Depuis son autonomie, et durant deux ans, le pays connaît une crise politique à nulle autre pareille. Bien évidemment, une crise de cette nature génère un lot de problèmes, plus ou moins aigus, pouvant compromettre l’existence d’un État. Mais en même temps, elle déclenche chez le citoyen, ici le Djiboutien, une série de comportements qui s’introduisent dans sa manière de voir les choses. Premièrement, la crise a provoqué chez lui une sorte de réveil qui met fin à sa longue absence par rapport à son propre destin puisque son devenir est essentiellement lié à celui du pays. L’un ne peut exister sans l’autre. Une quête à travers laquelle il cherchait la part qui lui manquait vient d’aboutir. Désormais, il se soucie de l’avenir de la République. Il se soucie de son propre avenir. Classé longtemps marginal, après les secousses violentes que sa conscience a reçu de la part du pouvoir (condamnations et arrestations arbitraires à caractère déshumanisantes), il s’affirme. Il est là. Lucide et clairvoyant, il suit de près l’évolution de la situation. Deuxièmement, la crise lui a permis de connaître qui est qui. Au temps de repos, tout le monde prétend être à la hauteur de ce que demande le pays comme don de soi. La prise de parole, exercice accessible, constituait le terrain favori où chacun exposait avec ferveur le sérieux de son engagement. Là, on se situait au niveau du discours. Discourir n’est guère une épreuve. Il s’agit juste d’être éloquent. Beaucoup savent le faire. D’ailleurs, le discours, on le perfectionne. Il relève du professionnalisme. La crise, par sa gravité, a donné au peuple l’occasion de séparer le discoureur du combattant de la liberté. Troisièmement, la crise l’a forgé en s’appropriant une dose de maturité qui octroie la priorité à la stabilité à l’aide d’un processus démocratique se voulant comme un événement salutaire. Il privilégie une transition douce à l’issue d’un dialogue sérieux entre les protagonistes pour vivre dans la paix et la dignité. Il s’oppose à des négociations non abouties et craint le retour amer et douloureux d’une crise post-électorale en 2016. Plus jamais ça. Des crises politiques volontairement répétées et violemment solutionnées peuvent nous conduire à des situations désastreuses quasiment irrécupérables. Le citoyen n’accepte pas l’équation : dictature = stabilité. Non, il y a une autre possibilité : démocratie = stabilité. C’est possible. Elle existe ailleurs. Le peuple se lève contre la fatalité. Quatrièmement, la crise lui a rendu un peu de confiance. Il commence à parler et à dénoncer, parfois ouvertement, ce qu’il n’a jamais dénoncé. Il ose. Il s’aventure. Il fait fi des mille et une réflexions qui le paralysaient depuis toujours. Il laisse de côté le qu’en dira-t-on traditionnellement contraignant. Petit à petit, il renaît de ses cendres. Il se reconstitue. Effectivement, pour le Djiboutien, il semble que l’avènement d’une nouvelle ère vienne frapper sa porte. Conscient, il entame les premiers pas vers un monde meilleur. Qu’Allah, exalté soit-il, exauce son vœux.
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