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INTERNATIONAL

En Chine, une appli pour surveiller la population


Alwihda Info | Par Leigh Hartman - S.A. - 16 Août 2019 modifié le 16 Août 2019 - 09:05


(Département d’État/D. Thompson)
(Département d’État/D. Thompson)
Dans la plupart des pays du monde, les applications pour smartphones fournissent des directions, jouent de la musique ou connectent des amis sur les réseaux sociaux. Mais en Chine, les applis sont aussi un outil dont l’État se sert pour contrôler la population.

Les autorités chinoises utilisent une appli en particulier qui permet de surveiller les citoyens dans la province du Xinjiang. L’appli est connue sous son sigle anglais IJOP (Integrated Joint Operations Platform), soit Plate-forme intégrée d’opérations conjointes.

La directrice pour la Chine à Human Rights Watch, Sophie Richardson, décrit cette appli comme étant « le système nerveux central de la surveillance », du fait qu’elle collecte des données recueillies par diverses sources de contrôle, y compris les systèmes de caméras en circuit fermé et de reconnaissance faciale, installées par Beijing sur l’ensemble du Xinjiang.

L’enquête* menée par Human Rights Watch a révélé que l’appli donne à la police les moyens de suivre des dizaines de données, allant de la profession d’une personne à sa taille, en passant par sa religion et activités.  Avec cette appli, par exemple, la police peut savoir si cette personne :
  • a récemment cessé de se servir d’un smartphone ;
  • est allée faire le hajj sans l’autorisation de l’État ;
  • consomme plus d’électricité que prévu ;
  • ne participe pas aux activités locales du parti communiste ;
  • a un proche qui a été condamné à mort.
Une fois toutes ces informations réunies, les autorités les recoupent avec d’autres renseignements obtenus grâce aux caméras de reconnaissance faciale, aux poste de contrôle de la police, au balayage téléphonique et à la surveillance en ligne. Toutes ces données sont ensuite analysées par un ordinateur du gouvernement chinois, censée désigner toute personne pouvant constituer une menace potentielle.

« Si, selon l’appli, votre comportement est suspect, vous allez recevoir la visite des autorités locales », a souligné Mme Richardson le 7 août lors d’une table ronde organisée au département d’État sur la répression chinoise des minorités musulmanes au Xinjiang.

Cette surveillance high-tech fait partie de la campagne de répression continue que mène Beijing contre les minorités ethniques et religieuses.

Les autorités mettent à profit cette application pour décider qui sera envoyé dans un camp. Depuis avril 2017, le gouvernement chinois a déjà emprisonné dans des camps plus de 1 million de membres des ethnies ouïgoure, kazakhe et kirghize ainsi que ceux appartenant à d’autres minorités musulmanes au Xinjiang. Des informations crédibles font état de décès en détention et d’allégations de travail forcé, de torture et d’autres traitements dégradants dans les camps.

La surveillance des minorités par Beijing à l’aide « d’outils high-tech omniprésents » est répressive et draconienne, dénonce Sam Brownback, l’ambassadeur itinérant des États-Unis pour la liberté de religion dans le monde. Cette surveillance « touche tous les aspects de la vie de ces minorités ethniques ».