacement à toute menace grave ou crédible à l’encontre de la population civile selon une approche globale, et à cet égard la MINUSCA doit améliorer son interaction avec la population civile, renforcer ses systèmes d’alerte rapide, redoubler d’efforts pour détecter et constater les violations du droit international humanitaire, les violations des droits de l’Homme et les atteintes à ces droits, continuer de renforcer la participation et l’autonomisation des communautés locales, maintenir un déploiement préventif et une présence mobile, flexible et robuste, et organiser des patrouilles actives, en particulier dans les zones à haut risque.

La situation à Birao devient de plus en plus préoccupante pour les autorités centrafricaines et les partenaires au développement. Des missions humanitaires se succèdent dans la ville.

Il faut qu’un jour les populations civiles puissent se constituer en partie civile pour porter plainte contre la MINUSCA pour non-assistance aux civils en danger.

Des situations peuvent être évitées au lieu d’attendre que le feu s’éteigne pour venir l’éteindre.

Certes, la présence de la MINUSCA dans les « zones rouges » rassure mais tout juste pour l’accueil des personnes déplacées internes en quête d’abris auprès d’une base des casques bleus.

L’urgence de coopération dans le cadre d’une patrouille mixte MINUSCA-FACA devient nécessaire. De ce fait, la MINUSCA doit collaborer avec les autorités centrafricaines pour recenser et signaler les menaces et les attaques dirigées contre des civils, mettre en œuvre les plans de prévention et d’intervention existants et renforcer la coopération civilo-militaire, y compris la planification conjointe, comme cela est prévue dans la résolution 2448 paragraphe 39.

Dans le paragraphe 35, l’effectif maximal autorisé de la MINUSCA est fixé à 11 650 militaires, dont 480 observateurs militaires et officiers d’état-major, et 2 080 policiers, dont 400 policier hors unités constituées et 1 680 membres d’unités de police constituées, ainsi que 108 agents de l’administration pénitentiaire. L’augmentation des effectifs de 900 militaires est autorisée au paragraphe 32 de la résolution 2387 (2017) dans le but d’accroître la flexibilité et la mobilité de la MINUSCA pour lui permettre d’exécuter plus efficacement l’intégralité de son mandat, et, en particulier, la tâche de protection des civils énoncée au paragraphe 39 a). Plusieurs cas de décès sont enregistrés dans les rangs des casques bleus dont celui des trois sénégalais décédés dans le crash de l’hélicoptère MI-24 survenu à Bouar, le 27 septembre 2019.

De la robustesse de son mandat, il n’est pas trop tard pour la MINUSCA de corriger ses erreurs graves et d’appliquer convenablement le mandat confié.

Quant aux deux groupes armés qui se revendiquent la gestion de la ville de Birao en l’occurrence le Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC) et le Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice (MLCJ), ils doivent respecter les clauses de l’Accord politique pour la Paix et la Réconciliation en République Centrafricaine (APPR-RCA) dont ils sont signataires pour régler leurs différends. La solution n’est pas à travers les armes mais le dialogue. Une région n’appartient pas à une seule ethnie ou une communauté mais à l’ensemble des personnes qui souhaitent profiter des possibilités qu’offre cette localité comme le stipule l’article 5 de la Constitution Centrafricaine du 30 mars 2019 : « la liberté de la personne est inviolable. Les libertés d’aller et venir, de résidence et d’établissement sur toute l’étendue du territoire sont garanties à tous dans les conditions fixées par la loi. Nul ne peut être contraint à l’exil ».