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ANALYSE

Développement durable, un véritable défis du XXIe Siècle


Alwihda Info | Par - 11 Janvier 2016

Le développement durable est sans doute le projet de société le plus visionnaire de ces 50 ans passés. Pourtant, il est minoritaire et il stagne. A qui la faute? Elle est collective. Elle a été de traiter avec légèreté une cause grave - celle de nos limites.


alwihda info
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Le début de l'histoire, c'est 1972. Cette année là, le Club de Rome pose les bases du développement durable. Plus de 40 ans ont passé.

Depuis les Verts se sont installés dans le paysage politique. C'est devenu le parti de coalition minoritaire par excellence. En Europe, entre 5 et 12% des sièges.

Les produits bio, naturels ou équitables ont pris une part de marché entre 5 et 15%. Leur taux d'essai est élevé (65% pour les fruits et légumes, les cosmétiques ou les produits ménagers) mais ils ont peu d'acheteurs exclusifs ou fidèles - en cause, le prix, le manque de performance... Une étude Nielsen de  2015 montre que le souci de l'environnement passe en critère de choix d'un produit après le rapport qualité -prix ou les promotions. Il ne résiste pas à la crise.

Enfin, le développement durable a attiré des consommateurs et des citoyens. Par convention, on les appelle les Lohas comme Lifestyles of Health and Sustainability. Ils représentent entre 10 et 15 % de la population aux Usa et en Europe (on notera ici qu'il faut rajouter l'idée de santé à la sustainability pour faire l'appoint à 15% - le seul engagement pour la planète est estimé à 5% )

Tout le monde est d'accord avec l'idée du développement durable, peu la pratiquent. On est en présence d'une distorsion classique entre attitude (ce que je pense) et comportement (ce que je fais). 

Dissonance cognitive

Festinger, psycho-sociologue américain , formule en 1957  ce qu'il appelle la dissonance cognitive. Simplement dit, cela décrit notre situation interne qui cherche à retrouver une cohérence en cas de tension entre les différents éléments qui forment notre psychologie.

Exemple, A est un ami des animaux. Il apprend que son ami B aime la corrida. Cela crée une  tension. Cette tension disparaît si B renonce à la corrida ou si A renonce à être l'ami de B ou si la corrida est interdite. Il y a donc des schémas de "résolution de dissonance cognitive":  la fuite, le déni ou le rejet.

C'est une théorie puissante et contre-intuitive. Elle dit que nous n'adaptons pas notre comportement en fonction de nos convictions mais que nous justifions a posteriori notre comportement en adaptant nos convictions.

Le  développement durable est confronté à ce phénomène. Par définition, il génère une tension entre comportement et valeurs. Et, pour sortir de cette tension, nous adoptons des stratégies de ré/équilibrage : dans la fuite ( je n'écoute pas), dans le déni (le problème n'existe pas) ou dans le rejet (cela ne me concerne pas moi).

Il y a va donc de la responsabilité collective d'anticiper et de prendre en compte  ces réactions psychologiques pour favoriser les comportements que nous savons être durables. Bien entendu, nous ne le faisons pas, ou pas assez.

Deux exemples l'illustrent.

Le 1er vient d'Hollywood.

Le Media Research Center, dans une étude récente de 2015, met à l'index le comportement des stars qui se maquillent en écologistes pour améliorer leur image - Julia Roberts, James Cameron, John Travolta...  

Al Gore est un champion dans le genre, ancien Vice Président des USA, prix Nobel 2007  pour son action en faveur du changement climatique qui est, dit -il,  "tout le sens de ma vie".  

Le coût énergétique annuel d'Al Gore a été estimé à 250 000 kw h - 20  fois celui de l'Américain moyen. Son concert "Earth Live" en 2007 a consommé en 5 jours autant d'énergie que 3 000 résidents anglais en 1 an. Pour finir, sa fortune vient en grande partie de la vente de sa chaine Tv à Al Jazeera qui appartient en partie à la famille royale Qatari, pour 500 mios $.  

Bref, A. Gore obtient en 2015 la note de 5 ours polaires au classement de l'hypocrisie écologique du baromètre MRC: 5 ours sur 5, le top.

Dissonance cognitive qui laisse aux citoyens les recours pour ne pas changer - du type... Même Al Gore agit comme s'il n'avait aucun impact sur la planète alors que puis-je y faire ?

"Devant c'était le mensonge intelligible, et derrière, l'incompréhensible vérité."      Milan Kundera, l'insoutenable légèreté de l'être.

Un second exemple nous est donné par la COP21.

Bien entendu, la COP21 est importante. Bien entendu, Paris fut une réussite du genre.

Mais enfin, que penser de ce fameux objectif de "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C  avant 2030» ? Quel sens fait pour un citoyen ce 1,5°C décrit comme la fin du monde alors que l'écart entre dehors et chez lui est de 20°C en hiver ? Que penser du spectacle de cette noria de chefs d'Etats (de voyages, de CO2) à mettre en parallèle du discours d'ouverture deMarion Cotillard : "...chacun devra jouer pleinement son rôle dans la lutte contre le changement climatique et en particulier contre ses effets, et la réduction des risques de catastrophes naturelles liées au climat, par des efforts individuels ou des initiatives en coopération..." ?

Alors ? Fuite, déni ou rejet ?


Mahamat Ramadane
Journaliste-reporter Alwihda Info. Tél : +(235) 63 38 40 18 En savoir plus sur cet auteur