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INTERNATIONAL

En alimentant la crise climatique, l’industrie fossile bafoue un peu plus encore les droits humains


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 12 Février 2020


En alimentant la crise climatique, l’industrie fossile bafoue un peu plus encore les droits humains. Illustration. © DR
En alimentant la crise climatique, l’industrie fossile bafoue un peu plus encore les droits humains. Illustration. © DR
Nigeria/Kenya - L’industrie fossile, qui est largement responsable de la crise climatique mondiale, contribue au viol de nombreux droits humains, aggravant encore la situation de personnes, groupes et peuples déjà vulnérables de toute la planète, alerte un rapport de 350.org.
 
Les compagnies pétrolières, gazières et houillères sont directement ou indirectement à l’origine de quelques-unes des pires atteintes aux droits humains commises par des entreprises dans le monde au cours de ces 30 dernières années. Le rapport mentionne deux cas africains : ceux de Shell, dans l’Ogoniland (Nigeria), et d’Amu Power, à Lamu (Kenya).
 
Dans le delta du Niger, au Nigeria, Shell mène des opérations – parfois avec la complicité et l’implication active des autorités de l’État – dont les impacts constituent peut-être le cas le plus flagrant de violation des droits humains par une entreprise fossile à l’échelle internationale. Selon les estimations, neuf à treize millions de barils de pétrole brut auraient été déversés dans le delta du Niger depuis le début de la prospection et de la production commerciales de pétrole, en 1958. Les manifestations contre une pollution pétrolière généralisée et persistante ont déchaîné une répression brutale qui, entre autres atteintes scandaleuses aux droits humains, a fait plusieurs morts. Les victimes des graves abus liés à l’extraction pétrolière dans le delta du Niger n’ont toujours pas été indemnisées pour les dommages causés à leurs terres, leur eau et leurs moyens d’existence, en dépit de multiples victoires devant les tribunaux et organismes de défense des droits humains.
 
En 2013, le gouvernement kényan a introduit une proposition visant à bâtir la première centrale à charbon d’Afrique de l’Est à proximité de la vieille ville de Lamu, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO situé sur le littoral du Kenya. Des groupes communautaires se sont élevés contre ce projet, au motif que le Kenya dispose de suffisamment de ressources d’énergie renouvelable. Les protestataires ont été harcelés et deux activistes sont aujourd’hui portés disparus ; l’un d’entre eux est probablement décédé. En juin 2019, un tribunal a toutefois confirmé la décision de révoquer le permis octroyé à Amu Power (l’un des bailleurs de fonds du projet), en raison d’une évaluation de l’impact environnemental (EIE) non conforme. Le tribunal a imposé à Amu Power d’entreprendre une nouvelle EIE avant de poursuivre la construction, paralysant de ce fait le chantier.
 
D’après Landry Ninteretse, directeur général de 350.org Afrique, « Les pays où les entreprises fossiles violent les droits humains doivent adopter des mesures protégeant les communautés qui en sont victimes. La plupart d’entre eux ont signé des traités internationaux les contraignant à assurer la sécurité des personnes menacées, garantir le droit de manifestation et respecter les décisions des communautés autochtones. De tels mécanismes doivent être mis en place, légitimisés et respectés. Tout manquement des États en la matière est synonyme de non-respect de leurs obligations vis-à-vis des droits humains. »
 
Selon le rapport, qui ne reprend que quelques-unes des violations les plus criantes, l’industrie fossile est directement responsable d’environ 45 000 décès prématurés liés à des problèmes de santé, du rejet de plus de 68 milliards de litres d’eaux usées toxiques dans des cours d’eau et de l’ouverture de près d’un million d’hectares de terres autochtones précédemment inaccessibles à la spéculation foncière, la colonisation et la déforestation.
 
Dans plusieurs de ces cas et d’autres situations similaires, l’aggravation de la crise climatique tend à accentuer les ravages environnementaux et sociaux des entreprises fossiles. La pollution et la contamination souvent associées à leurs activités nuisent avant tout à des populations démunies déjà durement touchées par le dérèglement du climat. Une double menace pèse donc sur les terres, les stocks de poissons et les ressources hydriques de ces communautés vulnérables.
 
Le rapport de 350.org souligne également que les gouvernements locaux et nationaux doivent impérativement passer à l’action pour protéger les défenseurs du climat, comme les leaders communautaires à la tête des mobilisations en faveur des droits des familles touchées. Bon nombre d’entre eux sont en effet menacés, agressés, torturés ou assassinés.
 
Le rapport cite le cas exemplaire de Ken Saro Wiwa, célèbre activiste pour les droits environnementaux et humains et porte-parole des minorités. Le 10 novembre 1995, lors d’une exécution qui a bouleversé le Nigeria et le reste du monde, Ken Saro Wiwa et huit autres personnes ont été pendus pour avoir résisté à l’industrie fossile et dénoncé l’exploitation de la minorité Ogoni.